VÉNUS
Rêve, rêve, Vénus; Vulcain est ton époux.
Te séparer de lui, même en rêve, t'est doux; Il est hideux, il est boiteux, toi, si jolie, Oue le regard charmé te contemple et s'oublie. Et voudrait t'admirer, encor, encor, toujours ; La femme d'un pied-bot, toi, reine des Amours ! Rêve, rêve, Vénus; vois Mars qui s'agenouille; Sa lance, inoccupée, à ses côtés se rouille ; Le vainqueur est vaincu, regarde : il est épris ; Il n'a qu'un seul désir ; vivre sous ton souris.
Rêve, rêve, Vénus, à ta lutte immortelle.
Il s'agit de savoir laquelle est la plus belle, Et le juge choisi, c'est un jeune berger; Ton corps, débarrassé de tout voile léger.
Est si beau que, laissant de côté tes rivales, Oui meurent de dépit et te regardent, pâles.
Le beau Paris ne peut apercevoir que toi.
Tu le vois se lever, te tendre, plein d*émoi.
Dans une de ses mains, la pomme convoitée, Que tu reçois, étant de son bon goût flattée.
A quoi servent ses dons et son titre de reine? Lorsque, vers Adonis, son cœur aimant Tentraîne. Il ne séduit donc plus son admirable corps ?
Sûre de le charmer, avec tous ses trésors, Sur sa route elle était, gracieuse, accourue ; Adonis, méprisant, a détourné la vue.
Elle est triste, Vénus, elle sent, à son tour. Quoique belle à ravir, Tangoisse de Tamour.
Rêve, rêve, Véjius; sois douce; que ta grâce Te ramène son cœur; ne sois pas déjà lasse :
Dis-toi que ton sourire est un divin pouvoir, Et que le dédaigneux, bientôt voudra te voir. Séduit par ta bonté, qui le charme et l'attire, Il accourt tout tremblant, il t'adore, il soupire. Rêve, rêve, Vénus; Vulcain est ton époux; Te séparer de lui, même en rêve, t'est doux.