‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 1 sur 40 · RS RE DE · texte numérisé non relu

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nul n’a paru se demander si cet exposé contenait des nouveautés ou des redites, ni s’il y avait là quelque point controversé ou controversable.

L'article du Journal officiel est très-sympathique et bien fait, au point de vue de l’histoire de France, mais il est visible que l’auteur ne soupçonne même pas les problèmes que nous offre l’histoire de la colonisation américaine, ni le but que M. Rameau s’est proposé.

La Revue politique et littéraire professe des principes fort opposés à ceux de M. Rameau; témoin son article (même livraison) paradoxal et absurde sur les cathédrales, et une dia tribe déplorable et calomnieuse sur ce loyal et brave McMahon, qui n'a qu'un tort, celui d'être trop bon. Elle à compris ce que cherche l'auteur d'Une colonie féodale ; elle a comme le sen timent de la situation, et le presseniiment des différentes appré ciations qui peuvent se rencontrer sur les temps primitifs de l'occupation du Nouveau - Monde par la race blanche.

L'Univers, l'Union, le Moniteur universel et la République fran caise se sont occupés de l'ouvrage, ce qui montre qu'il a attiré l'attention de tous les partis.

Ces articles ont été fort remarqués dans les sociétés qui s’occupent de l'histoire de France, car ils affirment et montrent l'extension que prend de jour en jour l’école historique qui contredit et rectifie les vieux préjugés en matière d'histoire ; mais on ne s’est préoccupé que des points qui se rattachent à des questions discutées de l'histoire de France, parce que, en effet, ce sont les seuls qui, dans le livre de M. Rameau, soient familiers aux écrivains français.

Pour nous, Canadiens-français, ces écrits ont un mérite particulier : ils finiront par nous mettre en lumière dans un milieu tout nouveau, où l'on ne peut que gagner à se faire connaître, puisque l'état et la ramification de notre groupe sont trop peu remarqués en France.

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Les opinions énoncées par M. Rameau lui ont été révélées par l'étude de nos institutions seigneuriales comparée avec les études spéciales qu'il avait faites sur les origines et les développements de la propriété en France.

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En ouvrant le livre, il expose, dans une sorte de tableau, quelles relations unissaient l’état social européén au seizième siècle avec la colonisation de l'Amérique du nord. En second lieu, il développe les procédés et les méthodes qu'ont suivis les cultivateurs pour s'établir ici à la même époque. Enfin, il décrit l’état spécial des colonies françaises, et la valeur réelle de ces colonies et de leurs habitants, trop oubliés et trop méconnus par la mère - patrie.

On a bien souvent écrit l’histoire à l’aide de quelques rensei gnements incomplets découverts par hasard ; des traditions sont venues s’y intercaler; les auteurs, se répétant les uns les autres, y ont ajouté chacun leur quote-part d'illusions, de thé ories, de suppositions. Le tout forme un amas sans consistance, mais qu'il n’est pas facile de détruire, parce qu'il y est entré une dose considérable de préjugé, et le préjugé fait presque loi.

Abandonnant la routine qui consiste à remettre au jour ce que les auteurs ont bien voulu dire sur le sujet, M. Rameau est allé demander aux documents authentiques la vérité sur l’ancienne Acadie, ‘en vain par tant de gens cherchée,” comme dirait Lescarbot, et il a écrit un ouvrage solide.

Il est temps de sortir de la vieille ornière où le dix -huitième siècle a engagé l’histoire de l'Amérique. On veut absolument chercher la source de cette histoire dans un affreux mélange de considérations philosophico - politiques, dans un marais trompeur, tandis que, semblable au ruisseau pur et limpide, elle trouve son origine nlus haut, dans la montagne, c’est - à - dire dans les mœurs, iss besoins et les croyances des hommes

simples et laborieux que l’on rencontre au commencement des sociétés humaines.

La philosophie de l’histoire est excellente, mais elle n’est que le couronnement des travaux historiques ; c’est elle qui permet de les voir au net, de les saisir dans leur ensemble et dans leur portée logique. Or, on oublie trop facilement que cette philosophie et la politique sont des sciences d'expérience, postérieures à l’histoire, au moins dans l’ordre du temps ; elles suivent les faits, mais ne les précèdent pas. Il faut, dans ses études historiques, se demander quels sont les hommes, d'où ils viennent, ce qu'ils croient, ce qu’ils désirent,

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