SCENE XIV
MAXIME
Mais, Monsieur, ceque vous me demandez... un tel sacrifice!., cela m’est impossible !
COCRMONT, cherchant ses mots.
Impossible! impossible! rien n’est impossible à l’homme! ce qu’il ne peut pas faire, il le laisse! (a part.) Diable! je n’y suis plus, moi ! (Haut.) Tenez, Monsieur, je suis dans les affaires, moi, je ne sais pas parler avec éloquence, mais dans les situations sérieuses, j’écoute mon cœur, car alors le cœur suffit.
MAXIME
Monsieur...
COCRMONT.
Eh bien ! il me semble qu’on ne peut pas aimer detix femmes à la fois. .
MAXIME
Je ne comprends pas...
COCRMONT.
Vous allez comprendre... et, comme je vous crois homme • d’honneur, je suis bien sûr que vous allez me rendre ces lettres... Monsieur Maxime Duricux, c’est bien vous qui avez une sœur en pension à Passy?
MAXIME, étonné.
Oui, Monsieur...
COCRMONT.
Vous allez la voir souvent. 11 parait qu’il y a dans la même pension une charmante jeune fille, une mademoiselle Hélène, à qui vous avez parlé... oh! très-respectueusement... mais très-persuasivement aussi!... à qui vous avez parlé... d’amour.
MAXIME
Mais, Monsieur, comment savez-vous?..
COCRMONT.
L’autorité m’a chargé de savoir ce que pensent les demoiselles à Passy... 11 paraît encore que mademoiselle Hélène ne vous écoute pas avec un cœur tout à fait indifférent.
MAXIME
Vraiment, Monsieur, mademoiselle Hélène...
COCRMONT.
Oui, Monsieur. Et vous, songez-vous à elle une fois de retour à Paris? Voyons, la main sur le cœur et sur l’honneur, l’aimezvous?
MAXIME, après un silence, ému.
Voici les lettres de la personne que vous représentez ici, Monsieur... J’aime mademoiselle Hélène.
COCRMONT.
Merci, monsieur Duricux; ce qu’il y a pour vous de plus digne à faire, vous le faites dignement. Maintenant, je voudrais
savoir ce qui vous a jusqu'ici empêché de demander la main de mademoiselle Hélène?
MAXIME
Je suis sans fortune, Monsieur; je n’ai guère gagné encore que de quoi payer la pension de ma sœur...
COURMONT
Monsieur, Hélène est ma nièce : demandez-moi sa main, je vous l’accorde avec une dot de soixante mille francs.
MAXIME
Ah: Monsieur... vous me rendez confus! après ce qui vient de se passer!..
COURMONT
Mais je ne sais ce que vous voulez dire : il ne s’est rien passé que de fort simple, vous êtes mon avocat, et nous avons causé de mon procès, il ne s’est jamais passé autre chose... allons, refusez-vous de m’appeler votre oncle?
MAXIME
Oh! non, Monsieur, mais ma conduite...
COURMONT
Est-ce que je ne sais pas bien ce que c’est que votre conduite? c’est celle de tous les jeunes gens de votre âge qui dépensent follement leur cœur parce qu’ils en ont un... tjroyezvous que je donnerais Hélène à un pauvre de ce capital-là?.. Allons mon ami, décidez-vous! Tout homme, dit-on, rencontre') une fois dans sa vie l’occasion d’être heureux... vous en êtes là, vous !.. laisserez-vous passer l’occasion?
MAXIME
Non, Monsieur, j’accepte, sûr que je suis de mériter votre estime, et de rendre mademoiselle Hélène heureuse.
COURMONT
Bien! bien! je suis content. Maintenant, mon neveu, allezvous-en vite, et demain matin venez déjeuner; après, nou3 irons à Passy avec ma femme, en famille.
MAXIME
Ah! Monsieur 1
COURMONT, lui terrant la main.*
A demain! à demain ! (Maxime tort par le fond.)