LVII. C CONSULTATION POUR LE ROI DE FRANCE
SUR LES Hémorroïdes'.
C D'après le rapport de trhs respectable Manuel de Jacob, parlant au nom de Sa Très Sacrée Majesté le roi de France, Sa Majesté aurait des hémorroïdes dont Elle souffre quelquefois. Et, puisque j'ai reçu l'ordre de mon très Illustre Maître le Prince Duc de Milan, d'avoir à donner par écrit les remèdes à apporter à cette affection, ainsi ferai-je. — Les hémorroïdes sont diverses; elles ont des aspects différents. Il en est de sourdes qui ne donnent pas de sang, mais qui à certains moments s'obstruent et alors se tuméfient. Parmi elles, il en est d'extrêmement douloureuses, et d'ailleurs ce sont de toutes les plus douloureuses. D'autres donnent du sang trop abondamment, et alors que dans le premier cas il est nécessaire de provoquer une émission sanguine, à seule fin d'arrêter ou d'atténuer la douleur, ici, au contraire, il est nécessaire de s'opposer à cet écoulement de sang exagéré, de peur que les organes royaux, par suite surtout du refroidissement du foie, ne viennent à s'affaiblir^ Et comme j'ignore de quelle sorte d'hémorroïdes est affligée Sa Majesté, je laisserai de côté nombre de choses subtiles et théoriques que je pourrais dire, et sur les causes et sur les remèdes à leur opposer quand elles donnent modérément, quand elles sont indolentes, etc.; je ne parlerai pas non plus des accidents que peut provoquer une perte sanguine trop considérable, ni
1 Se reporter pour plus de détails à la page 56 de ce travail.
2 .( ne membra regalia maxime epar iulrigidata debilitentur ». Nous • roYons" qu'il s'agit ici des organes principaux, cœur, cerveau, foie, et non des membres royaux, c'est-à-dire du roi de Franco. Mais les doux mterprélations se peuvent soutenir, bien que l'auteur no parie des hémorroïdes qu a un point de vue général.
du régime à suivre. Non que ces différents points n'aient leur intérêt, mais les très savants médecins de Sa Majesté pourront là-dessus la mieux renseigner que moi-môme. Je me contenterai donc de donner les formules de certaines médecines qui pourront utilement être employées contre les diverses espèces d'hémorroïdes, me bornant à les énumérer, m'attachant surtout à indiquer celles que j'emploie d'ordinaire, que j'ai expérimentées dans des cas semblables. C Or donc, si les hémorroïdes ne donnent pas de sang et sont très douloureuses, comme il arrive souvent, il y a deux indications à remplir : en premier lieu, atténuer la douleur; en second lieu, favoriser l'écoulement du sang. A cet effet, pour atténuer la douleur, on prendra des bains de siège dans la décoction que voici' : n/. Graines de lin n^- i- feuilles de guimauve, fenugrec, an. n],.5. limaces trouvées en des lieux humides et sans carapaces, 2. ij. fleurs et feuilles de bouillon, deux parties, u^. de chaque. Faire bouillir le tout dans deux seaux|d'eau, jusqu'à évaporation de la sixième partie. Verser la décoction]dans un récipient concave dans lequel on pourra s'asseoir. S. M. prendra un bain de siège de quatre heures. A la sortie du bain, il sera fait sur l'endroit malade une onction destinée à l'adoucir et à l'insensibiliser autant que possible avec l'onguent suivant : b/. Huile de graines de lin, huile de crisomille, an §.i. Jaune d'œuf, poudre de nénufar, desséché, 2.5. Ajouter un peu de cire. Sur cet onguent, sera appliqué un emplâtre ainsi composé : b/. Limaces comme plus haut, g.ij. Feuilles de mauve, de guimauve et de mellilot, an. n|.j. Fleur de nénufar, u],. 5. Graines de lin, lîl. 5... Faire bouillir et agiter. Ajouter huile de violette et moelle de jambe de veau, un peu de safran, et appliquer l'emplâtre sur la région douloureuse. Si cependant il y avait cha-
i. Les quantités de médicaments étaient indiquées dans les formules du ^moyen âge par des caractères spéciaux qui furent employés jusqu'au XIX bitcie. JSous avons conservé dans notre travail celte notation, et voici un petit tableau explicatif :
sigaifio Recipe; an signifie de chaque, ft)' ~ livre ou 16 onces ou 190 grammes environ.