‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 94 sur 102 · LA DUCHESSE, LA CHANOINESSE, CHAMBORAN · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, LA CHANOINESSE, CHAMBORAN

La duchesse et la chanoinesse sont assises du côté opposé au pavillon dont la porte est entr ouverte. Sur les marches se trouve Chamboran qui regarde l’intérieur.

LA CHANOINESSE

Eh bien?

Elle dort !... mais quel sommeil ! (il redescend.) Elle parle tout haut; elle dit : « Il m’attend, il m’appelle, me voilà, mon père, me voilà ! »

LA DUCHESSE

Oui, c’est à lui, toujours à lui qu’elle pense.

CHAMBORAN

Mais lorsqu’elle est éveillée, madame la duchesse, elle

se souvient de toutes vos bontés et elle pleure à la pensée de vous quitter.

LA CHA NOINESSE.

Nous quitter !.. Comment ! elle voudrait...

LA DUCHESSE

Elle l’eût déjà fait sans l’état de faiblesse où elle se trouve; mais ce n’est point, hélas! cette horrible séparation que je redoute le plus en ce moment.

LA CHANOINESSE

Qu’est-ce donc?

LA DUCHESSE

La crise qu’elle a traversée cette nuit a été si violente que le docteur ne nous laissait que bien peu d’espoir.

Je l’avais vue, en partant, si forte, si belle, si heureuse I

LA DUCHESSE

Ah! le malheur s’est cruellement appesanti sur notre maison depuis votre départ !

LA CHANOINESSE

Oui, car vous m’avez dit que Yalentine elle-même...

LA DUCHESSE

Valentine désespérée sans doute de la profonde douleur de son amie, enchaînée loin d’elle par l’inflexible volonté de son père, a éprouvé, nous aditM. de Mornas, un subit accès de délire, de folie même !

LA CHANOINESSE

De folie !... Ce que vous m’apprenez là, madame la duchesse, m’inspire le plus profond étonnement.

CHAMBORAN, à part.

Et à moi donc !

LA CHANOINESSE

Elle, dont le caractère est si énergique, dont la raison est à la fois si droite et si robuste.

SIXIÈME PARTIE

en AMBOU AN.

/ Si madame la duchesse me permettait de donner humblementmon avis...

Parlez, Chamboran.

^ CHAMBORAN

Eh bien, je dirais que M. de Mornas a pept-etre étébren prompt à déclarer que sa fille était folle. Je venais de quitter mademoiselle Yalentine, elle était, malgré sa grande tristesse, pleine de courage, de sang-froid etc est moins d’une demi-heure après que M. de Mornas a hautement proclamé cette prétendue folie.

LA DUCHESSE

Chamboran !

CHAMBORAN

Oui, madame, cette prétendue folie, ou si elle est réelle, c’est qu’il s’est passé entre le père et la fille quelque fait bien mystérieux, bien terrible et qui n’est peut-être pas étranger au malheur de notre Adrienne.

LA CH ANOINESSE.

Oui, vous avez raison. Il y a dans tout cela un mystère que je saurai bien pénétrer. Je verrai Yalentine.

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