ADRIENNE, LA DUCHESSE
Au lever du rideau, elles sont assises sous le bosquet. La duchesse lit, Adrienne brode.
LA DUCHESSE, posant son livre.
Adrienne, ne trouves-tu pas que ton père tarde bien à revenir?
ADRIENNE
C’est qu’il y a loin d’ici à Toulon. Une heure pour aller, autant pour le retour... Et puis, mon père devait visiter les travaux du port et ceux du nouvel arsenal.
LA DUCHESSE
Oui, ce n’est pas une petite affaire.
ADRIENNE
Et comme il le disait lui-même, ce matin, le roi ne Ta pas fait général, duc et gouverneur de la haute et basse Provence pour qu’il s’ensevelisse dans le repos
LA DUCHESSE
C’est vrai; mais quand je ne vous ai pas tous les deux auprès de moi, je crains toujours quelque malheur. (Lui prenant les mains.) Je vous aime tant, toi et lui... vous êtes toute ma joie... toute ma vie!...
ADRIENNE
Chère mère, comment as* tu fait pendant les quatre années que j’ai dû passer au collège d’Hyères?
LA DUCHESSE
Elles m’ont paru bien longues. Les mères qui ont plusieurs enfants peuvent se consoler avec celui-ci de l’absence de celui-là; mais moi, je n'ai que toi, toi seule, ma chérie.
- LE DU C, en dehors.
C’est bien... c’est bien... venez donc... on nous prendra comme nous sommes.
ADRIENNE
Ah ! voilà mon père.
Elle court au-devant du duc qui entre et qui l’embrasse.