‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 69 sur 126 · Praclica : De Melancolia, ch. IX, fol. xli.k · texte numérisé non relu

Praclica : De Melancolia, ch. IX, fol. xli.k

caté|,^orie de malades est plus sérieusement atteinte. « Les uns vivent au milieu des stipultures, d'autres se complaisent dans des idées de luxure. Ceux-ci veulent mourir; ceux-là s'alTolent en pensant à la mort. Il en est qui discourent ou qui restent mornes, sans une parole. D'aucuns craignent les voleurs, s'imaginent être des rois ou des oiseaux ou des loups, ou même des objets. Celui-ci n'a pas de tête, celui-là est en verre et craint d'être touché et brisé. Avicenne cite le cas d'un homme qui s'attacha des pierres autour du corps et puis se jeta à l'eau, etc. » — Les causes de cette affection sont dans le cerveau lui-même ou en dehors de lui. Lorsque la complexion du cerveau est froide et sèche, il peut se présenter des phénomènes mélancoliques. Mais il suffit d'un trouble dans le fonctionnement normal de la rate, du foie, de l'estomac, de l'utérus, pour donner naissance à la maladie. L'humeur mélancolique s'accumule dans la rate et ne peut être suffisamment évacuée. Le foie est trop chaud ou trop froid; les voies sont obstruées entre cet organe et la rate, d'oii stagnation de la matière mélancolique. Le Mirach, — et dans ce cas particulier il faut entendre par là, non seulement la peau, les muscles et la graisse de l'abdomen, mais le mésentère et les veines mésaraïques', — le mirach doit être parfois incriminé. Ici encore, il s'agit d'une accumulation d'humeur mélancolique. Quoi qu'il en soit du point de départ de l'affection, celle-ci est en définitive produite par des fumées, vapeurs ou ventosités qui s'élèvent de la matière mélancolique jusqu'au cerveau. — Le traitement sera différent comme les formes de la maladie. Mais il faut savoir que chez certains individus il ne peut être question de médicaments. « 11 faut simplement détourner l'attention du sujet. Rhazôs rapporte un cas intéressant dé quelqu'un qui fut guéri sans médecine. »

Nous allons maintenant résumer la VHP consultation.

Le jeune homme, dont il est ici question, n'est pas seulement mélancolique du fait d'une affection du mirach, mais il faut aussi chercher la cause de sa mélancolie dans son cer-

1. « Per mirach intelligendo non tamen membra veri mirach, ut musculos, pinguedincs paniculos et cutem, sed etiam misentcrium et meseraicas dispersas simul cmn zirbo adipio... »

veau. « Et la preuve en est, que l'on a fait des onctions, des fomentations et le reste dans la région du mirach, et qu'il n'en est résulté aucune amélioration apparente. Avicenne l'a dit : « Lorsque la médication locahî n'est d'aucun efTet, il faut penser que le cerveau est affecté dans ses propriétés. » Et c'est le cas chez ce jeune homme. Mais est-il au début de la maladie, ou bien dans la période d'état? D'après le rapport écrit qui lui a été adressé, Ferrari incline à croire qu'il n'est qu'au premier degré de la mélancolie. Ce jeune homme a des accès de tristesse et de crainte, mais qui ne surviennent pas sans cause manifeste, et brusquement. Il faut, par exemple, qu'il soit seul pendant quelque temps dans sa chambre, alors il est pris de terreur et tremble de tous ses membres. Il y a là un motif; de même on voit chez certaines personnes survenir la mélancolie à la suite d'un accès de colère,.d'une peur motivée ou d'un chagrin, surtout si le corps est déjà affaibli par des passions de toutes sortes. Mais on ne peut pas dire que ce soit la mélancolie à la période d'état. Et même, une personne est prise brusquement de son accès ; elle a des pensées incohérentes, elle a peur, elle est triste : on ne peut pas dire encore qu'elle soit atteinte de mélancolie complète. Au contraire, vient-elle à crier tout haut ces pensées incohérentes? En arrive-t-elle à les mettre en action? Alors seulement le médecin est en droit de dire • mélancolie à la période d'état. Tel n'est pas ici le cas Ce jeune homme n'en est pas encore venu au point de se répandre en paroles et en idées étranges; il n'est ni insane m obscène en ses actions ; il parle comme tout le monde né disparaît pas de chez lui, ne fait pas encore de choses extravagantes. Ceci prouve bien que la maladie n'est pas encore confirmée. « Je pense aussi que, outre le mirach, outre la sécheresse générale de tout le corps, il faut faire intervenir aussi le cœur comme une des causes de l'affection dans ce cas particulier. En effet, ce jeune homme a des palpitations continuelles Mais la cause principale, à mon sens, il faut la chercher dans le cerveau, ou mieux dans ses propriétés. Ce jeune homme me paraît, en effet, avoir été et être encore en ce moment très instruit et d'une intelligence remarquable; or, je suis de l'avis de Razès, lorsqu'il dit que les

personnes d'un esprit supérieur, el qui se livrent trop à l'exercice et à l'étude, sont prédisposées à la mélancolie. Non certes que je n'attache pas d'importance à l'inlluence du mirach en la circonstance, d'autant que ce jeune homme, il y a quelque temps, a été atteint d'une maladie fort longue de l'estomac, caractérisée par de la difficulté de la digestion. Il a dû par conséquent se former de la matière mélancolique xlans toute la région du mirach, puis des vapeurs, lesquelles se sont portées vers le cerveau et ont transformé les esprits animaux en esprits sauvages {si/lvesires)... »

Quant au traitement, il doit être énergique et institué sans retard; car la maladie une fois dans la période d'état, les remèdes sont souvent inutiles en raison de la gravité de l'affection.

Nous serons bref sur ce traitement. Signalons les bains, les lotions, les frictions sur tout le corps, «mais surtout le traitement moral : occupations agréables, sociétés où l'on s'amuse, faire de la musique, chanter, s'occuper d'art, cic, etc..

Enfin nous mentionnerons ce remède très efficace, paraîtil, et qui vient d'Azaravius : « Couper un agneau par le milieu du corps, retirer les organes internes et appliquer tout chaud sur la tête. »

Dans la IX'' consultation, nous retrouvons mêmes idées et même traitement chez ce noble Génois, âgé de 50 ans, présenté àMatheus par le très érudit docteur ès arts et médecine, Maître Nicolas de Passano. C'est aussi le cerveau qui est la cause principale de l'affection. « Il n'y a rien du côté du mirach, rien du côté du foie. On pourrait très vraisemblablement aussi accorder une certaine importance à un ulcère de jambe guéri, puis qui a récidivé*. »

1. Cette consultation se termine ainsi : El sic est finis hujus gloriosi consilii flores speciosiores dicendorum in isfa materia de melancolia continentis editiper eumdem dominum tnaçiislvum Jo. Malheum, Augusti 13* die t-'i97 antio. Ad tandem (floriosissimi Jesu filii gloi'iosissime Virginis Mafrisque Marie- Finis. » Cette note de l'éditeur contient une erreur typograpiiique; Matheus est mort en 1472. il faut lire 1407, au lieu de 1497.

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