M. LE SAINT-GERAN, HECTOR
BECTOn.
Quoi !.. c’est vous... M. le Comte?., de si bonne heure sorti de votre hôtel!..
M. DE SAINT-GERAN.
J’y rentrais !.. Je sais que Clérambeau est matinal, et je venais m'excuser auprès de lui de mon impolitesse d’hier au soir», et lui expliquer pourquoi je n’avais pn assister à ce contrat Hector, à part
Le beau-père sait tout., ma visite est inutile.
H. DE SAINT-GERAN.
Et puisque je vous rencontre, M. Ballandard, j’ai aussi à m’acquitter envers vous...
BECTOR, a part.
O ciel!..
M. DE SAINT-GERAN.
J’ai reçu hier... au sujet de noire procès, les deux ou trois pages de consultation que vous m'avez adressées... (Souriant) Le mal de tête était dissipé... je l'ai vu sans peine , car je n'ai
jamais rien lu de pins clair, de plus précis et, de mieux raisonné... c’est un chef-d'œuvre.
HECTOR, s'inclinant
Monsieur!..
U. DE SAINT-GERAN.
Non... non... il n’y a plus de discussions possibles, je regarde mon procès comme gagné, et j’aurais dû sur-le-champ passer chez vous ou vous écrire pour vous en remercier... mais hier, exeusez-moi, une affaire aussi fâcheuse qu’impré- vue...
BECTOR , balbutiant , A part
Dieu ! si je pouvais arriver à quelque arrangement (Haut.) Une affaire bien malheureuse.. .
M. DE SAINT-GERAN , souriant
Quoi ! cela se sait déjà... c’est déjà connu?..
BECTOR , troublé.
De moi... de Toiseul... Le hasard... U cli entoile... et l'amitié... qui me lie...
U. DE SAINT-GERAN.
Amitié... dont je ne voos fais pas compliment.
HECTOR
Vous avez raison... Mais q’y aurait-il pas moyen, dans l'intérét de tout le monde, d'arranger" cette affaire...
U. DE SAINT-GEBAN.
Elle est terminée... j’en sors...
HECTOR
Vous l’avez déjà vu ce malin?., n es là peine sept heures!
Nous nous sommes battus à cinq...
HECTOR
Mort... mort.. Vous l’avez tué?
M. DE SAINT-GERAN.
Je l'aurais dû , peut-élre !.. mais au moment je me suis rappelé... qu’hier matio, en causant de lui, j’avais étourdiment promis de... c'est ce qui l'a sauvé... J'ai adressé tout uuiment nia balle à l’épaule gauche.
HECTOR
O ciel!.. Et vous l'avez atteint?..
M. DE SAINT-GERAN.
Parbleu !..
HECTOR , avec colère et tremblant.
Mais c’est horrible!.. Monsieur, c’est atroce!
U. DE SAINT-GERAN.
Vous le détendez?
Hector, hors de lui.
Oui... Monsieur. Je ne suis qu’un avoué...
mais c'est égal... dès qu’il s'agit d’un ami...
U. DE SAlNT-GEnAN, froidement et lui prenant la main.
Avant de m’accnscr, lisez, Monsienr. Si vous aviez trouvé dans le secrétaire de voue femme une lettre comme celle-ci...
nECTon, a part et jetant les veux sur la lettre.
0 ciel !.. ce n’est pas l’écriture d'Emmeric!
— oo —
M. DE SAINT-GEIUN.
Faire la rour à ma femme... se plaindre de son indifférence et même lui adresser une déclaration, surtout quand elle est dans ce style... peu m’importe... Mais ces deux lignes qui ne regardent que moi... (Reprenant la lettre et lisant.) « Comme nous le disions l'autre jour à notre club... ce terrible amiral, qui avec sa longue vue marine ne voit pas même ce qui se passe chez lui... » Devais-je laisser impunies de telles offenses... de tels propos tenus publiquement dans un club... par votre protégé le vicomte?..
itECTOR, Spart.
C'est un vicomte!..
»l. DE SAINT-CFRAN.
Le seul tort que j’ai en c'est, quanti cette lettre m’est tombée par basant sous la main... de laisser éclater devant mon valet de chambre , qui était là, un premier mouvement de colère... que j’ai réprimée, car ma femme ne devait pas me savoir instruit de cette insulte qu'elle m'avait cachée avec raison, et |c voulais d’abord écrire à Emmeric... le prier d'être mon témoin... mais cela aurait effrayé sa prétendue... J’ai pris un de mes officiers... 'un lieutenant de vaisseau avec qui je me suis rendu ce matin cbez M. de Langeac.
M. de Langeac?..
M. DF. SANT-GERAN.
Votre ami... vous me l'avez dit...
HECTOR
Je veux dire... mon client... Tout mes clicns sont mes amis... Mais maintenant que je sais ce qui s’est passé... c’est bien différent... je ne le connais plus...
M. DE SAINT-GERAN.
Je vous en remercie...
HECTOR
Tout ce que je demande... c’est que ça ne soit pas dangereux...
M. de SAINT-GERAN, d'un air Indifférent.
Je n’en sais rien !.. Je l'espère... Je ne voulais, du reste , parler de cette aventure qu’à M. Clérambcau et à son gendre, aussi je viens de laire dire à Emmeric que je l’attendais ici... iiector , a part.
Nous sommes sauvés ! Courons prévenir Emmeric. Dieu! le voici...