HENRIETTE D
“ P.S.—Je rouvre ma lettre pour vous annoncer que ma tante vient d’avoir une crise sérieuse. Nous avons cru qu’elle allait mourir ; elle est un peu mieux maintenant, mais extrêmement faible. Elle voudrait vous voir au plus tôt; venez de suite si vous le pouvez. Voici ce qui a donné lieu à la crise de ma tante: Le père de la petite Florence se trouvant dans la cui-
sine, Hermine l’a prié de monter à la chambre de la ‘ malade pour aider à changer un meuble de place,
En apercevant ma tante, il l’a regardé d’un airétonné pendant plus d’une demi-minute, puis tout-à-coup il s'est écrié : “ Quoi! c’est’ vous, madame Rivan! Et
votre fils, le petit Pierriche Meunier, qui vous cher-
che depuis plus de trois mois!” Ma tante lâcha un
cri, et est tombée sans connaissance. Asile et Her. :
mine ont interrogé le père de Florence, qui leur a dit qu'un M. St. Luc avait assuré que le petit Pierriche Meunier vivait; Florence, qui vous a vu ici, dit que vous êtes la personne qui avez été chez sa mère au Fort Tuyau, à Montréal, dans le mois de septembre dernier. Asile ayant répété à sa mère tout ce que cet homme avait dit, elle vous demande instammernt, Vous ne devez pas être surpris si je vous prie en son nom de vouloir bien venir à Québec sans parte de :
temps. Il parait y avoir quelque mystère que je ne comprends pas trop bien encore. Madame de St, Dizier est si faible que le médecin a défendu de lui parler d'aucun sujet qui puisse l'affecter.”
St. Luc trouva M. Peltier à son bureau. Il lui communiqua le but de sa visite.
— En effet, répondit l'avocat, j'ai une vieille cause de M. Rivan de St. Dizier, contre la compagnie du Nord-Ouest, avec reprise d'instance par Eléonore de Montour, sa veuve.
Que dites-vous ? Eléonore de Montour ?
. —Mais oui. Eléonore de Montour avait épousé en secondes noces M. Rivan de St. Dizier,
—Pardon, monsieur, ce que vous dites là m'inté.
esse à un si haut degré, que je désirerais vous faire
quelques questions.
Faites, monsieur, faites ; je vous donnerai tous les renseignements que je pourrai avoir.
— Vous dites qu’elle s'appelle Eléonore de Montour et qu’elle avait épousé M. Rivan de St. Dizier en seconde noce.
Qui, monsieur.
…— Pourriez-vous me dire avec qui elle s'était mariée en première noce ?
—Son premier mari était un nommé Alphonse ÿ Meunier.
St. Luc fut si saisi qu’il fut obligé de prendre it ua siége, et de demander un verre d’eau.
..—Qu'avez-vous donc ? lui demanda M, Peltier. Pardon, répondit St. Luc ; pouvez-vays me dire
où et mort! son premier mari.
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Je ne pourrais vous répondre au juste sur ce point ; j'ai entendu dire qu’il était mort en mer, dans un naufrage.
—Connaissez vous madame Rivan de St. Dizier ?
—Oh ! oui; très-bien ; et ses deux jolies filles aussi, mesdemoiselles Asile et Hermine. Si vous me le permettez, je vais chercher le dossier de la cause.
Pendant que M. Peltier cherchait le dossier, St, Luc demeura plongé dans une profonde méditation, la tête penchée sur sa poitrine. 1] allait enfin retrouver sa mère, mais mourante.
—Voici le dossier, dit M. Peltier; Voulez-vous en prendre connaissance ?
—Ce n’est pas nécessaire, répondit St. Luc; veuillez me dire le montant de la réclamation et s’ily a chance de succès.
—L'action est pour un montant considérable, dix
‘mille louis; je crois l'action bien fondée, mais malheureusement que des pièces importantes, absolu
ment nécessaires, manquent.
—Pensez-vous pouvoir trouver quelqu’ un qui vous
L lt acheter la créance ?
—[l y à quelques années on avait offert trois cents
|: Jouis pour la réclamation ; mais les offres ont été re-
tirées depuiz.
—Avez-vous quelqu’esppir de gagner le procès avec les preuves que vous possédez ?
— Elles sont insuffisantes.
—C'est bien ! maintenant je vais vou confier ce que j'ai dessein de faire. Je porte à madame St. Dizier et aux demoiselles de St. Dizier un bier grand inté-
. 1ét; je vais donner cinq mille louis. pour leurs droits | etprétention dans ce procès. ‘Je veux assurer aux
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filles, après la mort de leur mère, les restes de la for. tune de leur père qui reposait sur ce procès. Je dé. sire rester inconnu dans cette transaction.
—Vous m'étonnez, monsieur, reprit l'avocat ; vous ne paraissez ne pas bien connaître cette famille, et cependant vous offrez une si forte somme pour une réclamation que l’on peut considérer perdue.
—Comment ! une famille que je ne parais connaitre ! que voulez-vous dire ?
—Certainement. Vous dites que madame St. Dizier se meurt, et vous voulez acheter la réclamation pour l'avantage des jeunes demoiselles ; mais ne savezvous donc pas que d’après le testament de M. Rivan de St. Dizier il n’a laissé que l’usufruit de ses biens à sa femme, et qu’à sa mort la propriété en retourne à ses proches parents!
—Eh bien ! ses filles, les demoiselles Rivan de St, Dizier, ne sont-elles, pas ses héritières #
—Elles ne sont pas les demoiselles Rivan de St. Dizièr ; leur père était Alphonse Meunier.
—Alphonse Meunier! s’écria St. Luc, au comble de l’étonnement.
—Oui ! elles sont sœurs jumelles. J'ai leur extrait de naissance.
St. Luc fit un grand effort pour comprimer, devant un étranger, les émotions que lui causaient ces découvertes; il remercia M. Péltier des précieux renseignements qu’il venait de lui donner, et qui modifaient ses plans.
. St Luc alla à la banque, et de là regagna à son
hôtel. ets si Il avait résolu de prendre la malle-poste ; mais comme elle ne partait que le lendemain matin, il .
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heures après la réception de la lettre de Henriette D... il était en route pour Québec.