SŒURS
Sur le grand boulevard, devant la Madeleine, A peine à quelques pas du g-ai marché de fleurs, Le hasard, tout à coup, met en face deux sœurs, Et Ton voit se passer une émouvante scène.
Elles sont sœurs ; le grand Paris les sépara ; De Tune, il a produit une fille vendue Qui passe, le front haut, car toute honte est bue ; L'autre vit travailleuse et jamais ne tomba.
Avec son cher mari, ses enfants, cette femme Attend sur le trottoir et cherche à traverser. Quand, soudain, elle voit vers elle s'avancer Dans un beau huit-ressorts, sa sœur, sa sœur infâme.
En toilette bruyante, avec Tair triomphant , Toute fiére d'avoir des cochers en livrée , Elle vient au grand jour, afin d'être adjnirée ; Elle a mis à ses pieds, un gentil griffon blanc.
En regardant ce luxe insolent qui s'étale Et dont le déshonneur de sa sœur est le prix, Pendant que son mari regarde avec mépris.
Elle, la femme honnête, aussitôt devient pâle.
Soudain, se redressant, comme on fait au pays, Sa main s'avancç en Talr, en signe qui menace ; Il semble qu'à jamais maudite elle la chasse ; Qu'elle veut l'éloigner de ses enfants chéris.
La voyant devant elle, émue et courroucée, La cocotte, passant, lui jette un froid regard ; Son front ne pâlit pas sous la couche dé fard ; Son cocher se retourne ; elle, semble glacée.
Cette scène se passe au milieu des rumeurs.
Sur le grand boulevard, encombre par la foule ; Pendant que tout un flot de curieut s'écoule ; Pendant que le soleil joue à travers les fleurs.
MADAME COMERRE-PATON ê