‹ Une coronule de la Baie de Saint-Laurent [microforme]Chapitre 2 sur 2 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

Il y a quatre ans, dans un discours fort remarquable, prononcé à la réunion de l’Association Britannique à Birmingham, sir J. William Dawson fit mention d'un spécimen de Coronula, trouvé sur un morceau de peau de Baleine conservé au Musée Redpathe, à Gaspe, au fond du golfe de Saint-Laurent. Ce discours avait pour objet : « la géologie de l'océan Atlantique » (2).

Ce morceau de peau de Baleine provient sans aucun doute d’un animal capturé par quelque baleinier du pays, el si ce n’est dans la baie de Gaspe même, c’est, en Lout cas, ou dans la baie de Saint-Laurent, ou sur la côte du Labrador, où viennent encore, de temps en temps, échouer des Baleines.

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(1) Bull. de l’Acad. roy. de Belgique, 5° série, tome XX, n° 7, pp. 49-54, 1890.

(2) Report of the 56 moecting of the british Association, 1886. Revuc scientifique, Paris, 1886.

À quelle espèce faut-il rapporter cette Coronula et de quelle Baleine provient-elle? Est-ce la Coronula reginæ, provenant d'une baleine du Nord, comme le pense le savant géologue ?

Le nom de Coronule a été introduit, comme on sait, par Lamarek, au commencement du siècle, pour un prétendu coquillage qui vit sur la peau des Baleine. (1).

Ces Coronules, pris d'abord pour des Mollusques, ont été reconnus depuis comme de véritables Crustacés, et, en 1851, Darwin a publié la monographie de ces curieux Cirripèdes. L'illustre naturaliste admet trois espèces de Coronules : une sur les Baleines des mers arctiques, une autre sur les Baleines des États-Unis d'Amérique, de la Grande-Bretagne, de l’océan Atlantique et de la Nouvelle. Zélande, une troisième sur les Baleines de l'océan Pacifique. C'est à cette troisième espèce que sir J. William Dawson rapporte la Coronule de Gaspe.

Nous ferons remarquer en passant que les Baleines étaient encore fort mal connues à l’époque où Darwin a publié cette monographie, et que la plupart des Coronules, même celles des grandes collections, n'indiquaient pas loujours exactement les lieux ou les mers où elles avaient été recueillies. Ce sont, du reste, des renseignements, qui, quoique indispensables pour cette étude, font encore presque partout défaut aujourd’hui.

Le savant géologue de Montréal à cru pouvoir rapporter celte Coronule à une Baleine du Pacifique, qui aurait réussi à franchir le passage nord où tant de navi-

PS (4) Annales du Museum, t, 1, 1802.

gateurs ont échoué, dit-il; tant d'autres animaux marins sont communs des deux côtés de ce continent (1).

La Coronula appartient pour lui à l'espèce que Darwin a décrite sous le nom de reginæ, dans sa belle monographie,

Nous ferons remarquer d'ahord que la Baleine venant du nord ne peut être que la Balæna mysticetus, et que cette Baleine ne dépasse pas le G4° degré de latitude, d'après les observations faites pendant tout un siècle, par les baleiniers danois, Ensuite cette Bzieine ne porte jamais des Coronules; elle n'est couverte que de Cyames, qui vivent là en vrais parasites.

Les Coronules ne hantent que les Baleines des régions tempérées, el, comme les Balénoptères n'en ont pas plus que la Baleiae du Nord, la Coronute des côtes du Canada ne peut provenir que de la Baleine des Basques, c'est-àdire, du Nord-Caper, ou bien de la Megaptera Loops, que les baleiniers désignent sous le nom de Humpback.

Et comme cette Coronule du Humpbhack est si parfaitement distincte des autres, que l'on a même cru devoir en faire un genre à part sous le nom de Diadema, il ne peut rester de doute au sujet de cette détermination.

Depuis longlemps, nous avons cru pouvoir affirmer qu'il n'existe qu’une seule espèce de Baleine véritable dans l'Atlantique septentrional, et que les individus, qui, de temps en temps, viennent encore échouer sur les côtes des États-Unis ou au Canada, appartiennent à l’espèce que

(1) Dall and Whitceaves have shown that some Mollusks and Echinoderms are common even to the Atlantic and Pacific coasts of orth America, Dall, Report of Alaska; Whiteaves. Trans. R. S. C.

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52 (6) les Basques poursuivaient, à l'époque de la grande pêche, jusqu'en Islande et jusqu'à Terre-Neuve,

Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que Chemnitz distinguait parfaitement la Baleine des Basques de la Baleine qu'on allait chasser au Spitzberg. En décrivant la Coronule du Nord-Caper, il fait remarquer que cette dernière Baleine se défend avec une telle vivacité, contrairement à l’autre, qu’elle semble avoir du vif-argent dans les veines. Ce sont ses expressions.

Nous n'avons pas voulu nous en tenir à cette première appréciation; nous avons écrit à M. Dawson pour avoir communication de la Coronule même, et, ne pouvant disposer de l'exemplaire unique, M. Dawson a eu l'extrême obligeance de nous en envoyer une photographie représentant le coquillage vu des deux côtés,

Pour la comparaison, nous sommes heureusement en possession de l'excellent dessin de Coronule, dont l’origine n'est pas douteuse puisqu'il est fait d’après un exemplaire pris sur la peau d'un vrai Nord-Caper capturé, vers la fin du siècle dernier, entre l'Islande et Terre-Neuve.

Les Coronules étaient considérées alors comme des Mollusques, et l'illustre conchyliologiste de l'époque, Ghemnitz, l'a fait figurer à côté des coquilles véritables (1).

En comparant celte photographie avec le dessin de Chemnitz, il n'est pas difficile de voir que ces coquillages ne peuvent appartenir qu'à une seule et même espèce el qu'il n'y a entre eux qu’une différence de taille provenant sans aucun doute d’une différence d'âge.

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(4) Manrixr u. Cuemnirz, Systematisches Conchilien - Cabinet. Nürnberg, pl. LXLIX, fig. 843 et 1844.

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C'est donc, à notr: sis, un vrai Nord-Caper, une Balæna biscayensis qui a porté cette Coronule de Gaspe, une baleine de l'espèce que les Basques ont chassée d'abo:d dans le golfe de Gascogne, qu'ils ont poursuivie plus tard dans la mer du Nord et dans l'Atlantique jusqu’en Islande et Terre-Neuve,

Dans l'état actuel de la science, nous croyons pouvoir affirmer :

1° Que la Baleine franche, la Palæna mysticetus des naturalistes, habite toute la calotte polaire et passe par le détroit de Smyth comme par le détroit de Behring, sans dépasser le 64° degré de latitude :

2° Que cette Baleine ne porte jamais des Coronules ou autres Cirripèdes, et ne loge que des Cyames d'une espèce particulière,

3° Que l'aire hydrographique de la Baleine des Basques, le Nord-Caper ou Bulœna biscayensis des naturalistes, est parfaitement limitée, au moins aujourd'hui: au sud à l'archipel des Açores, au nord à l’île des Ours, à l'est et à l'ouest à toute la largeur de l'Atlantique;

4 Que cette Baleine héberge généralement des Coronules, indépendamment des Cyames, différentes des Cyames de la Baleine franche :

5° Que le Humpback des baleiniers, qui est la Megaptera boops des naturalistes, loin d'être confiné dans une mer, visite au contraire les deux hémisphères sans respecter la mer de Feu et se retrouve, avec les mêmes caractères et les mêmes commensaux, dans la mer de Baffin comme sur les côtes du Kamschatka, en plein océan Pacifique comme dans l'océan Austral.

6° Que ce Humpback porte si régulièrement ses Coronules où mieux ses Diadema, que les Groenlandais

prétendent qu’elles viennent au monde avec lui; il y a plus : sur ces Diadema vit un autre Cirripède, l'Otion Cuvierii, qui se retrouve dans les divers océans avec les mêmes caractères (1).

Le Humpback nourrit également, indépendamment de ces Cirripèdes, une espèce particulière de Cyame, dont nous aurons bientôt l'honneur d'entretenir l’Académie.

7 Que les Balénoptères ne se couvrent ni de Coronules ni de Cyames; on n'a Lrou vé sur elles, jusqu'à présent, que des crustacés du genre Penella.

Le Rhachianectes glaucus, petite Baleine des côtes de Californie, porte des Coronules el des Cyames d’une espèce particulière, que le capitaine Charles M. Scammon a fait connaître en 1874 (2).

Une autre pelite Baleine, Neobalæna marginala, décou-

erte dans les eaux de la Nouvelle-Zélande, n’a montré jusqu’à présent ni Coronules, ni Cyames.

La planche qui accompagne celle notice représente la Coronule de Gaspe, que nous attribuons à une Baleine des Basques, caplurée ou échouée sur les côtes du Canada ou du Labrador.

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(1) Notre savant confrère, M. Van Bambcke, a bi : voulu me remettre, depuis ma communication verbale à l’Acadéiue, un exemplaire de Diadema du cip Nord avec Otions ct Cyames absolument semblables à ceux que je possédais déjà de l'océan Pacifique ct qui sont parfaitement bien figurés dans les livres chinois sur la pêche de la Baleine.

(2) The marine mammals of the North- Western Coast of North America. San Francisco, in-4, avec planches représentant les principales espèces.

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