UNE CAISSE A CRÉER
L'Action française s'est offerte, elle continue à s'offrir, pour la collecte de ces primes qui pourront combattre effi-
cacement le scepticisme, feront des heureux dignes de l'être et de bons envieux, des envieux que l'envie perfectionnera, élèvera à la ressemblance des héros. Naturellement, c'est la première élite de l'armée, ce sont les corps français chargés de coups de main difficiles, à qui iront les premières ressources qu'il nous arrivera de recueillir. Il se joue là-bas une sorte de bataille dont il est peu question chez les stratèges qui discutent de guerre immobile ou de guerre de mouvement : une sorte de guérilla et de chouannerie pour lesquelles le sang français fait merveille! « Je vous griffonne ce petit mot, dit un offlcier, en revenant d'un coup de main où, dira lecommuniqué, nous avons fait quelques prisonniers. Cette vie de bâton de chaise est savoureuse, mais nuisible à la correspondance. » Tâchons de coopérer de loin à celte vie-là, de la rendre plus fructueuse et plus productive de toute façon. Les Français riches et généreux qui voudront y aider, créeront une première amorce et comme une hypothèque sur les parts des poilus à prendre plus tard sur les territoires et les biens ennemis. Je ne saurai trop leur redire d'y réfléchir et, s'ils estiment que nous voyons juste, d'agir. L'embryon d'une puissante Caisse nationale, puis d'un utile développement militaire, peut sortir de cette humble initiative.
Cette humble initiative, elle est essentiellement pratique. Elle tend à atteindre des objectifs variés, mais disposés dans la même direction et à gagner par échelons.
Le pays se familiarise de jour en jour avec l'idée d'intéresser les combattants aux profits de la victoire qu'ils auront faite. Il faut que cette idée devienne également familière à toute l'armée. On n'y parviendra point par de belles paroles. Le poilu est un sage. Il dit avec le poète :
Je suis las des mots, je suis las d'entendre Ce qui peut mentir.
11 ne faut plus des mots, mais des choses. Tandis que Parlement et Gouvernement se rendent compte de la nécessité de relever le prêt du soldat et de lui assurer un pécule
d'après-guerre, le pays, par son initialive privée, doit s'efforcer de distribuer des primes à cette élite de soldats, qui, par ses avancées, par ses coups de main, par ses prises de prisonniers, se rapproche le mieux des conditions dans lesquelles toute l'armée opérera quand elle manœuvrera en Allemagne. Si dès aujourd'hui le dévouement de nos corps francs, l'audace de leurs homme d'élite reçoivent des récompenses appréciables, ces avant-goûts de la victoire feront sentir et concevoir ce qu'elle apportera demain, ce que tout combattant pourra attendre d'elle, et l'héroïsme qui abonde sera approuvé, soutenu, fortifié des saines puissances d'intérêts légitimes éveillés et mobilisés.
Voilà notre pensée. Nous pressons nos amis d'y réfléchir de toute leur âme. Au fond, le moral de la nation et celui de l'armée y sont intéressés presque à titre égal. Et c'est un pas, un très bon pas vers les parts du poilu que distribuera la victoire.