‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 34 sur 127 · TROIS CONSCIENCES DÉLICATES · texte numérisé non relu

TROIS CONSCIENCES DÉLICATES

« Prenons donc les amis les l)lus chers du pouvoir actuel, les plus fidèles de l'escorte prétorienne de Clemenceau. Ayons V argent, et par l'argent achetons tous les moyens et tous les mobiles.

Achetons les femmes, achetons les consciences, les trahisons... »

(page 57).

Un publiciste démoci'ate et libéral quej'ai publiquemeut pi'is en flagrant délit de fraude et de substitution de signature, après que je l'eus réduit au silence dans un débat de philosophie politique (comme on jiourra s'en rendre compte en se reportant à la Revue d'Action française du 15 mai 1908 « Un agressseur »), cet homme a cru trouver dans les lignes citées plus haut la matière d'un grand scandale. Il les a déclarées « abominables » {Bulletin de la semaine du 18 mars 1908). Nous n'avons attaché aucune importance à l'èpithète. Elle était sans autorité. L'année suivante, leSjuin 1909, dans le Peuple français, un autre bon apôtre, M. Henri Bazire, se trouvant gêné par les observations que nous lui avions faites la veille, remontait à l'èpithète du Bulletin de la semaine, vieille d'un an, et la reprenait à sou compte. Mais M. Bazire négligeait de faire la citation complète, et, citant la phrase sur l'argent, les femmes, les consciences, oubliait les paroles antérieures : « Prenons donc les amis les plus chers du pouvoir actuel, les plus fidèles de Vescorte prétorienne de Clemenceau)), phrase qui limitait à un certain groupe de personnalités déjà corrompues le

cercle où il convient d'opérer les achats, phrase qui exclut toute idée de corruption et qui se borne à conseiller d'acheter ce qui est à vendre. Criton, dans sa revue de la presse de l'Action française quotidienne, disait, le 9 mai 1909, à ce propos : « J'avoue que, même devant cette denrée, on peut hésiter. Il y a un culte de la dignité de 1 homme qui peut arrêter net toute tentation, toute sollicitation d un tel ordre. On peut préférer la décadence de son paj's, la ruine de la France, la mort de toute civilisation, à l'acte de Henri IV achetant tour à tour tel puissant huguenot, tel redoutable ligueur. Ces nobles pudeurs sont possibles. Mais les héros capables de surmonter l'évidence du bien jDublic par souci et respect de la nature humaine, ne font généralement pas de la politique. C'est au désert, au fond des cloîtres, qu'on les trouve, et nous ne demanderions pas mieux que d'assimiler la rédaction du Peuple français à quelque introuvable Chartreuse devant laquelle nous n'aurions qu'à répandre un hommage de vénération et d'admiration. Seulement, ceux qui poussent jusque-là le scrupule sont aussi des citateurs exacts et complets. Ils ne tronquent jamais un texte pour lui faire dire plus qu'il ne dit ». Et Criton terminait en produisant un renseignement sur la moralité politique de 1 écrivain qui s'était montré offusqué de notx-e immoralité ; comme il partait un jour pour les grandes manœuvres électorales, le candidat Bazire avait déclaré, devant témoins, ceci: « Je dépose ma conscience au fond d'un tiroir. Je la reprendrai an retour. » Que fit JI. Bazire, temporairement allégé de sa conscience ? N approfondissons rien. Bornons-nous à lui conseiller de ne plus faii-e 1 hypocrite ou d'attacher le masque solidement.

L'auteur de la phrase incriminée par M. Bazire, M. Poulard, écrivit le lendemain au Peuple français un complément d'explication fort curieux : « Sans vous citer les exemples historiques, qui prouvent la valeur de cette tactique d'achat d influences, exemples que Criton vous a cités, je vous dirai, en trois points, ceci :

« 1° Nous sommes d'accord sur ce point que la République — actuelle pour vous, tout court pour moi — mène

la Patrie et 1 Eglise à sa ruine ; 2° je constate que par les mojens... honnêtes ['')■.. de l'éducation du suËFrage universel, M Piou reçoit tous les quatre ans les plus formidables raclées qui se puissent imaginer ; 3" j'en suis arrivé à me convaincre, grâce à VAciion française, que, du suffrage universel, principe faux du gouvernement ne peut sortir que le mal, et du mal, le pire.

« Ceci posé, je me demande, — le plus honnêtement du monde, je vous assure, — dois-je laisser la Patrie et TEglise périr, plutôt qu'un principe contestable ? Je n'ai pas cet héroïsme, et je dis : Achetons ce qui est à vendre, s'il n est pas de meilleur moj'en. Ceux qui sont allés, par intérêt, aux étrangers, ramenons-les, par intérêt à la France. Permettez-moi de vous faire remarquer qu'il est beaucoup moins coupable de tenter cet achat de personnages mille fois vendus, mille fois achetés, et dont la conscience n'est plus à corrompre, que de salir, de pourrir des milliers de cerveaux et de cœurs au cours d'une période électorale.

«... J'ai d'ailleurs, un répondant, dont vous ne contesterez pas, je pense, la haute valeur. Mgr Montagnini écrivait le 9 avril 1905 à Mgr Merry del Val iCf. Figaro du 2 avril 1907i :

« Au moyen de sommes d'argent, on pourrait peut-être, SELON PIOU, obtenir que Clemenceau soit disposé à ce qu'on laissât toutes les églises aux catholiques... mais Piou m'a dit qu'il faudrait une somme trop forte... »

Ainsi M. Piou, sur le témoignage qu'il a vainement contesté, de Mgr Montagnini. a délibéré de procéder à l'achat de M. Clemenceau. Ainsi M. Bazire jette sa conscience dans un tiroir dès qu'il parle de se porter candidat à la Chambre. Ainsi M. Fonsegrive, qui n'a même pas l'excuse d'un service public et constitutionnel, fraude les textes qu il cite et opère des substitutions de signatures toutes les fois que la manœuvre est jugée favorable à un intérêt qu'il soutient. Et ces honnêtes gens crient à l'abommation quand nous souffrons que l'on tiafique pour le salut de la nation, des personnes corrompues et des consciences vénales. Nous en ririons si les clameurs de ces hypocrites n'avaient su émouvoir de très nobles scrupules dont on trouvera trace

dans les belles pages que l'on a bien voulu nous consacrer aux Etudes religieuses. Mais n'était-il pas digne de l'intelligence et de la vertu du collaborateur des Etudes d'examiner d'un peu plus près les indignes sources du reproche ainsi formulé et propagé ?

Ces observations faites, il ne sera pas sans importance de répéter que la théorie de la corruption proprement dite, considérée comme élément essentiel du Coup, est formellement écartée page 11 et page 53 de la présente brochure, pour des raisons toutes politiques du reste, comme l'ordre des choses dont il est raisonné ici.

^Hr

TABLE DES MATIERES

Introduction 7

I. — Différentes sortes de coup. Le numéro un. . . 10 II. — Le coup numéro deux. Comparaison des deux

sj-stèmes. Autres combinaisons 15

Page 1