‹ Une cigale au Salon de 1883Chapitre 47 sur 52 · LE CHEMIN DIFFICILE · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DIFFICILE

Ils se sont égarés, en route; Ils sont jeunes, on le comprend; Lorsque l'un parle, l'autre écoute.

La jeune fille au front charmant.

Et le jeune homme très galant.

Ont ensemble autre chose à faire

Qu'à voir où Ton marche, en rêvant; Ils cherchent surtout à se plaire.

Peut-être qu'ils sont fiancés !

N*étant pas passés par Téglise, La belle dit, les yeux baissés :

La caresse n*est pas permise.

Elle est dans sa toilette exquise, Si belle qu'elle doit tenter; £t sa bouche est une cerise Que son amant voudrait croquer.

Il se tient pourtant à distance; Heureux et la couvant des yeux, Pour lui nulle femme de France, N'a regard plus délicieux Et mouvements plus gracieux !

La voyant, il tremble, il frissonne ; C'est rétoile qui brille aux cieux; Sur la terre, c'est sa madone.

Tout à coup, en longeant les bois, Une rivière les arrête; Les chemins sont glissants, étroits ; L'amour en cet endroit les guette, Pour animer leur tête à tête.

Pour exciter ces amoureux Dont la bouche reste muette, Quoique toute pleine d'aveux !

Il faut passer : prenant la taille De sa compagne, en frissonnant, Il sent son beau corps qui tressaille.

Ils sont tout heureux, en passant Au-dessus du chemin glissant.

Ils s'attardent sur une roche Bien p^illeuse, en bénissant Le cher hasard qui les rapproche.

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