SÉJOUR A SÉNOUDÉBOU ET FRANCHISSEMENT DE LA FALÉMÉ
La Ire colonne était rendue à Sénoudéboiile 14 décembre. Elle y faisait séjour les lo, 16 et 17 décembre, afin de pouvoir combiner ses mouvements avec la 2^ colonne.
Notre ancien poste de Sénoudébou, incendié par le marabout en juillet dernier, ne présentait plus que des ruines. Les murailles, toutes calcinées, menaçaient de tomber et ne pouvaient fournir aucun abri à la garnison, formée par la 3^ compagnie de tirailleurs, capitaine Robert, envoyée là pour couvrir la reconstruction des villages environnants et repousser toute nouvelle attaque de Mahmadou-Lamine. Le capitaine Robert avait donc élevé autour de l'emplacement de l'ancien poste une enceinte en troncs d'arbres, renfermant des gourbis et des cases en terre, servant de logements à ses hommes et de magasins pour les munitions et les vivres. De plus, il avait fait construire, sur un plateau situé à 200 ou 300 mètres du fort, de grands abris en paille pour les approvisionnements destinés à la colonne et pour les officiers et soldats européens. C'est là que le camp de la l'e colonne fut installé.
L'almamy du Bondou, Saada-Amady, m'attendait à Sénoudébou avec ses principaux guerriers. On peut dire que ses États, qui s'étendaient autrefois jusqu'en Gambie, se réduisaient en ce moment à quelques villages, tellement était grande la terreur inspirée par le marabout, qui avait dévasté tout le pays et emmené avec lui les habitants qui n'avaient pu s'enfuir. Il avait réuni autour de lui environ 200 cavaliers, qui formaient une assez belle troupe, et un nombre considérable de piétons, gens bons simplement à piller et à porter le désordre dans les colonnes, quand on ne les en lient pas à une distance suffisante.
Je ne fis pas tout d'abord connaître mes intentions à Saada- Amady, afin de dérouter les espions du marabout, qui devaient se trouver à Sénoudébou. Le commandant Vallière avait reçu également des instructions pour donner à entendre que la 2° colonne avait seulement pour objectif le choix, de l'emplacement d'un poste sur la Falémé.
Mon premier soin, en arrivant à Sénoudébou, fut d'envoyer un Courier rapide à Bontou, pour confirmer au commandant Vallière mes premières instructions et lui adresser de nouveaux renseignements sur Dianna, que m'avaient procurés quelques-uns des hommes de l'almamy. Je pus ainsi lui faire parvenir un croquis rapide de la route probable sur Dianna et un dessin grossier du tata et des environs.
Puis je me préoccupai d'apporter h la constitution de la 2^ colonne les modifications nécessitées par l'adjonction de la 3® compagnie de tirailleurs. Cette compagnie, qui avait fait toute la dernière campagne, était composée d'excellents éléments. Son chef, le capitaine Robert, avait su parfaitement entraîner ses tirailleurs, qui ne demandaient qu'à prendre part aux fatigues de l'expédition. Cette compagnie fut emmenée tout entière, et il ne fut laissé comme garnison, à Sénoudébou, qu'une section de la 8^ compagnie, destinée à garder le village et surtout notre dépôt de vivres. Celui-ci devait alimenter un dépôt intermédiaire, qu'il fallait déjà penser à créer entre Sénoudébou et l'objectif de nos opérations. Choix peu commode, étant donnée l'incertitude dans laquelle nous nous trouvions sur les intentions de notre adversaire. De toute manière, ce dépôt ne pouvait être installé que lorsque la colonne aurait marché de l'avant et aurait pu le mettre à l'abri des incursions des coureurs ennemis.
Les ordres nos 20 et 21, qui suivent, indiquent les mesures prises pour la nouvelle formation de la colonne et l'occupation du poste de Sénoudébou.
Ordre 20.
La l'^^ colonne reprendra incessamment le cours de ses opérations. On se conformera pour la formation de marche, de bivouac et de combat, aux principes posés dans les ordres n"^ 14, 16 et 17, sauf les modifications suivantes nécessitées par l'adjonction à la colonne de la compagnie de tirailleurs :
L — Ordre de marche.
La 3° compagnie de tirailleurs marchera en tête de la colonne et fournira une section à l'avant-garde, deux sections en tête du gros, une section en flanc-garde sur le flanc droit à 100 mètres à hauteur de la tête de l'artillerie.
La 8« compagnie de tirailleurs marchera une section derrière l'artillerie, une section derrière le convoi régimentaire, une section en flanc-garde sur le flanc gauche à 100 mètres de la colonne à hauteur de l'artillerie.
La section placée derrière le convoi détachera à 100 mètres en arrière une demi-escouade avec un gradé.