‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 40 sur 40 · A TE MT 0 F · texte numérisé non relu

A TE MT 0 F

ri UNE COLONIE FÉODALE EN AMÉRIQUE RS PAT À Au moment de signer mon'article du mois d'avril, je me ;

suis aperçu qu’il y avait &’autres. considérations à faire valoir, NE

et j'ai mis: À continuer: : al a MODE UC En effet, depuis cinq.ou six semaines, quelques - uns de n0s AE er. meilleurs écrivains ont. relevé, çà et: là, dans les journaux et. ler To les revues, la prétention. si étrange des Yankees au titre: de: “te. 0 k | race supérieure dans. l’œuvre de la colonisation dé l'Amérique:

| C'est bien la lutte que, je prévoyais, mais sans état ml la voir se produire si tôt.

| M ‘dans les pages de la Revue. de Montréal, et M. abbé | Casgrain dans l pion aubliquts Tien Rent de:s'inserire saptre la.

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L N h ] Ur ; HN 14 Le Tome 2, 5 livraison, mai 1878. MER

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fausse donnée dont je me plains et qui nous fait tant de mal à

l'étranger.

Au lieu de toujours répéter que nos colonies étaient inférieures à celles des YanKeés,' lès écrivains du dehors feraient mieux de comparer froidement les deux situations.

Des idéologues, des coureurs d'aventures, des gens de la traite, des mercenaires blancs, des repris de justice, des nègres esclaves, tel fut le fond des colonies anglaises. Faut-il s’étonner qu’un peuple ainsi composé n'ait pas valu ce que son chiffre semblait représenter ? Faut-il chercher longtemps pour se convaincre qu’il ne valait rien comme colonisateur ? Il avait le nombre, mais non les qualités requises.

Nous n'étions qu’une poignée au Canada, mais chaque homme comptait. Voilà la différence.

Que l’on saisisse bien cette vérité, et les préjugés répandus de nos jours sur ce sujet ne tiendront pas un instant.

Dix ans ne s'étaient pas écoulés après la mort de Champlain, que déjà un esprit public très-fort, un sentiment populaire irrésistible régnait parmi les colons. Ces gens n'étaient déjà plus français, mais canadiens. La nouvelle patrie était tout pour eux. On les voit, en 1645, former la compagnie dite des Habitants, en opposition à celle des Cent- Associés, laquelle ne représentait que le monopole ets’écartait de l’idée qui avait présidé à l’envoi d’une émigration agricole au Canada. Les colons étaient venus de France comptant sur des promesses qui ne se réalisaient pas. Les seigneurs qui les avaient amenés étaient aussi trompés qu'eux-mêmes. Plutôt que de se laisser opprimer par des marchands, des spéculateurs, des bailleurs de fonds, ils se redressèrent. Le patriotisme ‘ canadien ” germa dans leurs cœurs ; il produisit tout de suite des résultats.

Les seigneurs avaient fait choix de jeunes hommes nouvelle ment mariés, adonnés aux travaux des champs, la meilleure population qu’il fût possible de se procurer, la seule qui fût nécessaire, Celle qui devait, avant longtemps, produire des défenseurs pour la colonie, et des pères nourriciers pour les nouveaux venus. Q

Cette pensée fructüeuse et si ‘juste était bien différente de cellé qui présidait à la férmation des colonies de la Nouvelle- Angleterre, où l’on voyait se réfugier une foule de personnes

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sorties des villes à la suite de dissensions religieuses ou poli tiques, incapables de se maintenir par le travail de l'agriculture, sans Corupter que la plupart n'étaient plus d’un âge à fonder des familles.

Les colonies féodales de l'Acadie et du Canada, que les auteurs yankees ont si fort travaillé à faire passer pour des rêves ou des institutions qui se sont éteintes sans laisser de trace, dominent pourtant l’histoire de l'Amérique du Nord, le Mexique excepté.

Sommes - nous d'accord avec l’histoire, oui ou non ? Quel est donc ce noyau insignifiant d'aventuriers, comme on veut le désigner, qui n’a rien laissé sur Ce continent sans y imprimer sa marque ? Comment, à côté des pages qui racontent ses laits et gestes, ose - t-on écrire un commentaire rancuneux ? Pourquoi ne pas aller droit au but et dire que la vérité ne plait pas à une certaine école ?

Le groupe canadien est inattaquable.

Ce rameau transplanté du vieil arbre français s’est développé malgré les circonstances exceptionnellement difficiles qui paraissaient s'opposer à son acclimatation, A l'instar de l'érable, dont la feuille compose, avec le castor, nos emblêmes nationaux, il a crû parmi les rochers, sur le flanc abrupte des monlagnes, comme le disait M. Viger, mais sa vigueur n’en est que plus grande, ses racines plus tenaces, son fil plus solide et son poli plus attrayant. : Fidèles du passé, industrieux comme le castor, les Canadiens, après cinq quarts de siècle de domina tion britannique, sont aussi fiers de leur origine française que prêts à maintenir le rang honorable qu'ils se sont acquis: au milieu de races étrangères quileur furent souvent hostiles.

Le bon choix des sujets; un système de colonisation judi cieux, l’excellence du climat,'la ‘moralité soutenue de géné ration en génération, léé retidements faciles d'un sol nou veau, les exercices de là! güerre;-un peu dé la vie des bois, une instruction générale, . tel ‘est le tableau que présente l’histoire:du Canada sous l’ancien régime, celui que l’on est convenu de voir finir à la conquête, Depuis lors, tra -

versant une phase nouvelle remplie de dangers, en butte aux dénigrements des uns et à l'oppression des autrés, si nous avons fourni une carrière qui étonne tout le monde, cela est dû à nos origines. Avant d'être soumis aux épreuves que nous avons rencontrées sous le régime anglais, nous formions déjà un peuple avec des attributs dé force et de solidité, avec des raditions, une expérience, des idées et des sentiments propres. Nous occupions le sol. Nos chefs étaient instruits et pleins de l’idée nationale, Aussi avons- nous été les premiers à comprendre le mode d'administration qu'il fallait adopter sous ces circonstances nouvelles, tandis que, à côté de nous, les marchands, les immigrants, les bureaucrates anglais, population flottante sans lien ni expérience, ne faisaient que des bévues.

L'Europe actuelle, digne fille de l'Europe d'il y a deux siècles, n’étudie pas l'Amérique. Elle accepte des opinions habilement couchées dans certains livres et que les écrivains de la grande république ne se gênent pas de ressasser sans relâche. Il en est résulté un quiproquo complet, dans lequel les étran gers tombent facilement, sans réflexion, sans calcul, sans se douter de rien. L'ensemble du siècle et demi qui va de 1604 à 1760, est, on peut le dire, totalement lettre morte pour ces derniers,

Sans parler de Fenimore Cooper, qui a exploité notre histoire de l'Ohio, du Mississipi et de l'Ouest, mais qui s’est bien gardé de faire sentir que tout, absolument tout, y était canadien, et sans faire trop de reproches à Baneroft, qui à enjambé si lestement les faits qui l'embarrassaienit, nous avons sous les yeux quelques hommes de plume renommés, notamment Parkman, qui continuent la même tradition, quoique: leurs procédés soient, en appärence, plus généreux. Le temps n’est plus, en eftet, où l’on pouvait. nous ‘ ignorer,” selon l'expression anglaise. Il faut. mettre. de l'eau dans son vin; on en met — avec. une pointe de vinaigre. . M. Parlkman en gst arrivé au persifllage, genre de la petite.presse.. C'est triste. Ses livres, que l’on nous: dit écrits dans un.esprit de libéralité digne d’éloge, sont huilés de jalousie, pour ainsi dire: Les compliments qu’ii nous adresse trempent dans une encre amère, et c’est re

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qui lui nuira le plus, car tout sa découvre, tout finit par être connu ; et, pour avoir été le plus érudit des écrivains de sa nation, il n’en subira pas moins le mépris de ceux qui ne voudront plus accepter ses réticenses. Ah! si M. Parkman osait écrire l’histoire des puritains avec le ton de sarcasme qu'il a adopté pour parler des fondateurs du Canada, comme il n'amu serait pas ceux qui, aujourd’hui, se plaisent tant à consulter ses livres !

Il nous rend un service, cependant. Il met au jour des faits qui parlent d'eux-mêmes et que ses successeurs sauront inter prèler sans tenir compte de son faux point de vue. Dès que l'on cessera de nous traiter avec ‘libéralité,” on arrivera à la pure vérité! Inutile de se montrer généreux; nous ne de: mandons que la justice. Quand on commence par vouloir agir libéralemeut, c’est que l’on est préjugé et que l’on n'a pas compris les faits. L'histoire se compose de faits ; étudions- les et ne faisons grâce de rien. Cette condescendance est humi liante après tout,

Dans son livre The old régime in Canada, M. Parkman emploie

plus de six cents fois le mot but. Il constate un fait, puis : ‘mais... mais... mais...”

S'il est vrai que ses écrits nous vaudront une part plus

grande que jamais de l'attention des lecteurs étrangers, on peut aussi lui appliquer les vers de Corneille :

Il nous fait trop de bien pour en dire du mel ; Ilnous fait trop de mal jour en dire du bien.

Il me reste à parler des journaux français des États: Unis, non pas de ceux qui soht rédigés par des Canadiens, mais par “ des Français de France,” comnte nous disons chez nous. Les plus marquants sont le Courré ier des États - Unis, de New-York,

l’Abeille et le Propagateur, de la Nouvelle-Orléans. . 11 existe,

de plus, dans cette dernière ville, une société qui s’appelle l'Athénée louisianais. dont le but est d'assurer le maintien de la langue et de la tradition françaises en Louisiane ; elle publie,

tous les deux mois, un compte-rendu assez considérable, lu xueusement édité.

Ce n’est pas de New. York que nous viendra la lumière sur

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le sujet qui nous occupe. Les souvenirs français n'y existent pas, et pour cause. Les familles de notre race qui habitent cette grande ville s’y considèrent, avec raison, comme en pays étranger ; elles n’y ont rien trouvé qui puisse les induire à se croire ‘chez elles.” La France est pour elles le seul pays francais du monde, Le Courrier des États-Unis, tout habile ment rédigé qu'il est, n’a pas encore porté ses regards au - delà de la ligne 45e. Quand il parle du Canada moderne, il rivalise avec les géographes, les historiens et les savants de tous genres qui nous amusent tant et que nous avons perdu l'espoir de remettre dans le bon chemin. A plus forte raison est-il complétement hors de la voie lorsqu'il touche au temps passé. Rien n'est ‘ impossible” comme ce qu'il a publié sur les anciens Canadiens.

Mais à la Nouvelle-Orléans le terrain change. Ce pays était autrefois peuplé de Canadiens. Il a été français pendant un siècle, avant de devenir yankee. Ensuite, une population partie directement de la France a continué à s'y diriger. (C'est encore une contrée presque française, *ussi comprendronsnous que le livre de M. Rameau y ait été accueilli avec empressement et qu’il se soit manifesté un désir de voir naître des relations plus suivies et plus intimes entre la Louisiane et le Canada. M. Rameau en a été frappé. Il m'écrit :

Cette sympathie des journaux de la Louisiane m'a d'autant plus touché que je n'ai jamais eu que de très-rares relations avec ce pays. Leurs articles et quelques lettres que j'ai reçues, m'ont révélé un fait nouveau : c’est que, depuis quelques années, il se manifeste dans cette partie de l’Amérique une revivification de l’idée française et de la langue nationale. Peut être serait-il à propos de voir les journaux du Canada et ceux de la Louisiane nouer des reiaions plus étroites et plus fréquentes ; si je puis, sous ce rapport, être de quelque utilité comme intermédiaire pour les journaux du Canada, je le ferai volontiers.”

Il y a quinze ans, quelques jeunes journalistes du Canada s'étaient donné le mot pour échanger leurs feuilles avec celles de la Louisiane. Nos envois, nos avances sont restés sans réponse. Les temps sont probablement changés ; si c’est le cas, ne perdons pas’ l’occasion. En ättendant, voici un extrait de l’article que M. Tujague publie dans l’Athénée louisianais :

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On à écrit depuis longtemps que les Français ne sont point colonisateurs, Le livre de M. Rameau constate un phénomène curieux : il démontre que de tous les gouvernements qui se sont succédé en France, depuis Henri IV jusqu'à Louis XV, aucun n'a sérieusement favorisé ni même compris la colonisa tion, mais que les Français, comme individus, sont d'hubiles et d'énergiques colons.

“ L'histoire si intéressante, si poétique de l’Acadie fait ressortir en traits éclatants cette vérité. Elle fait même entrevoir, par induction, que si le peuple français eût été soutenu et stimulé par ses rois, l'Amérique du Nord, à l’heure qu'il est, n’appartiendrait peut - être pas à la race anglo-saxonne.

‘“ L'œuvre de M. Rameau est l’odyssée du brave petit peuple acadien. Elle est, par ses récits de guerre, une épopée aux proportions restreintes; elle est aussi une pastorale par ses détails champètres, une idylle par ses harmonies bucoliques, un livre des plus agréables pur son style se et élégant, qui, de la première à la dernière page, intéresse le lecteur et sou tient son attention sans jamais la fatiguer. Mais c'est avant tout un ouvrage sérieux, fait de documents authentiques, et trahissant des recherches laborieuses et intelligentes.

Ajoutons que l'écrivain, entraîné par les questions sociales et ghilesophitnies qui naissenl de son sujet, s'élève parfois à de magnifiques hauteurs et joint au mérite du style l'énergie de la pensée.

‘M. Rameau a le don qu'ont seuls les bons écrivains, de grandir les perspectives, d'élargir les horizons. Il trouve dans l’histoire d’une petite et obscure colonie l’occasion de toucher aux plus difficiles problèmes économiques qui s'imposent au penseur et à l’homme d’État, et il exprime sur ces questions capitales des idées qui se distinguent, à la fois, par leur justesse et leur profondeur.

‘“ Mais où M. Rameau excelle surtout, c’est dans la peinture des scènes de la vie rurale. Quel luxe de détails charmants ! quelle série de jolis tableaux champêtres! On peut dire de lui,

sous ce rapport, ce que l’on a dit d’un illustre auteur : ‘Sa

a est un pinceau, ” mais un pinceau qui ne vise point à ‘effet, qui copie simplement et fidèlement, conservant an paysage ses imperfections, mais aussi ne lui ôtant aucune de

ses beautés,

‘ Un fait qui frappe et domine l'attention dans cette partie du récit, c'est la sympathie spontanée, l'amitié profonde qui

‘s'établit à première vue et qui se continue sans nuage pen-

dant deux siècles, entre les Français de l’Acadie et les Indiens qui habitent, la contrée.

‘“ L'homme de la nature fraternisant, au milieu des forèts vierges du Nouveau -Monde, avec l’'hommé de la civilisation,

“’est là un tablean d’une poésie snprème, que le pinceau a déjà

reproduit,

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‘“ Ce rapprochement, sur lequel insiste avec raison M. Ra meau, est dû sans doute au tempérament français, si expansif et si ant. On ne voit pas, en effet, que les Anglais, flegmati ques, et après eux, les Américains, — particulièrement ces der niers, — aient inspiré aux sauvages une affection bien profonde. Il est vrai qu'en leur faisant une guerre d’extermination, on n’a guère cherché le chemin de leur cœur que dans le but d'y diriger des balles...

“ Les Français de lAcadie trouvèrent dans l'amitié des In diens un précieux renfort contre les Anglais de Boston, dont la jalousie complotait sans cesse et exécuta plusieurs fois la ruine de la colonie: Au lieu de traiter en ennemis les Peaux - Rouges, comme d’autres colons, les Acadiens, mieux avisés, s'en firent des auxiliaires et les organisèrent militairement sous les ordres d'officiers français qui prirent le titre de Capitaines de sauvages.

‘ Parmi ces capitaines se produisit un homme remarquable à plus d’un titre, dont : personnalité tranche dans le cadre et dont les aventures joignent à la vérité historique tout l'attrait du roman.

« Ce type étrange, que notre auteur prend plaisir à décrire, est le baron de Saint - Castin, originaire du Béarn.

« Leste et vigoureux comme tous les Basques, dit M. Rameau, il était doué d’une de ces natures vives et fougueuses qui sans agitation et sans imprévu ne connaissent pas de plaisir ; ilétait expert dans tous les exercices du corps, âpre à la fatigue, plein de sang - froid dans le danger et tout rempli d’esprit üe ressources dans le besoin. C'était un homme prédesti né pour les aventires et pour les expéditions difficiles...

« Saint - Castin devint l’idole des Indiens abénakis au milieu desquels il vivait et dont il avait adopté le genre de vie. nomade et presque le costume.

« Ce gentiliomme doublé d’un trappeur est certainement l’une des individualités les plus puissantes et les plus originales qui aient paru dans les premiers temps de la colonisation américaine. C'est un héros de roman des mieux réussis, avec cet avantage que son existence et ses aventures sont très - réel les. ‘Type de chevalerie, dit notre écrivain, légende de montagne, qui a tellement frappé l’imagination des Américains, que cet homme est devenu dans leur primitive histoire une sorte de personnage demi - historique, demi - héroïque.”

“ Saïnt- Castin, étudié avec soin dans les chroniques du temps, présenterait aux jeunes talents le sujet d'un beau livre. M. Rameau n’a pu parler, pour ainsi dire, qu'incidemment de cet être bizarre, bien qu'il l'ait, en quelques traits, finement dessi né. L’h stoire ou plutôt le’ poème: de ce héros fantastique est donc encore à faïré.‘'Atcelui qui-entreprefidrait de le dépein -. dre, il paraltrait dussi étrange au physique qu’au moral lorsque. ayant à décrire un gentilhomme français, il trouverait un

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et pet Pourt amis,

‘ Ce heureu

‘ seigneur fanve habillé de peaux de bètes,” et ayant au bras sa femme indienne, fille d’un grand chef abénaki.

‘ Saint -Castin rendit à ses compatriotes de l’Acadie de si gnalés services en contribuant, avec ses: fidèles sauvages, à repousser les invasioris dés Anglais.

‘ Nous avons dit que M. Rameau excelle dans la description des scènes champêtres. Nous ajouterons que ses récits atteignent, sur certains sujets, à la perfection d’un chef d'œuvre. Pour démontrer, par un exemple, qu’il n'y a rien d'exagéré dans notre assertion, détachons de son fameux cha -

V pitre du meunier Thibaudeau une véritable perle. a « Bien que la presse louisianaise ait déjà signalé ce morceau if ravissant, nous croyons devoir le reproduire, parce qu’il met 8; vivement eu relief le talent de M. Rameau, comme styliste et at et comme conteur.” LÉ | ‘ An 1702, dit l'écrivain, la fenaison devint l’occasion d’une fète en l’honneur de Thibaudeau. Quand tout fut fauché, le ramassé en meules et presque rentré, la dernière voiture, attelée el de quatre bœufs, fut ornée de fleurs et de feuillages ; le vieux ait meunier, encore vigoureux malgré ses 74 ans, se hissa au Le sommet avec sa femme et sa future belle- fille ; toute la jeu -

nesse, hommes et femmes, se gro'pa autour du chariot, tandis que Jean-François Brossard et Germain Savoye, les doyens Ra - | d'âge, se mettant à la tête des bœufs, ouvraient la marche. Le

ASES cortége arriva ainsi jusqu’au manoir, riant, chantant, folâtrant lai - et poussant des hourras...….….

à la ‘ Le soleil, Lo déjà sur le penchant, était encore dans d'es- tout son éclat ; le paysage resplendissait de vie ; la voiture, que esit- le soleil prenait de flanc, était cuveloppée de ses rayons dorés, : et les cheveux demi - flottants du patriarche, légèrement agités mi - par le zéphyr, brillaient sous cette lumière en reflets argentés. Dh Ce vieux pionnier aux habitudes rustiques, d’un caractère rude et peu familier avec les délicatesses du sentiment, se trouva nent pourtant ému par cette scène. En remerciant ses enfants, ses pin - amis, ses censitaires, en jetant un long regard fier et satisfait ation sur toute cette œuvre qui était la sienne, les larmes le gagne avec rent avec une sorte de mélancolie, comme s’il eüt prévu que réel - cette fête était sans lendemain et cette bénédiction la derniere mon - qu'il eût à donner aux hommes et aux choses àe ce pays, qu’il 8, que ne devait plus revoir ! ”

‘ Ce tableau, où le fluide poftique abonde, rappelle les plus heureux traits des Géorgiques de Virgile et présente à l'esprit une image souverainement belle.

“ Cette nature sereine et ensoleillée, ce patriarche aux cheveux blancs bénissant, du haut de son trône :ustique, les générations qui lui succèdent, cette joie si naïve et si franche de ceux qui l'entourent et qui lui forment un cortége respectueux, tout cet ensemble de bonheur et de pureté d’où se dégage une douce émotion, repose les yeux et dilate le cœur !

RE

KEVUE DE MONTRÉAL

Dix pages comme celle-là font la fortune d’un livre. L'œu -

vre de M. Rameau en est richement pourvue. On n’est donc point surpris que la presse française et franco-louisianaise lui ait fait un si chaleureux accueil.

L'histoire de l’Acadie, comme celle du Canada, nous offre un rare exemple d'énergie et de persévérance. Elle nous met en présence de deux centres de colonisation représentant deux nationalités dont l’antagonisme séculaire, après avoir commencé en Europe, se continue dans le Nouveau - Monde. L'un de ces centres, alimenté par un mouvement régulier et très-important d'immigration, est de plus soutenu par toute la puissance de l'Angleterre ; l’autre, quoique le premier en date, reste numériquement faible par l'absence de recrues et par la déplorable apathie des gouvernements français. Cependant, malgré une énorme disproportion de forces, ce dernier centre, qui est l’Aca die, résiste avec succès pendant cent cinquante ans à l’absorp tion et maintient son autonomie : il ne.succombe que dans la suite des temps et sous l'effort répété de masses vingt foi: pl: nombreuses.

‘* Dans cette lutte inégale, — lutte homérique. pourrions nous dire, d’un contre vingt, où de glorieuses défaites servirent à rehausser l’héroïsme des vaincus, — dans cette lutte, dont la possession de l’Amérique du Nord était le prix, Les colons fran çais de l’Acadie et du Canada déployèrent contre leurs puissants adversaires des merveilles de courage et de ténacité.

‘Si la France, moins absorbée par sa politique européenne, eût consacré au développement de ses possessions d'Amérique une part sérieuse de ses moyens d'action, si, jetant dans la balance le poids de son épée, elle eût rendu les chances égales, cette fameuse dispute aurait eu, sans doute, un autre dénouement, car ces robustes et hardis colons étaient de taille à conquérir le Nouveau - Monde.”

Il est curieux de lire un article publié par le New - England Almanach, en 1758, pendant la guerre de la conquête, au moment où Montcalm, remportant toujours des victoires, désespérait l'immense armée qui cherchait à nous envah':. En voici des extraits :

... Les Français ont érigé une ligne de forts depuis l'Ohio jusqu'à la Nouvelle - Écosse, englobant dans leur domaine touie cette riche contrée, le jardin de l'univers, qui se trouve à l'ouest de nos établissements... Il fut un temps où nous eus. sions pu nous mettre en possession de ce ferritoire, grand comme la France, l'Allemagne et la Pologne réi:nies.. Deux grands rois ont aujourd’hui tiré le sabre pour remporter ce prix de si haute or L'occasion, dit le poëte, n’a qu'une

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mèche de cheveux: saisissons-la! N’avons-nous pas jusqu'ici trop compté sur notre nombre? Le loup qui attaque un troupeau ne se préoccupe pas de la quantité de moutons qu’il renferme ( le loup, c’est le Français)... Sachons que le nombre, bien préparé par la grâce de Dieu, ferait des merveilles, et que la science militaire et la discipline conduiraient comme un seul homme nos légions armées. Le chiffre de notre population ne nous servira à rien tant que nos colonies ne s’entendront pas pour agir, car, Givisés, nous ressemblons aux petits royaumes de l'Afrique. Si nous ne nous coalisons, corps et âmes, contre notre ennemi triomphant, si les disputes nous éloignent les uns des autres, il arrivera ce que le gouverneur de la Pensylvanie prédisait : ‘“ Nous n’aurons plus rien à nous disputer, ni de pays pour y continuer nos chicanes.”

Que d’aveux dans ces quelques lignes ! Rien qu'avec cela, on pourrait répondre à toutes les comparaisons blessantes dont on a été si prodigu= envers nous. Et certes! s’il fallait

imprimer un volume de citations de cette nature, elles ne nous mandgueraient pas !

Le grand mot qu'on nous lance ne renverse rien, ne prouve rien, et n’a d'importance qu'aux yeux des gens préjugés et des ignorants absolus : ‘ Les Anglais vous ont écrasés ! ”

Oui, nous sommes les vaincus ; oui, nous avons été conquis, mais à qui la faute ? Les Alsaciens et les Lorrains, passés, il y a huit ans, sous le joug de la Prusse, sont - ils blâmables ? Va-t-on refuser à cette population le titre de ‘“ pépinière de braves,” que le premier Napoléon lui a décerné ? Qui a droit de nous arracher nos gloires ? Que Louis XIV et Louis XV aient abandonné les Canadiens, que le second empi.e ait risvoqué l'abandon de deux provinces de France, qu'est - ce

AI

ge cela fait à l’histoire de nos petits peuples : Alsaciens Lorrains, Acadiens et Canadiens ?

Qui a fait mieux que nous et qui peut nous ôter l'honneur ? Soyons sans crainte: la mémoire de nos pères ne périra pas, Dans le grand procès qui s’instruit, on les verra surgir avec éclat, dignes, de plus en plus, de notre amour et des égards de

Ja postérité :

Honneur à la patrie où reposent ces braves!

Honneur au nom français, qu'ils ont si bien porté ! Leur courage éclairé ne connut point d’entraves, Et, sans jamais fonder des “ États à esclaves,”

Lis pratiquaient la liberté,

BENJAMIN SULTE

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