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LA GROSSE TOUR RONDE. Gravure d’Étienne Dupérac.
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comme otage ; le cardinal Sansoni (Raffaele Riario), grand ami de Lorenzo qu'il avait prévenu de se tenir sur ses gardes, intervint également. Les conservateurs et le prieur des caporioni firent de leur côté une pressante démarche. Mais les adversaires voulaient en découdre, Girolamo surtout depuis qu’il avait appris par Leone di Montesecco, chef de la garde du palais, que les hommes du protonotaire ne tiendraient pas (30 mai 1484).
Déjà Paolo et Girolamo Orsini élevaient des barricades. Le vice-camérier, Domenico degli Albergati de Bologne, casque en tête, voulait engager la lutte sans plus attendre ; les siens durent, pour le retenir, le menacer « de le couper en morceaux ».
Dans la nuit du 30 au 31 mai 1484, il y eut encore une proposition d’arrangement. Le pape eut recours à la médiation des officiers capitolins ; il leur fit dire que, si le protonotaire se jetait à ses pieds, tout serait oublié. À minuit, les conservateurs 1 et les caporioni se rendirent donc au palais Colonna et expliquèrent au protonotaire que le souverain pontife ne comprenait pas qu’il fît tant de préparatifs belliqueux, qu’il lui donnerait les garanties qu’il voudrait, mais qu’il voulait que les places fortes des Orsiniqu’il s'était engagé à leur livrer fussent restituées sur-le-champ. A quoi le protonotaire répondit que ses armements n'étaient nullement dirigés contre le Saint-Siège, mais contre ses ennemis personnels, qu'il voulait simplement qu'on lui rendît l'argent qu’on lui devait et qu’on cessât de molester ses vassaux, et 1l finit en disant que le souverain pontife étant son seigneur il ne pouvait décemment lui demander des sûretés ; que, s’il avait failli, il se réjouirait qu’on lui imposât une pénitence, et qu’en toute chose il était serviteur ? du pape. Pendant qu’on discutait encore, un des gens de Lorenzo vint l’avertir que Virginio Orsini marchait sur le palais. Les conservateurs allèrent aussitôt en avertir le pape et revinrent en hâte disant qu'il exigeait que Lorenzo les accompagnât au Vatican ; ils répondaient personnellement de sa sûreté. Le protonotaire descendit donc dans la cour et se préparait à partir quand ses soldats l’entourèrent, prirent son cheval par la bride et s’opposèrent à son départ. Une bagarre s’ensuivit et, au milieu des vociférations, le protonotaire fut ramené dans le palais ?.
Les magistrats capitolins, qui insistaient, durent se retirer et rentrèrent chez eux, tandis que le prieur des caporioni, plus tenace, retournaïit auprès du pape ; un peu plus tard, il revenait auprès de Lorenzo et lui disait que le pape voulait la paix et qu’il fallait à tout prix le suivre au Vatican.
De nouveau Lorenzo monta à cheval, mais à peine était-il sorti qu’il se heurta aux barricades qui barraient la place ; un de ses gens voulut le retenir ; il piqua des deux et franchit l'obstacle ; le prieur et l’un des conservateurs qui l’avait rejoint, galopaient à ses côtés. Bientôt, ils rencontrèrent un groupe de soldats qui patrouillaient ; l’un d’eux, un géant, arrêta le cheval du protonotaire et lui dit : « Tu vas te livrer au pape et compromettre notre cause, c’est ce que nous ne voulons pas. Nous te mettrions plutôt à mort ici même. » Il répondit : « Vous allez causer ma perte et la vôtre en m'empêchant de me
1. [ls tenaient pour les Orsini. Voir p. 68, note 1. qualité de secrétaire du Sénat. Notice de Tommasini, 2. INFESSURA, qui la raconte, assista à cette entrevue en 3. ANTONIO DE VASCHO, P. 507.
rendre au Palais. » Mais il dut s’en retourner et rentrer dans le palais Colonna pour la deuxième fois.
Cependant la nuit s’avançait, Sixte IV perdit patience et ordonna qu’on lui amenât le protonotaire mort ou vif et qu’on mit à sac les quartiers fidèles aux Colonna : Monti, Trevi, Colonna.
Il ne manquait pas dans Rome d'hommes, friands de pillages, qui ne demandaient pas mieux que de se joindre aux partisans des Orsini. Tous ensemble ils se mirent en marche vers le palais Colonna au nombre d’environ trois mille. Le quartier du mont Cavallo (le Quirinal) fut investi et l’attaque du palais commença. On avait fait savoir à ses défenseurs qu’ils seraient considérés comme coupables de lèse-majesté, ce qui détermina une débandade. Paolo Orsini, voyant cela, sauta avec ses gens par-dessus les palissades et s’approcha ; ni le feu d’une bombarde qui tua seize hommes d’un seul coup ni celui des mousquets placés aux fenêtres ne les arrêtèrent. Il est vrai qu'on ne pouvait guère tirer avec ces armes que quelques coups. Des renforts arrivaient sans cesse aux Orsini. Les assiégés abandonnèrent la défense de la grande porte et les ennemis entrèrent derrière eux dans l’intérieur du palais ; ils y mirent le feu. Le protonotaire s'était enfermé dans une pièce ; n’en pouvant forcer la porte, Orsini fit percer le mur à coups de hache. Il cria à Lorenzo de se rendre, mais celui-ci, quoique blessé à la main, lui répondit : « Tuez-moi plutôt. »
Filippo Savelli, qui survint alors !, lui dit d’enlever sa cuirasse et de crier : « Vive les Orsini» et, comme il s’y refusait, il le frappa à la tête de son épée ; d’autres assaillants le blessèrent aux mains, au visage, sur le corps.
Dans ce combat, qui dura environ deux heures, une quarantaine de défenseurs du palais périrent.
Le pillage commença : or, argenterie, vêtements, étoffes, meubles, tout fut détruit ou emporté ; les demeures des Colonna dans le reste de la ville subirent le même sort. On saccagea la maison de l’évêque de Vintimille ? et celle du malheureux Pomponio Leto dont le seul tort était d’habiter tout près du palais Colonna; ses livres, ses vêtements, tout son bien disparut ; il s'enfuit en chemise chez des amis, se lamentant sur l’âpreté de son destin. Des églises même furent mises à sac : à S. Salvatore de’ Cornuti, à S. Silvestro, dans le quartier Monti, les missels, les parements, les vases sacrés, des reliques même furent dérobés. Les jours suivants, on en vendait dans les rues à vil prix.
Le protonotaire, dépouillé de ses vêtements, couvert seulement de sa chemise, un bonnet violet sur la tête, avait été hissé sur un cheval, malgré ses blessures ; le comte Girolamo le tenait par une main, Virginio Orsini par l’autre afin de bien marquer qu’il était leur prisonnier à tous deux, et ils le conduisirent ainsi au Vatican; en route, Girolamo essaya par deux fois de le tuer, mais Virginio l’en empêcha; le pape l’interrogea longuement puis le fit conduire au château Saint-Ange.
1. INFESSURA, p. 16, 20. — GASPARE PONTAXO (p. 31,4) dit qu'il 2. C’est sui qui avait prononcé à Saint-Pierre l’oraison funèbre fut tué dans l’assaut. [1 était ls de Pandolfo, seigneur de Rignano, de Roberto Malatesta.
SUITE DE LA GUERRE CONTRE LES COLONNA. — SUPPLICE DU PROTONOTAIRE. — FIN DE LA GUERRE.
LES violences continuèrent longtemps tant à Rome qu'au dehors ; le 4 juin 1484, le palais Colonna brüûlait encore. Les maisons des Santacroce furent mises à sac.
Les cardinaux conseillèrent alors à Sixte IV d’arrêter ces violences; il le leur promit, mais presque aussitôt il fit raser deux maisons ; d’autres furent saccagées par son ordre. Le cardinal de Sienne (Piccolomini), envers lequel le pape s’était plus particulièrement engagé, quitta Rome indigné.
Le vice-camerlingue, Domenico degli Albergati, qui avait pris une grande part à ces pilleries et bu force rasades, mourut subitement, et l’on répéta que la vengeance céleste l'avait frappé.
Les membres des familles Santacroce et Colonna s’enfuyaient ; leurs partisans étaient dépouillés et menacés, parfois malmenés ; des fonctionnaires se voyaient privés de leurs charges à cause de leurs sympathies pour eux ; des chanoines, de leurs bénéfices ; un simple mesureur de sel fut destitué ! Paolo Orsini imposait, au gré de ses rancunes, de lourdes amendes s’élevant jusqu’à 10 000 ducats ; les pères étaient tenus responsables pour leurs enfants. Le comte Giacomo Montefortino, qui s'était déguisé en paysan, fut découvert, ramené au château Saint-Ange et décapité le 1€T juin 1484.
Leone di Montesecco s'était porté sur Marino; il pénétra dans la ville, accompagné par le représentant du pape, Sinolfo Ottieri !, mais les Colonna tenaient le château, en sorte qu’il dut battre rapidement en retraite (31 mai 1484). Le 9 juin, la garnison fit une marche de nuit sur Grottaferrata où s'était retiré Montesecco, elle envahit la ville ; Montesecco fut tué au moment où il se penchaïit à une fenêtre pour demander ce qui se passait ; le légat fut arrêté. On lui rendit d’ailleurs bientôt la liberté.
Paolo Orsini avait pris à son service des Corses, malgré leur mauvaise réputation ; ils pillaient également amis et ennemis. Les bœufs, les chèvres, les ânes, les moutons des malheureux Romains disparaissaient par centaines.
Le conseil communal se réunit au palais des Conservateurs pour entendre lecture d’une lettre du cardinal Colonna qui offrait la restitution des bestiaux capturés si le conseil voulait bien le recommander auprès du souverain pontife et du comte Girolamo. Il fut décidé, en conséquence, que le lendemain, une délégation se rendrait au Vatican pour parler dans ce sens et demander au pape de mettre fin aux déprédations et aux massacres. S'il n’en prenait pas l'engagement, les Romains feraient appel au Sacré Collège, ce qui était, en fait, subordonner l'autorité du pape à celle des cardinaux, mais telétait, en ce moment, le trouble des esprits, que personne ne trouva à redire.
Pourtant, deux des trois conservateurs eurent peut-être des scrupules, car il n’en vint
1. Dei Conti di Montorio da Siena. [NrEsSsUuRA, p. 126. SIG nE CONTI, p. 199, note. Le pape avait grande confiance en lui.
qu’un au conseil le jour suivant !. Le prieur des caporioni annonça qu’il était allé consulter le comte Girolamo, lequel avait déconseillé une démarche auprès du pape ; quelques-uns des conseillers proposèrent alors qu’on se rendit en corps auprès de lui, ce qui fut fait, après quoi, vers le soir, le conseil se transporta au Vatican. Le pape prit très mal cette visite, comme l'avait prévu Girolamo, et déclara aux conseillers qu’il n’accorderait aux Colonna ni trêve, ni paix et poursuivrait leur ruine complète.
Peu de temps après, les gens de Marino offrirent au conseil communal de faire leur soumission et d’amener ceux de Rocca di Papa et d’Ardea à les imiter si on leur donnait quelques garanties. Le conseil transmit cette proposition au comte qui répondit, lui aussi, qu’il n’accepterait pas de capitulation et qu’il entendait s'emparer par la force de tous les châteaux et de toutes les terres des Colonna. Peut-être était-ce lui, d’ailleurs, qui avait imposé la réponse de son oncle.
Une altercation violente aurait eu lieu à ce propos entre le comte et Giuliano della Rovere qui intercédait auprès du pape pour qu’il arrêtât ces excès. Girolamo accusa le cardinal de favoriser les rebelles, d’en abriter chez lui et le menaça de détruire sa maison comme celle du cardinal Colonna et de le chasser de Rome.
Les escarmouches continuaient ; le 18 juin 1484, on se battit devant Marino, il y eut six tués.
L'argent manquait et il en fallait beaucoup ; un mercenaire de second ordre, Pietro Calcano, recevait 13 000 florins par an. Une dîme fut prélevée sur les églises et sur les prêtres dont Girolamo fixait le taux à son gré. Il imposa 1 000 ducats aux secrétaires apostoliques et, comme ils protestaient, il la porta à 1 200 ; il agit de même à l'égard des stradiotes. On songea à réduire la solde des mercenaires ; un bref fut même rédigé à cet effet maïs, à la réflexion, on préféra déclarer que les capitaines ne recevraient plus que dix mois de solde pour une année de service. Les trésoriers eurent donc l’ordre de ne leur payer, pendant les quatre derniers mois de l’année, que la moitié de ce qui leur était dû. Cependant, le pape et le comte voulaient pousser la guerre à outrance ; ils faisaient travailler même le dimanche à la fabrication des boulets de pierre et à leur envoi dans des caisses de bois. Le 23 juin 1484, tout un matériel de guerre, qui se trouvait réuni à Rome, fut acheminé vers Marino. L’un des canons s'appelait « la Sixtine». Les Romains allaient les contempler. Le pape les bénit et promit aux soldats l’absolution et le butin.
Les gens de Marino perdirent courage quand ils virent arriver ce matériel et adressèrent une lettre aux conservateurs pour leur demander d’intercéder en leur faveur, mais la lettre fut interceptée et une fausse réponse décourageante, renvoyée aux assiégés, les amena à se rendre au pape à discrétion.
Durant tout le mois, le sénateur Angelo Ghislieri avait instruit le procès du protonotaire. Sixte IV ne voulant pas en assumer la responsabilité, s’en était déchargé sur un
1. Les conservateurs étaient du parti des Orsini, car Sixte IV Statuts, déclarant qu’il n’admettrait jamais au Capitole de partirenouvela leurs pouvoirs le 29 juin 1484, contrairement aux sans des Colonna.
magistrat qu’il avait fait comte palatin et qu’il savait devoir être un instrument docile. Le crime de Lorenzo était patent, on s’était surtout appliqué à découvrir ses complices ; il fut atrocement torturé. Un médecin juif, qui l’examina, diagnostiqua qu’il ne vivrait pas longtemps. En effet, vers la fin du mois, il était mourant. Son exécution fut donc décidée pour le mercredi 30 juin 1484. On l’amena au lever du jour, dans la première enceinte où toute la garnison était sous les armes. S’adressant aux personnes qui l’entouraient, il leur dit qu’il avait avoué dans les tourments des choses fausses et désigné des personnes innocentes et qu’il ne fallait tenir aucun compte de ses déclarations. Lecture lui fut donnée de sa condamnation ; se tournant alors vers le notaire qui assistait le magistrat, il répéta que nul ne devait être poursuivi à cause de ce qu’il avait dit et il ajouta : « Que le diable ait mon âme s’il en est autrement. Je ne saurais mentir au moment de mourir.» Le bourreau lui expliqua qu’il devait lui lier les mains. « Pourquoi, lui demanda-t-il ? Je suis content de mourir, puisque tel est le bon plaisir de Sa Sainteté. Que Dieu et la glorieuse Vierge Marie me soient secourables. » Et il plaça sa tête sur le billot. À ce moment, un des assistants le pria de lui pardonner avant de mourir. Le protonotaire se releva et lui pardonna. De nouveau, il plaça sa tête sur le billot et s’écria : « Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme. Jésus, Jésus, Jésus. » A la troisième fois, sa tête roula par terre. Virginio Orsini et Girolamo avaient assisté à l'exécution de la loggia du château.
Son cadavre portait encore la trace des tourments qui lui avaient été infligés ; les doigts étaient disloqués à tel point qu’on pouvait les tourner en tous sens, les jambes étaient tuméfées ; les nerfs sectionnés, les pieds étaient encore entourés de liens, la peau de la tête avait été arrachée. Il ne faut pas oublier toutefois qu’au cours du combat, il avait été plusieurs fois blessé à la tête et aux mains.
Des Florentins et des gens de peu transportèrent son cadavre à l’église S. Maria Traspontina ; la famille du cardinal Giovanni Conti suivait, mais pas un Romain ne se joignit au cortège où l’on ne compta que trente torches.
La mère du protonotaire l’attendait à l’église; elle lui souleva la tête en disant : « Voici la bonne foi du pape. » En fait, si la rigueur de Sixte IV avait été excessive, il n'avait donné aucune assurance à Lorenzo qui avait été saisi les armes à la main !. De S. Maria, son cercueil fut transporté dans la chapelle familiale des SS. Apostoli, près de son palais. La mère de Lorenzo mourut sept jours après.
Poursuivant leurs desseins, Girolamo et Virgilio partirent le 2 juillet 1484 avec leurs troupes et des chariots pleins de canons, de boulets et d’armes de toutes sortes, pour s'emparer de ce qui restait des châteaux et des terres des Colonna ; ils allèrent d’abord à Cave ?. La place était importante et forte et Antonio Savelli, qui la défendait, passait pour un capitaine énergique. Les deux généraux pontificaux reculèrent devant les dangers d’une attaque, d'autant plus qu'ils ne pouvaient pas mettre leur artillerie
1. ALLEGRETTO ALLEGRETTI (Diarii Sanesi, Muratori, anc. éd., 2. Cave, près de Genazzano, dans la région de Tivoli, est situé vol. XXITI, col. 817) assure qu’il v avait eu un marché et que le sur une éminence formée de péperin et était solidement fortifiée, papeavait promis que,sionluilivrait Marino, il delivrerait Lorenzo. Cette ville tirait son nom des caves creusées dans le péperin.
en position ; ils en référèrent au pape qui leur répondit qu’il fallait à tout prix enlever la ville, dût-on perdre mille hommes. Le 16 juillet 1484, tout était prêt pour l’assaut, mais ordre vint de Rome de surseoir, car c'était un vendredi. On se contenta de bombarder l'église S. Stefano avec des boulets de pierre, ce qui provoqua cette remarque que son saint patron, le diacre Étienne, avait été, lui aussi, lapidé.
Un jour, par une porte démolie, un troupeau de cochons sortit, ce qui donna l'éveil aux assiégeants ; ils se précipitèrent dans la ville par cette ouverture aux cris de : « À sac | à sac ! » auxquels les soldats de la garnison répondirent par les cris de : « Chair ! chair !» autrement dit : « Mort ! mort !». Les Romains, après avoir perdu cent cinquante des leurs, reculèrent, emmenant leurs blessés qui furent transportés à Rome où leur vue accrut la désolation.
Le siège ne fut pas abandonné pour cela ; vingt chariots de matériel et deux chariots de torches pour une attaque de nuit furent dirigés sur le camp, le 23 juillet 1484. Pour se procurer les boulets dont on avait besoin, le pape n’hésita pas à en faire tailler quatre cents 1 dans des blocs de pierre enlevés au pont Sublicius auquel on donnait alors le nom de Coclès parce qu’on pensait que c'était celui qu’il avait défendu contre Porsenna.
Rome suivait avec plus de curiosité que d’anxiété les péripéties de la lutte. Des badauds montaient au camp. Le chroniqueur Pontani y vint et fut mieux servi qu’il ne l'espérait, car il assista à une escarmouche sérieuse où il y eut des tués ; il avoue qu’à ce moment-là, il aurait préféré ne pas être venu. Un peintre voulut profiter de cet engouement ; il représenta dans une sorte de panorama le camp pontifical avec ses tentes et ses canons, les fossés qui l’entouraient et les combats qui se livraient journellement à l’entour. On voyait les soldats pontificaux plus occupés de maraude que d’actions militaires et, dans un coin, un moine Franciscain aux côtés d’une femme. Les Romains accoururent en foule pour contempler son œuvre dont la malice les amusait ; malheureusement, le pape vint aussi ; il avait été général des frères mineurs et son neveu commandait l’armée. Il vit dans le tableau une double satire et fit donner l’estrapade à son auteur, dont les biens furent en outre confisqués ainsi que ceux de son père. L'un et l'autre furent expulsés. Si le peintre ne fut pas pendu, c’est qu’on le considéra comme irresponsable (23 juillet 1489).
Le 27 juillet 1484, le vaillant Antonio Savelli, défenseur de Cave, vendit la ville au pape, moyennant 4 000 ducats de rente et la solde de ses soldats. Le cas était fréquent, car la guerre n’était soutenue que par des mercenaires.
Aussitôt la place rendue, Girolamo transporta son camp devant Capranica. L'argent manquait, car Sixte IV avait épuisétoutes ses ressources et ne savait plus à qui emprunter; en sept mois, il s'était fait avancer plus de 50 000 florins, mais il voulait, avec l’impatience d’un malade, en finir et déclarait que, lui fallût-il emprunter à I00 p. 100, il trouverait de l'argent. Heureusement, Capranica ne tint pas. L'armée se transporta alors devant
1, I fut tiré 553 coups de canon pendant le siège.
Paliano !. Ce bourg se trouve sur un lieu élevé, facile à défendre, et Prospero Colonna avait pris la précaution d'emmener comme otages à Genazzano, les fils des habitants dont la fidélité lui semblait douteuse. I1 y avait donc lieu de prévoir une longue résistance. En effet, une première attaque fut repoussée, quoiqu'’elle eût été menée avec violence ; les sorties des assiégés ne laissaient aucun répit aux troupes pontificales. Malgré une nombreuse artillerie que Sixte IV venait d'acheter à Gênes, le siège tira en longueur. Ii arriva même que les assiégés réussirent à ramener quelques-uns des canons du pape. Et Sixte IV, déçu, découragé, se plaignaït de n’avoir pas, dans ses entreprises militaires, le même bonheur que son prédécesseur Paul IT.
1. Capranica est non loin de l’abbaye de Subiaco et à quatre milles de Palestrina. Paliano est au bord du Sacco, près d'Anagni.