‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 45 sur 101 · I. — Château · texte numérisé non relu

I. — Château

Il n’y avait sur le fief de Vieilles ni château, ni châtelain résidant, dans la première moitié du xvme siècle ; quelques-uns des barons et des châtelains de Beaumesnil habitaient Beaumesnil,

mais ni Onfroy de Vieilles, ni ses successeurs, ne se fixèrent h Vieilles.

Dans les aveux rendus à Vieilles, aux barons de Beaumesnil, et qui sont venus jusqu’à nous, on ne parle pas du devoir de guet et garde.

Plus tard, sous Blanfuné, et sous de Chambor, on mentionna l’obligation de « guet et garde » en temps d'hostilité, au château de Beaumesnil. Or. le vieux château de Beaumesnil ne subsistait plus alors, et celui de Vieilles n’existait pas encore.

II. — Diminution du domaine non fieffé ; augmentation du domaine fieffé.

Le fief, selon la doctrine des feudistes, est indivisible : « individu » (articles 3a i et 336 des Coutumes normandes).

Si une partie de la terre est aliénée, elle entre dans le domaine fieffé ; le domaine non fieffé qui reste au seigneur, est d’autant réduit, mais le fief entier, être moral, demeure intact.

La terre de Vieilles était déjà démembrée et considérablement diminuée en 1 6 1 5 par les ventes à cens, par les concessions onéreuses ou gratuites consenties par les seigneurs, en divers temps, et depuis une époque fort éloignée. « On croit

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« généralement, dit M. Baudrillart, dans un ar- « ticle publié en anglais par la Contemporary ■< review (Voir le Temps du 14 mai 1888), que le « morcellement de la terre dans notre pays est « une conséquence directe de la Révolution fran- « çaise et de l’abolition du droit d’aînesse ; il faut, ;< dit-il, éliminer absolument ces causes (i). Si « la France n'a pas toujours été une démocratie, « il n’en est pas moins vrai que la propriété fon- « cière a toujours tendu, chez elle, à se morceler. « Le peuple français a toujours marqué son goût « pour le morcellement du sol. Ce goût s'est

« manifesté dès le xne siècle (2), et soit que les

« seigneurs, ruinés par les guerres lointaines, par « les croisades, soient bien aises de faire argent de <■ tout, soit qu’ils obéissent à des impulsions plus « nobles, toujours est-il que la petite propriété tend « dès lors à se constituer (3). »

Ce qui s’est passé à Vieilles est la confirmation de cette vérité. Les seigneurs de Beaumesnil,

(1) Sic : Tocqueville, Ancien régime et Révolution, pp. S9 et 62.

(2) Voir en effet, en 1 3 1 3 , à Beaumont, sirprj, chapitre n.

(3) Voir à l’appui Babeau, le Village, p. 35o ; — L. de Lavergne, Economie rurale, 2e édition, pp. a3 et 98, où il cite Arthur "Y oung en 1789, et Necker signalant alors une immensité de petites propriétés rurales.

obéissant à la loi commune, depuis longtemps, vendent pièce à pièce. Le domaine seigneurial s'émiette et s’amoindrit (i). S'ils continuent ainsi, ils n’auront plus que ce qu’on appelait un « fief en l’air ». En 1709, ils vendront le fief même, fieffé et non fieffé, à Blanfuné.

Dans l’inventaire, fait en i6i5-i6i6, des pièces et écritures concernant la prévôté de Vieilles, au renouvellement de bail du receveur, on comptait cent vingt-trois aveux « d’aînesses, ténements, nùments et fieffes ». C’est à peu près le même nombre qu’on verra plus loin, au fief du Hom.

On aurait pu espérer trouver là des documents précieux ; malheureusement, les énonciations sont très sommaires. Elles se bornent à indiquer le nom propre de la tenure, et la date du contreseing du dernier receveur de la prévôté. Je ne reconnais plus les aînesses et tenures, sauf les noms Adam et Picard. Tout a changé.

Ce chiffre d’environ deux cent quarante tenures, dans les deux fiefs de Vieilles et du Hom, atteste de vieux temps un morcellement de la propriété. Il est probable que le même particulier pouvait en posséder plusieurs venant de diverses origines et époques.

(1) Taine, Ancien régime, p. 453.

Voici une autre preuve du refoulement des seigneurs de Beaumesnil. Tout ce qui, aujourd'hui, forme un triangle dont deux côtés sont, à angle droit, la rue du Moulin-Bardel, et la rue de l’Arbred’Amour (le troisième est la rivière), figure au cadastre sous les nos 208 à 218, section E, et contient en totalité g3 ares 20, appartenant entièrement à M. de Guillebon, sauf ma parcelle de o,58 centiares dans le n° 207. Tout cela, dis-je, était, en 1620, divisé entre dix particuliers : du Long- Essard, Lefranc, Jouard, Gallois, Poulain, Henry, Mathurin Duval, Adam, Godet, et précisément les seigneurs de Beaumesnil n’avaient plus rien , là où, plus tard, leur successeur Blanfuné constituera un noyau pour y établir « sa maison », « le manoir seigneurial. »

IIE — Revenus du fief de Vieilles ( 1620 ).

En 1620, la recette de la seigneurie de Vieilles fut, par continuation» de bail à ferme muable » (U,

(1) Pour ces expressions, inusitées aujourd’hui, déjà trouvées à Beaumont en 1 3 1 3 , voir plus haut, chapitre i«r ; on les voit encore employées dans un acte devant notaire de Beaumont le 14 novembre 1698, alors que le moulin « Bardel » fut baillé « à ferme muable », pour 6 ans, par François Guenet, seigneur de la Factière, tuteur des mineurs

affermée pour six ans, y compris la recette de la ferme de Bray, de la Jouannière, des moulins du Petit-Harcourt et Epinay, et les treizièmes de roture, à Jehan Adam, mon ancêtre (7e degré), moyennant 3, 000 livres (i). Comme signe local et inédit du malheur des temps, citons ce passage du

bail : « Au cas où, par la rigueur de la guerre,

« les terres de Bray ou partie d’icelles demeure- « raient sans être cultivées et inutiles (2), le pre-

Mahiel de Saint-Clair, à Jean Quesnel, meunier, à la charge de l’entretenir, de le rendre moulant et capable de faire de blé farine, de payer la rente seigneuriale, de comparaître aux pieds, et moyennant un fermage de 3oo livres. En 1715, un Mahiel vendra le moulin Bardel à Blanfuné.

(1) On n’affermait ici à Adam que la recette, le vectigal , distinction qui n’est pas nouvelle. (Voir Troplong, Le Louage , I, 3i.)

|2) Pour trouver une détresse pareille, il faut, en dehors des temps anciens, remonter à la Guerre de Cent Ans où les fiefs n'avaient plus d’occupants, où l’agriculture était abandonnée, où les champs se couvraient de buissons (iq3o à 14-14, supra, chapitre ix) ; — ou bien descendre au temps actuel, où, après une longue série prospère, le paysan, écrasé par le fisc, par les frais judiciaires, par l’impôt du sang, dévoyé par tous les dissolvants du siècle, se prend de dégoût pour la terre qui n’a plus ni bras, ni fermiers, ni maîtres. (Voir Troplong. Le Louage, tome 1er, n° 3i, p. 1 5 1 , note 3.)

Cet état alarmant n’a pas éclaté comme un coup de foudre.

MAISON DE NONANT ET DE CHAMILLY

« neur ne paierait qu’au prorata de la jouissance « qu’auraient faite les fermiers » (Document particulier.)

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