‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 91 sur 102 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

vous et je vous dis : n’allons pas à cette fête, mon père, renoncez à la revendication de ces biens, de ces titres...

LAZARE

Y renoncer... moi?...

V ALENTIN E.

11 faut quitter ce pays... quitter la France, reprendre le chemin de l’exil ; il faut aller dans une contrée lointaine où vous serez inconnu... Il faut partir, partir bien vite, mon père.

LAZARE

Mais, en vérité, je crois rêver! Quel vertige s’est donc emparé de votre esprit? Pourquoi me conseillez-vous de l’expatrier? Pourquoi voulez-vous que je renonce à mes droits, à ma fortune ?

VALENTIN E

Parce que rien de tout cela ne vous appartient.

LAZARE, avec colère.

Rien de tout cela ne m’appartient?

VALENTINE

Non, non, non !... Tenez, ces titres, étalés là, sur cette table, ces bijoux dont j’essayais de me parer sont, à mes yeux, autant d’accusateurs.

LAZARE

Vous êtes folle !

VALENTINE

Il me semblait, tout à l’heure, que ce bracelet m’étreignît à me briser le poignet. Il semblait que ce collier... celui-là, regardezde, (Elle le lui met sous les yeux.) il semblait qu’il me brûlât la poitrine.

LAZARE

Vous êtes folle, vous dis-je, ce collier est celui que portait votre mère le jour même de notre mariage.

VALENTINE

Assez!... c’en est assez !... Il faut partir, je vous le rô-

pète et, une fois loin de France, justifier un innocent in justement condamné...

LAZARE

Achevez donc, je vous prie.

VALENTINE

Il faut dénoncer le coupable à sa place... (Avec effort.) Et ce coupable...

LAZARE

Ce coupable?...

VALENTINE

Ne me forcez pas de le nommer... vous voyez bien que je n’en ai pas le courage, mais vous voyez bien aussi que je le connais !

LAZARE

Je vois... je vois que vous osez m’accuser moi! moi, votre père!

Oui, c’est horrible, c’est épouvantable, et mon cœur tout entier se révolte; mais ma conscience parle plus haut encore. Je vous le répète, mon père, il faut partir.

LAZARE

Vous pensez donc avoir, pour me croire coupable, quelque indice bien certain ! quelque preuve bien irrécusable!...

VALENTINE

Une preuve irrécusable... oui, mon père!

LAZARE

Allons donc, c’est impossible... c’est faux! Cette preuve, voyons, quelle est-elle?

VALENTINE

Je ne le dirai pas.

LAZARE

Et comment voulez-vous que je me justifie, si vous ne me la faites pas connaître?

Page 1