I. — On est désintéressé pour soi
C'est-à-dire que, si l'on préfère une idée générale à une satisfaction personnelle, c'est soi que l'on veut et que l'on doit priver. Ce n'est pas le voisin, parbleu ! L'homme qui fait le généreux en utilisant l'abstention et le jeune d'autrui, ne diffère pas de celui qui prendrait de l'or ou du papier dans la poche de ses frères pour leur faire faire les frais de sa générosité et pour en garder le mérite ou l'honneur.
II. — Personne n'a le droit d'être désintéressé pour la France.
A la condition toutefois d'être soi-même né Français et de considérer nos compatriotes comme des êtres dont les biens et les maux nous affectent plus directement que ceux de Lajions ou des Antipodes. J'ai eu l'occasion d'expliquer, il y a bien des années, à M. Marc Sangnier comment jouent et doivent jouer les possibililés de désintéressement chez un individu isolé, ou parmi les conseillers et les chefs d'un peuple. L'èlre isolé a toutes les libertés du stoïcisme héroïque; mais supposons-lui seulement femme et enfants, voyons les engagements pris à leur égard, voilà sa libellé bornée par ses devoirs; et telle rémunération, dont il peut faire fi s'il ne s'agit que de sa peau, s'impose à lui s'il a charge de foyer. Plus ces charges augmenlent, plus s'accroît l'obligation d'utiliser ses peines, de faire servir ses sueurs au cercle limité dont il a pris les responsabilités solennelles. Développez la famille jusqu'à cette famille des familles, une nation, vous avez la mesure des intérêts formidables qui s'imjjosent à l'Élat et à l'opinion conseillère de l'Élat, à l'égal des plus grands devoirs.
Ceux qui voudraient que cette agglomération de be-
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soins et de nécessités immenses s'oublient les uns les autres pour professer un céleste et sublime renoncement, ne savent pas ce qu'ils enseignent, mais je vais le leur dire : c'est l'égoïsme le plus dur et le plus cruel, quand ce n'est pas la guerre sociale pure et simple. La haine nationale est le corollaire du désintéressement international, terme dernier de la conception révolutionnaire, qui ne voit dans un peuple qu'une collection de volontés et d'individus.