MORT DU CARDINAL G1OV. BATTISTA ORSINI
Enfin, pour se venger de ceux qui l'avaient trahi et annihiler les dernières résistances à ses ambitions, César organisa et réussit la célèbre fourberie de Sinigaglia (31 décembre 1502 ?. Paolo Orsini et son fils Fabio ou Fabrizio , Francesco Orsini, duc de Gravina, son cousin, Oliverotto de Fermo, Vitellozzo tombèrent entre ses mains. Ces deux derniers furent condamnés à mort après un semblant de procès et étranglés (ou décapités) dans la nuit même par le bourreau particulier de César, Michele ou Micheletto Coreglia 4 Paolo Orsini et le duc de Gravina eurent la tête tranchée le 18 janvier 1503, à Castel della Pieve.
La nouvelle de cet acte effroyable parvint à Rome le 3 janvier 1503 en plein carnaval, alors qu'on voyait partout, profitant d’une belle journée de soleil, les masques circuler avec de faux nez, à cheval à rebours sur des ânes, travestis en cardinaux 5. Le pape, craignant l'effet que ne pourrait manquer de produire cette félonie, alla au-devant du blâme ; il réunit aussitôt les cardinaux et leur dit que tel était le caractère de son fils qu'il ne pouvait pardonner à ceux qui l’avaient offensé n1 laisser à d’autres le soin de le venger ; il fit allusion aux noirceurs de ceux dont il s'était emparé, citant notamment Oliverotto, et conclut que le duc avait bien agi. Les cardinaux tremblants témoignèrent leur satisfaction et, « d’une façon ou d’une autre, ils grattaient l’oreille du pape et chantaient les louanges du duc de Valentinois», car ils avaient très peur et « serraïient les épaules ». On murmurait que Fermo, Ascoli, Ancône, allaient être soumises comme Sinigaglia et que rien n’arrê terait plus les ambitions d’un prince si insatiable 6.
Cependant, pour montrer qu’il n’était pas son complice, le pape affectait de blâmer son fils, lui reprochant sa conduite qui le brouillerait avant peu, disait-il, avec l'Italie
1. F. Ucozini, Siorta dei Conti e Duchi d'Urbino, Florence, 1859, vol. II, p. 110. Machiavel parle de lui dans le même sens.