‹ Une chaine comédie en cinq actes et en prose par m. E. ScribeChapitre 23 sur 74 · EMME&1C · texte numérisé non relu

EMME&1C

Je le sais...

LOUISE

Tant de raisons de trembler... cé monde qui nous observe et semble nous deviner , ces rivaux dont la jalousie s’éveille...

EMMERIC, vivement.

Ce n’est que trop vrai!..

LOUISE

D'autres dangers plus terribles encore... d’au-, très reproches..... d'antres tourmens..... les miens... je ne vous en parle pas! Encore quelques jours, et un meilleur avenir se prépare... nous aurons moins de gêne , d’inquiétude , de contrainte; car on doit s'éloigner... on doit partir... on me l’a dit (vivement.) Et, vous ne savex pas. on voulait m’emmener! Moi, quitter Paris!., moi, vous quitter!., jamais!

EMMERIC, a paru ,

O ciel !

LOUISE

Ce soir, du reste, et à dîner, on vous en pariera, sans doute.

EMMERIC.

Non, Louise... je ne viendrai pas.

LOUISE, étonnée.

Ni ce soir... ni demain ?..

em u ente.

Ni demain.

LOUISE

Et quand donc, mon ami, quand-donc?

EMMERIC.

Jamais!., je ne dois plus vous revoir...

Ce n'est pas possible !.. J'ai mal entendu !.. ce n'csl pas vous qui parlez !

EMMERIC.

Non... c’est une voix plus forte et pins puissante que la mienne... celle de l’honneur et de la reconnaissance... Il y a au monde un fardeau plus pesant que mes remords! des bienfaits contre lesquels je lutte en vain! une amitié qui m'opprime et m'accable... celle de votre mari!.. Je lui dois trop !

LOUISE

Et à moi. Monsieur, ne me devez-vous rien?

Ces reproches que vous vous adressez... croyezvous qu’ils me soient inconnus?., croyez-vous donc que je ne m'indigne pas comme vous de trahir et de feindre? Et tout à l’heure encore... avant votre arrivée, touchée de sa franchise... de sa loyauté... j’allais tout lui avouer

EMMERIC.

O ciel!..

LOUISE

J’ai pensé à vous, et je mesnis arrêtée... Oui. Monsieur, je tremblais pour vous... pour vous seul... car, moi, je saMiscomment me défendre: je lui aurais demandé • l’esclave qu’il avait si long-temps opprimée Mt méprisée n’avait pas le droit de briser sa chaîne... je lui aurais rappelé l’indigne rivale à qui il m’avait sacrifiée dés ie premier jour de noire mariage... et ces affronts, que j'ai subis en silence..* je les lui aurais prouvés... J’ai les lettres... je les garde... c’est ma défense, ma justification... si rien au monde pouvait mejustiüer.

Que dites-vous ?

LOUISE

Non... non... je ne m'abuse pas!.. Excusai ble peut-être à scs yeux, je ne le suis pas au, miens, et cependant vous savez si j’ai comballusi j'ai résisté au penchant qu im'enirafnait et

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dont j'aurais triomphé... si une nouvelle fatale et mensongère ne m'eût abusée... Je me suis crue libre... et alors, malgré la distance qui aux yeux du monde pouvait nous séparer.... c’est moi... car j'étais la plus riche, c’est moi. vous le savex, qui vous offris ma fortune, ma main... car je vous aimais... et quand le bruit de celte mort faussement répandu... fut enfin et trop tard démenti... un amour que j’avais cru noble et légitime devenait une trahison... j’étais coupable... car j'étais esclave... H m'était défendu de vous aimer... au moment même où je vous aimais plus encore... où je vous aimais pour toujours!,.

EMMERIC.

Ah! ce n'est pas vous... c’est moi qu'il faut accuser... c'est moi, qui ne mérite pas de grâce !

LOUISE

Tant mieux!., j'aurai plus de bonheur encore à vous pardonner ! et s’il n'existe pas d'autres raisons !..

EtIHERIC.

11 en existe... qui me sont personnelles... qui viennent de moi... de ma volonté...

C’est volontairement que sons vouiez me quitter?.. ce n'est pas possible! vousme tromper.. . vous détourne i la vue !.. O ciel ! ce qu’on me disait tout ii l'heure!.. Lui aussi peut-être ! des doutes, des soupçous sur M. de Langcac!..

EM M ERIC, vivement.

M. de Langcac !..

LOUISE, avec inle.

Jaloux!., il cstjalonx!.. Ah! que c'est bien à vous.Monsienr... Je ne l’espérais pas... je tremblais que vous ne le fussiez pas... et, voyez mon injustice... je me disais ce matin encore... 11 ne s'en est même pas aperçu... tandis qu’un autre... Eh bien! oui... depuis quelque temps... je croyais voir en vous...- de la froideur, de l’indifférence... je le redoutaisdn moins, excusez ma faiblesse, on craint tout quand on aime... et pour vous faire aussi connaître l'inquiétude et la jalousie... je sais devenue coquette... par dépit.. ou plutôt par amour... C’est mal... j'en conviens, je m’en accuse... Mais j'en ai été bien punie... et hier seulement je me suisaprrruo de l’étendue de ma faute... Ce fat qui n'avait reçu de moi d'autre encouragement que mon silence, a osé , en me donnant la main pour mouler eu voiture... me glisser un billet.

E xt M ERtcfmvcc colère.

Il serait possible?..

LOUISE , vivement.

Oue j’aurais jeté à ses pieds... que j'aurais déchiré à scs yeux, si M. de Sainl-Gerau n’eùt été là... Vous le connaissez, c’en eût été fuit du vicomte... et, malgré moi, il m’a fallu...

KMAIKRIC.

Vous avez gardé ce billet?

LOUISE, vivement.

Tour vous le donner... pour vous le montrer... Il est là, dans mon secrétaire... cl vous allez voir par vous-méme...

EMU ERIC

C'est inutile... Madame!

Louise, vivement.

Et pub, j'oubliais encore, car je veux tout

vous dire , qtt’bier, dans la soirée . le vicomte m'avait suppliée de lui donner, pour demain , une place dans ma loge à l’Opéra.

EMUERIC.

Et vous la lui avez accordée?

Louise, avec tendresse.

Non pas, j'ai refusé... car déjà dans mon cœur j’avais l'espoir que vous viendriez... que je passerais cette soirée avec vous... et maintenant qu'bumble et repentante j’ai avoué tou»

mes torts, votre grande colère ne tombera -t elle pas? Cette place , réservée pour vous cl si bien défendue par moi... ne mérite-t-elle pas quelque indulgence... Monsieur?..

EMUERIC , avec émotion.

Louise !

LOUISE, doucement.

Vous viendrez, n’est-il pas vrai?.. Pourquoi vous en défendre encore ?..

EMUERIC.

Parce que je le dois... parce que, malgré moiméme... j’allais oublier ma résolution... et que...

LOUISE, sévèrement.

Et que... le dépit ou l'amour-propre vous défend de céder... C’est mal. Monsieur... c’est très mal ! Avec ceux qu’on aime il n’y a plus de vanité ni d’orgueil... Et maintenant , après avoir prié... je commande... Vous m’accompag terez demain à l’Opéra... dans ma loge... vous y viendrez... si vous m’aimez... et je n'ajotilcrai qu'un mot: Si vous ne venez pas... ne me revoyez plus!

(Elle sort par la porte a gauche.)

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