‹ Une cigale au Salon de 1884Chapitre 7 sur 53 · BENJAMIN CONSTANT · texte numérisé non relu

BENJAMIN CONSTANT

LES CHERIFFAS

Dans le fond d'un harem, sur de riches tapis, Au sortir d'un long bain, les belles Marocaines, Belles captives dont on sait parer les chaînes, Sont au fond d'un boudoir, couvertes de rubis.

Pendant que celles-ci, les yeux pleins d'indolence. Reposent doucement leurs corps superbes, las; Sur de larges divans qui ne la tentent pas.

Une rêve d'amour et, pleine d'élégance.

Dresse son corps dans l'air en poussant un soupir ; On sent qu'elle voudrait de suaves haleines.

Et que le sang si chaud, qui coule dans ses veines, Devrait dans un baiser ardent se rafraîchir.

Cette taille élancée et ce sein qui s'avance Prouvent qu'elle saurait aimer avec ardeur ; Les yeux ne peuvent pas la voir avec froideur. Tant l'amour dans ce cœur semble avoir de puissance.

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Ainsi doit se cambrer la panthère au désert, Qpand sa gueule en hurlant demande des caresses. Captive, elle voudrait d'extatiques ivresses. Nul ne vient; le parfum de cette fleur se perd.

Pendant que le Seigneur de céans trop s'attarde, L'eunuque, dans un coin, étendu mollement, Est devant ce spectacle, entre tous enivrant, Tranquille et doux ainsi qu'un très bon chien de garde.

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