‹ Une cigale au Salon de 1884Chapitre 40 sur 53 · LE BOIS SACRE · texte numérisé non relu

LE BOIS SACRE

TERZA RtMA

On devine, a le voir, que l'endroit est sacré. O rÉden ravissant où Ton chante, où Ton rêve, Où l'esprit aimerait se trouver égaré!

Ici l'âme toujours vers l'idéal s'élève ;

Le beau nous y séduit et, tranquille, on y fait

Un doux songe divin qui jamais ne s'achève.

Tout est surnaturel pour nous et tout nous plaît. C'est en vain qu'on voudrait analyser le charme Qui nous saisit devant ce chef-d'œuvre complet.

Au milieu de ces prés le cœur n'a pas d'alarmes, Et le malheur jamais sur ces gazons si verts N'a pu faire verser la plus légère larme.

Des parfums enivrants voltigent dans les airs; Le printemps étemel est dans le bois mystique Où sans cesse on entend d'agréables concerts.

rï, ^.-

Voici la Poésie et voici la Musique,

Qyi viennent dans les cieux apporter à leurs sœurs

Les Muses, le trésor de leur accent magique.

C'est le palais des arts tout rempli de douceurs,

Ou tout est à sa place avec tant d'harmonie

Qye le bonheur est là, dans ces bois, près des fleurs.

D'ici les Muses vont exciter le génie

Des hommes que l'on voit sur terre, triomphants ;

Dont on aime toujours la besogne bénie.

Pour montrer à nos yeux ces êtres élégants, Les Muses au doux front, aux suaves visages.

Aux corps enveloppés dans des vêtements blancs;

Pour rendre cet air pur, ce ciel bleu sans nuages,

Il faut en avoir eu la vive vision,

Et s'être promené longtemps dans ces parages.

Et toi seul en avais l'exacte notion ; Faisant dans l'idéal de merveilleuses glanes. Sans cesse tu retiens notre admiration :

O grand maître charmeur, ô Puvis de Chavannes.

GALLIAN

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