‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 6 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

puis tu leur diras que je les aime bien, que j’espère les revoir bientôt... Et puis encore un tas de choses... et... (voyant entrer Adrienne.) Allons, petite, arrive donc que je te donne oe que ton papa t’envoie, deux bons baisers,

qu’il a dit. (il embrasse Adrienne sur les deux joues) Voilà, c’est

payé!

ADRIENNE

Et pour manian? Est-ce qu’il n’y en a pas, de baisers?

CHAMBORAN

Ah ! dame !... pour elle. .. (Tendant les deux mains à Madeleine.) Le papa fera sa commission lui-même.

MADELEINE, s’asseyant à côté de Chamboran et prenant Adrienne sur ses genoux.

Alors il pense souvent à nous?

CHAMBORAN

Je crois hienl Vous êtes son unique pensée, son seul amour, et quand il parle de sa femme et de sa fille, ses yeux s’animent, sa figure s’épanouit, il oublie tout le reste, la fatigue, les privations, tout...

MADELEINE

Tu entends, ma fille, comme ton petit père nous aime.

ADRIENNE

Nous l’aimons bien aussi, pas vrai, maman?

Madeleine l’embrasse.

CHAMBORAN

Ah! par exemple, faut pas le taquiner à l’endroit de la jalousie.

MADELEINE, à sa fille.

Va jouer, mon enfant... sa jalousie!... Il sait pourtant bien que je n’ai jamais aimé, que je n’aimerai jamais que lui.

CHAMBORAN

C’est pourquoi faut nas vous tourmenter, ça passera.

MADELEINE

Et, pourvu qu’il nous revienne, je me trouverai trop heureuse.

CHAMBORAN

Eh bien! j’ai idée que ça ne tardera pas.

Vrai?

CHAMBORAN

Le roi est arrivé au camp, hier, avec le Dauphin... Ç’a été une fête dans toute l’armée... fallait voir! — Aussi, messieurs les ennemis n’ont qu’à bien se tenir. Voilà trois jours qu’on se canonne à distance et qu’on se fusille aux avant-postes... Mais... demain... il faudra que ça éclate pour tout de bon.

MADELEINE

Demain ?

CHAMBORAN

Ah ! dame, — vous pourriez bien entendre la musique, car la journée sera rude.

UN CAPORAL, entrant.

Sergent, les hommes sont reposés, les chevaux ont mangé l’avoine. Quand vous voudrez partir...

CHAMBORAN

Tout de suite. (Reprenant son sac.) Allons, Madeleine, au revoir. Une victoire demain, c’est la fin de la guerre, la joie dans toutes les familles, les papas qui reprennent les petits enfants dans leurs bras et qui les embrassent. (Prenant Adrienne.) Qui ëst-ce qui sera contente?

ADRIENNE

Moi., et puis maman.

Embrasse aussi notre ami; il va voir ton père; il va lui porter toutes nos tendresses.

ADRIENNE

Oh! oui tenez, voilà pour papa. (Elle embrasse Chamboraa

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