LE CHEMIN DIFFICILE
Ils se sont égarés, en route; Ils sont jeunes, on le comprend; Lorsque l'un parle, l'autre écoute.
La jeune fille au front charmant.
Et le jeune homme très galant.
Ont ensemble autre chose à faire
Qu'à voir où Ton marche, en rêvant; Ils cherchent surtout à se plaire.
Peut-être qu'ils sont fiancés !
N*étant pas passés par Téglise, La belle dit, les yeux baissés :
La caresse n*est pas permise.
Elle est dans sa toilette exquise, Si belle qu'elle doit tenter; £t sa bouche est une cerise Que son amant voudrait croquer.
Il se tient pourtant à distance; Heureux et la couvant des yeux, Pour lui nulle femme de France, N'a regard plus délicieux Et mouvements plus gracieux !
La voyant, il tremble, il frissonne ; C'est rétoile qui brille aux cieux; Sur la terre, c'est sa madone.
Tout à coup, en longeant les bois, Une rivière les arrête; Les chemins sont glissants, étroits ; L'amour en cet endroit les guette, Pour animer leur tête à tête.
Pour exciter ces amoureux Dont la bouche reste muette, Quoique toute pleine d'aveux !
Il faut passer : prenant la taille De sa compagne, en frissonnant, Il sent son beau corps qui tressaille.
Ils sont tout heureux, en passant Au-dessus du chemin glissant.
Ils s'attardent sur une roche Bien p^illeuse, en bénissant Le cher hasard qui les rapproche.