‹ Une chaine comédie en cinq actes et en prose par m. E. ScribeChapitre 9 sur 74 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

HECTOR, M. DE SAINT-GERAN, OLUVIER.

OLLtVIEn, annonçant.

M. le contre-amiral comte de Saint-Gcran!

(Einmtric et Hertor vont au-devant de lui.)

Je vous en prie, Messieurs, ne vous dérangez pas. Si vous faites la moindre cérémonie , je m’en vais !..

EMMEB1C.

Comment donc !.. M. le comte...

M. DE SAINT-GERAN,

Vous allez me faire repentir d'être venu le matin... en garçon... Je sors de chez votre oncle , à qui j’ai eu l'honneur de (aire ma visite...

ct, au risque d’interrompre qnelqae chef-d’œuvre... j'ai voulu serrer la main d'un ami !

EMMERIC.

Je vous en remercie...

M. DK SAINT-GERAN.

Ce sont les inconvéniens du talent et de la célébrité... on est obligé de subir l’admiration et les visites d’amateurs.

HECTOB.

Ab! Monsieur est amateur?..

H. DE SAINT-GERAN.

Abonné aux Italiens! Dilettante furieux .j'adorais leur musique. (A Emmeric.) Vous m avez réconcilié avec la musique française , à qui j'en voulais depuis long- temps... car je déteste le l>ruit et le tapage...

HECTOR

Vous, Monsieur? v

U. DE SAINT-GERAN.

Cela me ferait fuir à l’autre bout du monde.

(A Emmeric.) Je viens vous rappeler un plaisir que vous m'avez promis... celui d’assister à votre première répétition...

HECTOB, d'un air avantageux.

J’y serai aussi...

U. DE SAINT-GERAN.

Alors, Monsieur, le plaisir sera double!.. J’aurai l’honneur de me placer à côté de vous. Monsieur est, comme moi, un amateur?..

HECTOR

Non, Monsieur, je ne suis ni un amateur, ni uo grand seigneur...

U. DE SAINT-CERAN.

Mieux encore !.. un artiste?

HECTOR

Je suis avoué.

EMUER1C. a

Hector Baliandard . mon ami intime... que je vous demande la permission de vous présenter.

M. DE 8AINT-GEBAK.

Un homme d'bonneur et de probité ! la meilleure réputation du Palais!.. Vous voyez que la présentation était inutile... dous nous connaissions déjà... Et c'est votre ami?

EMMERIC.

Je lui confie toutes mes affaires...

M. DE SAINT-GERAN.

S’il en est ainsi , il en est une dont je voulais vous parler, et que nous pouvons traiter devant lui...

EMMERIC.

Quoi ! Monsieur, vous veniez?..

M. DE SAINT-GERAN, souriant.

Pour votre répétition... Et puis, pour autre chose encore !.. Asseyons-nous !

(Hector va chercher une chaise qu'il avance à M. de

Saint-Geran. Emmeric en a pria une autre, et

Hector uue troisième.)

U. DE SAINT-GERAN , a Hector, qui reste debout.

Après vous, Monsieur, je vous en prie...

HECTOR

• Non... Monsieur !..

M. DE saint-geran, forçant Hector h s'asseoir en même temps que lui.

Je ne souffrirai pas !..

nECTOn.

C'est trop fort., et je ne puis en revenir.

Pardon, Monsieur ! J’ai bien l’honneur de par-. 1er à M. de Saint-Geran, le contre-amiral?

M. DE SAINT-GERAN.

Oui, Monsieur !..

HECTOR

Celui qui dernièt entent voulait se faire sauter avec son vaisseau..,

H. DE SAINT-GERAN.

Pourquoi pas?

HECTOR

Ezcusez mon ignorance... Je n’avais vu de marin qu’au théâtre... je croyais qu’ils devaient tous jurer et ne parier que de sabord et de tribord.

nECTon.

Dont je n’abuserai pas... quoiqu’elle soit infaillible... Mais vous vouliez. M. le comte, nous parler d’aliaircs... C'est différent, je suis là sur mou terrain !..

EMMERIC.

Et j'aitends, je vous l’avoue, avec impaience...

U. DE SAINT-GERAN, «Ourlant.

Ily en a peut-être ! je n’en connais pas!..

HECTOR

On m'a trompé comme pour vos trois duels..."

M. DE SAINT-GERAN.

C'est différent? Ccnz là, par malheur, ne sont que trop vrais !

HECTOR

Est-il possible?.. Vous qui êtes si rempli de bienveillance et de politesse !

M. DE SAINT-GERAN.

Aussi , Monsieur, et pour que vous n'ayez pas rop mauvaise opinion de moi... je tiens à me justifier... J’ai toujours été, pargoilt ou par bizarrerie, pour la paiv, la tranquillité elle gouvernement ! c’est une idée comme une autre... c'était la mienne... fêlais donc iusie-milien , de plus... j’étais pair île France et marié!., trois catbégories qui, de notre temps, prêtent au ridicule... et probablement on ne me l’aurait pas épargné... ça commençait! Or. c’est encore une (le mes bizarreries... je n’aime à me moquer de personne... et, réciproquement, je n'aime pas...

HECTOR

Je comprends...

M. DE SAINT-GERAN.

Alors, dans mes motnens perdus, et an marin en a beaucoup... je me remis avec quelque obstination à l'épée et aH pistolet... de manière à être à peu près sûr de mot. Aussi, depuis ces trois malheureuses rencontres...

HECTOR

Malheureuses pour vos adversaires qui y sont lestés tous les trois...

M. DE SAINT-GERAN.

Comme vous dites, cela a fait taire les railleurs, m’a réconcilié avec tout le monde, m’a permis de rester dans mon caractère naturel , et me donne désormais le droit d’être honnête et pacifique... impunément... Vous savez maintenant ma recette.

M. DK SAINT-CERAN, souriant.

En vérité!.. Eb bien! m'y voici. Vods êtes, mon clicr Emmeric, un fort estimable garçon , que J’aime beaucoup pour votre talent d'abord... et puis encore pour d’autres raisons. Votre père Bultltazar d’Albret, officier de fortune, était capitaine de vaisseau, et moi, cadet d'une noble famille de Bretagne; j'étais aspirant dans la mariae, où l'on avait alors assez peu d'estime pour les jeunes gentilshommes, quand ils ne faisaient pis leurs preuves... Votre digne père me donna occasion de taire les miennes; il m’avait pris en amitié... il me protégeait., il me mettait toujours en avant... c’est-à-dire à côté de lui... et dans sa dernière affaire... j’eus l'honneur d'être blessé par le boulet qui l'emporta...

éuUEBIC*

Monsieur !

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