‹ Une de perdue, deux de trouvée [microforme]Chapitre 31 sur 72 · PU DS · texte numérisé non relu

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meau de sa selle, comme sil eut été absorbé par le chant qu'il venait d'entendre.

—dJe te disais bien qu'il se mettrait au pas. Une autre fois il s'arrêtera ; il est si fin ce cheval là!

—Mais, dit tout-à-coup Asile, c’est demain mercredi ; le bal au château.

—Belle découverte ! puisque c’est aujourd'hui mardi.

—J'ai peur que ia modiste n’ait pas le temps de terminer mes toilettes. -

—Tiens ! et tu me disais, encore ce matin, que tu ne tenais pas à aller à ce bal, où il y aura tant de monde ; et que dans tous les cas ta robe de soie rose suffirait. Tu veux donc être belle demain?

—Ca ferait tant plaisir à maman ; ce n’est que pour lui plaire.

—Et à d’autres aussi, dit Hermine, en faisant un signe, comme pour désigner celui qui venait de passer.

—Folle ! répondit Asile, en embrassant sa sœur

pour dissimuler la rougeur qui lui était rnontée à la figure. Et d’ailleurs, reprit-elle, je ne pense pas qu’il y aille ; qui aurait pu le présenter chez le Gouverneur.

Un coup léger, frappé au marteau de la porte, vint interrompre leur entretien. Hermine courut ouvrir à une timide jeune fille, qui portait un petit paquet de linge à la main ; elle présenta une lettre en demandant si Madame de St. Dizier était à la maison.

Après avoir ouvert la lettre et l'avoir pareourue à la hâte, Hermine fit passer celle qui l’avait apportée dans la cuisine où était alors Madame de St. Dizier, puis courant à Asile, elle Jui dit en lui montrantla

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ar l : iettre qu’elle tenait élevée au-dessus de sa tète. “IL va y aller, il y ira, il est venu pour cela.” | Une —Mais, que dis-tu donc, Hermine ?

| —Qui, oui, il y sera; je te conseille d’aller chez la ercre” | modiste, et de lui dire de finir ta robe pour demain, | dit-elle travailler toute la nuit.

d'hui —Mais qui’ mais qui?

—Mais lui ; le milord! le héros des mille et un ipsde AW contes ! Tiens, lis ce que m'écrit Elmire. ‘ Montréal, 23 octobre 1837.

que tu int de “ Ma chère Hermine, je rose “ D'abord, je t'embrasse sur les deux joues et Asile epour ! aussi ; ensuite je te recommande, c’est peut-être inutile, d’être bien discrète sur ce que je vais te conat 1 1 fier, et de n’en parler à personne. Tu sauras que ait de. 1 nous avons ici, depuis quatre à cinq semaines, un étranger de la Nouvelle-Orléans, qui passe pour fabusœur ! leusement riche, et dont tout ie monde parle en ville. ée à la Il s'appelle M. de St. Luc; il est venu avec plusieurs xs qu'il : lettres d'introduction, et a été invité dans les meil- Louver- ! leures familles. J'étais curieuse, comme tu le penses bien, de voir le lion du jour ; j'en avais entendu dire, Le, vint 4 par mon frère Auguste, des choses si surprenantes, ouvrir ll parait qu’il a été une espèce de corsaire par plai. paquet sir ; qu'il s'est battu avec des pirates ; et mille autres en dé | histoires tout aussi affreuses que l’on déLitait sur son naison, ! compte.

burueè ! “ Jeudi dernier, nous arons eu un grand bal chez

madame de Mont.., qui donne toujours, comme tu sais, les plus brillantes soirées à Montréal. Toute l'élite de la société y était; les hi ». déner : ‘Sant

portée, Dizier, :

. 150 UNE DE FESDUS

de raison, ne contribuaient pas peu à l’éclat du bal,

Il n’y avait presque pas de jeunes canadiens ; ils s’occupent plus de politique que de bals; tant pis, q pour noûs ! Il y avait le colonel W...le capitaine S.. é enfin presque tous les officiers du 32e et du 66e; r sans oublier, last but not léast, mon petit lieutenant R. W... Tu sais que j'ai toujours eu un faible pour d le militaire ; et pourtant, je t'aisure que ce n’était pas ce qui avait le plus d'intérêt pour moi ce soir-là, û J'étais presque vexée de ne voir que des visages Le connus; enfin, vers onze heures, il se fit une sensa. à tion dans le salon où je dansais. J8 “ C'était lui; mais il n’a pas plus l'air d’un flibus- 4 ‘. | tier que toi et moi ! J’imaginais voir une espèce de ! 1. barbe-bleue, avec une épaisse crinière, des yeux féro. À ‘° ces, eh ! bien, ce n’est rien de tout cela ; c’£st tout 7 simplement un beau, grand brun ; avec uae légère le

moustache noire. Il se présente avec beaucoup de grâce ; ses manières sont d’une extrême élégance. Il n’y a aucune affectation chez lui ; il n’est pus rvide et gourmé, comme la plupart de nos officiers, ni fier, malgré sa richesse. Il n’a pas plus de préten. 1 tion que le commun des mortels. :Il s’est fait pré : senter à toutes les dames, et a conversé avec elles aisément, sans gêne ; je assure qu’il a fait des con. | quêtes parmi les jeunes filles. Tu le verras étle

jugeras, car il m'a dit qu'il descendrait à Québec : de luudi ou mardi prochain pour assister au baldu À château; le Gouverneur lui ayant envoyé une inv: Æ Der tation spéciale, fille

“ilna pas dansé, il est en deuil de son père; mais | je l'assure que j'avais plus ‘de plaisir à entendre 8 voix grave et douce; qu'à danser. 11 m'a monté |

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beaucoup d'attention, quand je lui ai dit que tu étais mon amie. Il paraît qu'il Va déjà vue, toi et Asile, quelque part. Ainsi prenez garde de me l'enlever ; car je puis bien te le dire à toi, pourvu que tu n’ en ries pas....j'en suis folle !

“Il paraît qu’il voyage pour son plaisir; l’on m'a dit, pourtant, qu'il était venu en Canada pour y chercher quelqu’un...quelqu'une. Il n'aime pas à s’entretenir sur ce sujet; du moins il a éludé la question, quand je lui en ai parlé, en badinant. Je crois que j'ai deviné ce qu'il cherche…il u’est pas difficile de deviner ce qu’un jeune homme beau, riche, de vingtcinq à trente ans, peut chercher. Nous sommes cinq à six qui avons décidé de faire sa conquête ; c’est un véritable siège en forme que nous voulons faire. Une fois prisonnier, il payera gros pour sa rançon. J'espère qu'Asile et toi, ainsi que tes amies de Québec, vous joindrez à nous pour faire un traité offensif et défensif contre le nouvel ennemi de notre

repos. Excuse mon bavardage ; il m'a fait oublier une foule d’autres choses que j'avais à te dire.

“Mes respects et les amitiés de maman à Madame de St, Dizier.

4 ELzMiRE L......”

& P, S.—Je décachète ma lettre pour te dire justement ce qui devait en faire le sujet principal. La personne qui te remettra cette lettre, est la jeune fille que maman avait promise d'envoyer à ta mère ; elle est adroite à l’aiguille et bonne fille de chambre. Elle s'appelle Florence. Elle est sortie, depuis quelques jours, de chez un monsieur ou madame Malo,

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où il parait qu'elle avait trop d'ouvrage, elle estsi

jeune ; et, avec cela,si gentille !: Sa mère, qui est :

une bonne vieille, que nous employons depuis longtemps pour les gros ouvrages, désire qu’elle aille à

Québec.

—Eh ! bien, que dis-tu de ce lion? dit Hermine, en reprenant la lettre qu'elle avait relue avec sa sœur. Ïl me semble que nous pouvons l’apprivoiser,

Ah! Ah ! Et toi, qui disais qu’il n’y avait pas de lion !

blanc ! vois-tu comme le monde progresse. Je vais aller montrer cette leltre à maman, puis nous ferons venir cette petite Florence.

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