CINQUIÈME PARTIE
LAZARE
Je vous ai dit ma volonté, elle est irrévocable.
VALENTIN E
Irrévocable !
LAZARE
Oubliez donc cette jeune fille, cette enfant d’un misé* rable, oubliez-la.
VALENTINE
Mais quand ce malheureux serait pour tous un objet d’horreur ou de réprobation, vous seul, mon père, ne sauriez être sans pitié pour lui.
LAZARE, vivement.
Moi!... que voulez-vous dire? parlez, expliquez-vous.
VALENTINE.’
N’avez-vous pas déclaré que sur ce champ de bataille où vous étiez tombé blessé, il vous avait secouru?
LAZARE, avec force .
N’a-t-il pas dit lui-même que je l’avais payé?
VALENTINE
Oui, et cet argent qu’il tenait de vous, mon père, aurait dû prouver son innocence, car on ne l’a pas retrouvé, car il a disparu, volé par un misérable, par un infâme assassin qui frappait une femme sans défense, qui égorgeait une mère, presque sous les yeux de son enfant.
LAZARE, avec égarement.
Assez!... assez!... taisez-vous, taisez-vous!
VALENTINE, étonnée.
Mon père...
LAZARE
Je ne veux plus que vous me parliez de lui... de .cette femme... de cet enfant!... Je ne le veux plus... je ne le veux plus !
VALENTINE
Calmez-vous, mon père, je vous obéirai... mais je ne comprends pas...
LAZARE, se remettant.
Oui... je... j’ai eu tort de m'emporter ainsi; cette jeune fille... j’en conviens, est peut-être digne du plus vif intérêt;... mais je ne dois pas permettre, non, je ne veux pas que tu la revoies, mon enfant, parce que j’ai envers toi de grands devoirs à remplir et je n’y faillirai pas. Hier encore nous n’étions que des proscrits, sans protections, sans fortune... Et, pour reconquérir tous ces biens qui vous appartienneiit, à vous, ma fille, car ils étaient la dot de votre mère, j’ai besoin de vous entourer de respect, de considération et je vous demande de ne vous rappeler du passé qu’une seule chose, le nom que vous portez.
Vous n’aurez pas à rougir de moi, mon père.
LAZARE
C’est bien. (Voyant entrer Julie qui porte quelques objets de toilette.) Achevez votre toilette, mon enfant. Tenez, (Montrant la valise placée sur la table.) vous trouverez là de riches dentelles et les bijoux de famille dont votre mère aimait à séparer. Choisissez dans ceprécieux héritage et faites-vous bien belle. Mademoiselle vous y aidera. (Julie s’incline.) Allons, bon courage et souvenez-vous... souviens-toi, ma fille.
VALENTINE, tristement.
Oui, mon père... oui.
Lazare sort.