SCÈNE V
écrit plusieurs lettres, qu’elle n’a pas confiées comme de coutume à sa femme de chambre ou à André, mais qu’elle est allée remettre elle-même à un commissionnaire.
COURMONT
Hein ?.. des lettres écrites par ma femme?., (secouant Bertocourt.)
A qui?., à qui?..
BERTOCOURT, se dégageant.
Ce n’cst pas à moi, Gédéon! A qui? c’est justement ce qu’il faut savoir !
COURMONT, avec menace.
Oh! je le saurai !
BERTOCOURT.
Non pas ! C’est moi que cela regarde.
COURMONT, passant à gauche. ,
Oh! un instant... diable!... c’est différent... Je veux moimême...
BERTOCOURT, froidement *.
Et nos conventions?
COURMONT
Mais, Bertocourt, mets-toi un peu à ma place... '
BERTOCOURT.
Précisément! je veux m’y mettre, et tu ne veux pas! ainsi notre alliance est rompue?
COURMONT
Mais non ! mais non !
beAtocourt.
Ainsi, que je me trouve menacé à mon tour, je ue devrai plus compter sur toi?
COURMONT
Mais si ! mais si!..
Air : Amis, voici la riante semaine.
Ne soyons pas de ces époux qu’on raille.
Pauvres. Vulcains que Mars a convaincus;
Au Minotaure en livrant la bataille.
Combattons bien pour n’ôtre pas vaincus!
BERTOCOURT.
Notre existence à tous deux fut pareille,
Et si jamais, tralii par le destin.
Tu devenais le... vaincu de la veille.
Moi, je serais celui du lendemain !
Et puisque, dans ce moment, c’est de ta femme qu’il est question, heureusement!.. (Mouvement de Courmont. — Se reprenant.)
Malheureusement!., laisse-moi agir comme je l’entends, et calme-toi. Dans tout cela, il n’y a peut-être qu’une étourderie, qu'une inconséquence!..
* Cour. Bert.
COURMONT
Tu ne soupçonnes pas quelqu’un?
BERTOCOURT.
Si... un jeune officier qui est venu, cet hiver, à mes soirées.
COURMONT
A tes soirées!., comment! ce serait toi qui aurais réchauffé ce serpent dans ton... salon?
BERTOCOURT.
11 a toujours beaucoup regardé ta femme. 11 a très-souvent dansé, polké, mazurké...
COL'RMONT, impatienté.
Et schotisché... avec elle! Eh bien, que comptes-tu faire?
BERTOCOURT.
M’assurer d’abord que c’est à lui qu’elle a écrit.
COURMONT
Et puis?
BERTOCOURT.
Exiger la restitution des lettres, si c’est lui qui les possède.
Et puis?
BERTOCOURT.
Tu sais que mon médecin m’ayant recommandé beaucoup d’exercice, voilà quatre ans que je vais chez Grisier trois fois par semaine: je suis devenu d’une assez jolie force! (Le menaçant avec son doigt.) Coupé, dégagé, une, deux! (il le touche.) Es-tu touché ?
COURMONT, comprenant.
Jusqu’aux larmes!., quoi! cher ami! tu irais jusqu’à... une, deux !..N on, Bertocourt, je ne le souffrirai pas.
BERTOCOURT.
Si! si!., je le veux!., notre alliance est offensive et défensive!.. Surtout que ta femme ne se doute de rien! tâche de lui montrer un visage souriant, débonnaire...
COURMONT
Oui, mon ami, je tâcherai; tiens, regarde, (il lui montre une
mine allongée.)
BERTOCOURT.
Ça laisse à désirer... Enfin!., à tantôt... aies confiance en l’amitié qui veille sur toi.
COURMONT
Oui, mon ami, je tâcherai.
Air : Bonsoir, monsieur Pantalon.
BERTOCOURT.
Prends donc un air plus riant!
COURMONT, d’un air morne*
Sois tranquille, sur ma parole.