‹ Une dame pour voyager vaudeville en un acteChapitre 15 sur 28 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

MARQUETTE, ARCHIBÂLD. H.rqueue est en bonnet; son costume , est celui d’une grisctie endimenehte. ^

^ MARQUETTE , en entrant.

Air : Oui, je suis grisette.

Courir la campagne,

Gafç»er quinz’ cents francs d'un’ fois,

Qu’ c’est bon, quand on n’gagne Que quinz’ francs par mois !

Au lieu d’une croûte Que je grignottais,

J’ yais bouffer en route A tous les buffets.

Courir la campagne, etc.

(Arcbibald tousse. — L’apercevant et le saluant.) Ah!.. Monsicur... AllCHIBALD, qui la regardait par-dessous ses lunettes en donnant de vives marques de satisfaction. Affectant la voix et la tenue d’un vieillard.

Approchez... (ii tousse.) Approchez, mon enfant. ^

MARQUETTE, A part et rurprise.

Eh bien, il fait le vieux à présent! (se souvenant et souriant.) Oh ! ce que je lui ai dit !

ARCHIBALD, s'asseyant dans le fauteuil.

Plus près, plus près... et asseyez-vous là, à côté de moi.

MARQUETTE

Oui, Monsieur, je vais m’asseoir, (a part.) Mais lui, je vais bien le forcer à se lever tout à l’heure. (Elle s’assied.)

ARCHIBALD

Ainsi, ma chère petite, vous consentez à fairë avec moi un très-long voyage? -

MARQUETTE

Oui, Monsieur. ^

ARCHIBALD

Vraiment ? (a part.) Comme je fais bien le vieux !

MARQUETTE, i part, riant.

Se' donne-t-il du mal !

ARCHIBALD

Et ça ne .vous déplaît pas trop de partir avec un vieillard à lunettes ?

MARQUETTE

Non.

ARCHIBALD, à part.

Quel bon nez j'ai eu I

Et puis, dame, ça se trouve comme ça, et je le prends.

ARCHIBALD, lui prenant la main.

Oui, il faut toujours prendre ce qu’on trouve, (voyant qn’eiie

ne ehercbe pas & retirer sa main, è part avec joie.) t]lle UC l'ütirO pES

sa main!... Tiens I tiens! tiens!

, MARQUETTE

Mais avant de m’emmener avec vous, vous seriez peut-être bien aise d’être renseigné sur ma moralité ? .

ARCHIBALD, s'oubliant et parlant en jeune bomme.

Je le suis suffisamment... (Reprenant U voU de vieillard.) Je le suis suftlsamment par vos beaux yeux.

MARQUETTE

Vous y voyez que j’ai deux amoureux ?

ARCHIBALD , lâchant sa main.

Deux amoureux? (a part.) Peste!

MARQUETTE

Oui, Ernest et Rodolphe: Ernest que je ne puis plus souffrir, mais qui m’aime encore ; Rodolphe qui ne m’aime plus, mais que j’aime toujours. Ah! mon Rodolphe! faut que je vous conte comment j’ai fait sa connaissance, à ce cher trésor!

ARCHIBALD

Non ! non !

MARQUETTE

Si! si! vous allez voir... c’est très-attendrissant. Nous- logions sur le même carré... Il avait une fontaine, moi, rien qu’un pot à beurre... et comme mon pot à beurre était cassé, il m’offre poliment sa fontaine... je l’accepte...

■ ARCHIBALD

Quelle imprudence ! '

MARQUETTE

J’étais si innocente !... Mais voilà que le soir même il vient me demander de l’eau : c’étaitbon pour une première fois... Le lendemain ça recommence : c’était bon pour la seconde fois...

ARCHIBALD, & lui-méme souritnt.

Elle est très-naïve.

MARQUETTE

Mais le surlendemain, ce n’est plus de l’eau qu’il me demande.

ARCHIBALD

Et quoi donc, mon enfant?

MARQUETTE

Un baiser.

ARCHIBALD

Un baiser?

J’ai trouvé que c’était aller un peu trop vite.

ARCHIBALD

Je crois bien I

Page 1