FEMMES ATTENDANT LE ROI
préfets et les sous-préfets dans leurs arrondissements respectifs ; il n’est pas jusqu’aux simples chefs de canton et même jusqu’aux notables des villages qui ne soient tenus, par délégation royale, de présider aux cérémonies religieuses qui, chaque année, se font aux principaux anniversaires indiqués par le calendrier de la cour.
De la petite colline plantée de pins où s’élève l’emplacement des sacrilices au Ciel, nous embrassons d’un coup d’œil l’ensemble des monuments qui forment le tombeau de Tu-Duc. Les toits aigus des palais couverts de
tuiles vernies, se montrent au milieu des grands arbres, entourés de toutes parts par une haute muraille percée aux quatre points cardinaux de portes monumentales. A l’entrée d’une de ces portes, un vieil eunuque, appartenant au personnel qui habile le tombeau, vient nous recevoir en compagnie du thi-lang du ministère des Hiles qui nous attend là, depuis la veille.
Nous nous engageons dans une grande allée sablée, bordée par de vieux arbres; nous (tassons devant des étangs couverts de nénuphars où sont construites, sur pilotis, de coquettes maisons de plaisance. A l’extrémité de l’allée, nous nous trouvons soudain an milieu d’un immense rond-point vers lequel convergent, comme les rayons d’une roue, toutes les avenues qui viennent des différentes portes de l’enceinte extérieure.
Au centre de ce rond-point sont superposées trois terrasses auxquelles on monte par de larges escaliers dallés et qui sont encadrées par des balustrades de pierre. Au milieu de la terrasse supérieure s’élève un portique quadrilatère surmonté d’un belvédère et flanqué, à droite cl à gauche, par deux hautes colonnes; ce monument, dont les murs sont couverts à l’extérieur d’une profusion de peintures et d’ornements sculptés, est percé, sur chacune de ses faces, de portes à plein cintre, à travers lesquelles on peut voir, plantée debout, une énorme pierre tombale en granit gris, sur les deux faces de laquelle de nombreux caractères chinois relatent les principaux titres et les événements les plus saillants du règne du roi défunt.
Les restes de Tu-I)uc ne sont pas, comme on pourrait le croire, sous celle pierre tombale. Les souverains de l’Annam sont trop préoccupés par la crainte de voir leurs cendres profanées à la suite des révolutions pour permettre qu’on indique ainsi à tous l’endroit où ils reposent. A l’enlerremenl du roi, le cortège s’arrête généralement près de la muraille extérieure de la nécropole; quelques serviteurs éprouvés transportent alors le cercueil jusqu’à l’endroit, connu d’eux seuls, où il doit être enfoui.
Ces mesures de précaution ne sont prises, m’a-t-on dit, que depuis le règne de Gia-Long. A l’époque où ce souverain, obligé d’abandonner sa capitale au pouvoir des l'ay-Son, se réfugia dans le royaume de Siam, ses ennemis firent ouvrir la tombe de son père Gia-Duc, en retirèrent les ossements et les jetèrent dans la rivière; ils pensaient ainsi débarrasser le sol annamite de la race des N’Guyen. Aidé par la France, Gia-Long parvint à reconquérir sa capitale, et son premier soin fut de promettre une récom pense considérable à celui qui pourrait retrouver quelques-uns des osse-