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teur Qui, mon enfant, si demain et après demain tu
Lver, te rappelles bien ce que je viens de te faire répéter. nier, A propos, je Lai dit tout à l'heure que j'allais t'ap- | sa prendre ton âge et ton nom et celui de ta mère, mais abre.
. ce n'est pas moi qui te les ai appris, tu le savais avant Ra 79 moi ; c’est toi-même qui m'as dit tout ça, les premiers HN
a jours que tu es entré ici. Ne t'en rappelles-tu qu'il 9 | |
| pas ? j d'un —Non, je ne m'en rappelle pas. à La RAR —Tu ne t'en rappelles pas? Eh bien, si tu ne l'en il
. e * FE NE je | rappelles pas, je ne te donnerai pas de cheval de 4 trois bois.
e que
—Oui, oui, je m'en rappelle.
— Nous verrons ça demain.
Quelques temps après, le pauvre idiot fut reconduit Quel | à sa salle ; il courut dans un coin et il se mit à répéter à voix basse son âge, son nom et celui de sa mère,de peur de les oublier, tant il craignait de ne pas avoir son petit cheval de bois.
Le docteur Rivard retourna à son logis d’un pas leste et joyeux ; il avait mieux réussi qu’il n'avait osé l'espérer.
. Si vous voulez maintenant entrer avec le docteur
dans son cabinet, nous pourrons peut-être avoir une explication des motifs qui l’avaient fait agir ainsi, à l’'Hos ;ce des Aliénés.
Le docteur, en entrant dans son cabinet, en ferma
mfant la porte à clef, ouvrit une armoire et en retira la À petite cassette de maroquin rouge qu’il déposa sur pas de son bursau. Parmi plusieurs liasses de papiers, soi- LS gneusement numérotées, il choisit un petit paquet Le
qu'il étendit sur la table. [ls étaient marqués au dos No. 1, No. 3, No. 4.
: fois VE, NATHAN SPF
Le No. 1 contenait ce qui suit:
“ Extrait du régistre des baptèmes, mariages et ‘“ sépultures de la paroisse St. Martin, Etat de la Loui- ‘“ siane, pour l’année mil huit cent vingt. Le dix-neuf ‘“ mars, mil buit cent vingt, par nous, prêtre soussigné, ‘ont été mariés Alphonse Meunier, né au Canada, ‘ fils majeur de sieur Antoine Meunier et de Mar- ‘“ guerite Giard, ses père et mère, et demoiselle Léo- ‘“ cadie Mousseau, née dans le royaume de France, ‘ fille majeure de Cyprien Moussean et d’Adélaïde “ Villeray, ses père et mère. Les dits Alphonse Meu- ‘ nier et la dite Léocadie Mousseau ont signé ainsique “ les témoins, avec nous.
‘ D. Curaro, Ptre. Curé.”
Le No. 2 n’était pas dans la cassette. C'était l’extrait de naissance d’Alphonse Pierre Meunier, fils unique d’'Alphonse Meunier et de Léocadie Mousseau, né à la paroisse St. Martin, le 21 mai 1823.
Le No. 3 contenait l'extrait de sépulture de Léocadie Mousseau, femme de feu Alphonse Meunier, décédé à la parnisse St. Martin, le 29 mai 1823.
Le No. 4 contenait l'extrait de Sépulture d’Alphonse Pierre Meunier, décédé à la paroisse de Natchitoches, le 24 août 1825. .
Le docteur prit les Nos. 1 et 3, et Les remit dans la cassette, qu'il renferma à clef dans l'armoire. Le No. 4, il le déchira en petits morceaux, qu’il alla jeter dans le feu.
Un instant après ie docteur revint, tira son livret de notes et lut l'extrait qu'il avait fait, le mais. du régistre de l'Hospice des Aliénés.
— P. Asselin!” C’est bien. là, se dit-il, le nom de
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l’ancien portier de l'Hospice. Mais où est-il mainte
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nant ? est-il mort ? vit-il encore ? Je donnerais cent piastres pour savoir où il est! Si je pouvais le voir seulement un quart-d’'heure ! et le docteur se mit à marcher de long en large, se frottant les mains et se RE le front de temps en temps. ‘Tiens ! une idée...” Et le docteur prit son chapeau et se rendit chez un marchand libraire, à quelque distance de chez lui.
—Bonjour, monsieur, dit-il au commis, pourriezvous me laisser voir votre livre d'adresse ?
—Oui, monsieur, le voici.
Le docteur chercha à la lettre A, et trouva “ P. Asselin, fabricant d’allumettes, No. 130, rue des Allemands.” Il ne perdit pas de temps, prit une voiture de remise et se rendit au No. 130 rue des Allemands ; là il trouva P. Asselin, le même P. Asselin, ancien porüer de l’Hospice des Aliénés de la Nouvelle-Orléans.
—Tiens, père Asselin, mais c'est vous, et moi qui vous croyais mort depuis le dernier choléra.
—Eh bien, non, monsieur le docteur, je ne suis pas mort, comme vous voyez. Toujours à l'ouvrage auit et jour, pour couplée une petite somme.
—Pour compléter une petite somme | Et pourquoi ?
—Je voudrais passer en France, pour y aller finir mes jours auprès de ma vieiile sœur, qui m’a écrit le mois dernier qu’elle m’attendait.
—Et quand voudrais-tu partir ?
—Mais dès demain, si j'avais ns, pour payer mon passage.
. Combien te faut-il ?
— Encore vingt-cinq piastres, mais comme je trouve
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vingt piastres de mon établissement, je n’ai plus besoin que de cinq piastres. | —Ce n’est pas le diable. Pourquoi n'es-tu pas veau me trouver ? | —Ah ! monsieur le docteur, vous êtes toujours si bon, si généreux! mais voyez-vous, je n’ai jamais
mendié, et j'aimerais mieux mourir que de de- ; mander.
—Allons, allons, fausse honte que tout ça ; entre d vieilles connaissances on ne fait pas tant de façons. se Ah! à propos, maintenant que j'y pense, un vieux h souvenir qui me revient de bien lein; il y a cinq à cl six ans, je me suis aperçu que tu avais oublié de faire a quelques notes dans le régistre des entrées de l’'Hos. pice des Aliénés. Pour le moment je ne me rappelle “ pas bien ce que c’est, il y a si longtemps que je n'ai né
vu les régistres.
—Mais, docteur !
—Ï1 n’y a pas de mais, ce n’est qu'une affaire de forme. Allons, monte en voiture avec moi et dans dix minutes je te ramènerai.
Le père Asselin se lava les mains, mit son habit des dimanches et monta dans la voiture du docteur Rivard. :
— Postillon, à l'Hospice des Aliénés.
Les chevaux partirent au grand trot, et bientôt le ‘ docteur entrait au parloir de l’Hospice, suivi du père: Asselin..
Jérémie, en voyant venir le docteur pour la deuxième fois dans la même journée, crut qué le docteur rajeunissait. 0 —Bonjour, Jérémie, ‘Tu vas me trouver un peu
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fatiguant aujourd’hui ?—sais-tu que j'ai encore une petite commission à te faire faire.
— Pas du tout, docteur.
—Eh bien! fais-moi donc le plaisir d’aller chez l'apothicaire m'acheter deux onces d’opium.
Le docteur mit un billet de deux piastres dans la main de Jérémie, en lui disant de garder le change pour lui.
Aussitôt qu’il ‘ut parti, le docteur prit le folio 4 des régistres des entrées Ce l’Hospice, et prenant bien soin de n’en point secouer la poussière, il l’ouvrit au hasard, feuilleta quelques pages, fit faire quelques corrections insignifiantes au père Asselin ; puis étant arrivé, comme par hasard, à la page 147.
—# Tiens, dit-il, je ne m'étais pas aperçu de ceci! mais, père, tu avais donc oublié d’entrer à la marge ce que je t'avais dit à l'égard du petit Jérôme ? ”
—Mais, vous ne m'en avez jamais rien dit!
—Ah bien, par exemple, en voilà une bonne ! c'est
bien heureux que je m'en sois aperçu aujourd’hui ; il est vrai que c’est de bien peu d'importance, mais enfin, c’est une justice à ce pauvre enfant. Qui sait, peut-être qu'un jour ça pourra lui servir ?
—Qu'est-ce que vous m'avez dit, docteur ?
—Ecris.
Et le père Asselin écrivait à la marge, en face de l'entrée de “ Jérôme,” sous la dictée du docteur :
“ Le véritable nom de Jérômeest Alphonse Pierre, né à la paroisse de St. Martin, le vingt et un mai mil huit cent vingt trois Sa mère était Léocadie Mousseau, femme de actuellement décédé.” —C'est bien, signe de tes initiales at 4
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Le père Asselin signa sans se douter de l'importance de ce qu'il venait de faire. Le docteur remit avec précaution les régistres à leur place, et, sans attendre le retour de Jérémie, partit avec le père Asselin, qu'il reconduisit chez lui.
Le lendemain un vaisseau partait pour le Hâvrede-Grâce ; le père Asselin, qui avait complété sa somme, était passager à bord.
Quand le docteur Rivard retourna le ecdemnité à
‘. l'Hcspice, il fit encore venir Jérôme à sa chambre, lui douna des sucreries, et après s'être assuré qu'il se rappelait parfaitement la leçon qu'il lui avait apprise lu veille, il lui recommauda de ne dire à per soune qu'il savait son vrai nom et celui de sa mère, excepté que quelqu'un ne lui demandât spécialement: “ çar, lui dit-il, si tu L’en ventais de toi-même, on te croirait fou. Ainsi si on ne te le demande pas, n’en ditsien; si on te demande pourquoi tu ne le disais
‘ pas, lu répondras que tu craignais qu’on ne se moquât de toi.” Le docteur lui fit encore répéter deux ou trois fois sa leçon, après quoi il alla trouver le chef de l'institution, auquel il n’eut pas de peine à persuader que Jérôme manifestait des signes sensibles d’un prompt retour à la raison. Le chef de l'institution,qui ne s’occupait jamais des aliénés, laissant ce soin aux gardiens, crut le docteur, et ne s'en occupa pas davantage. C'est tout ce que ce dernier désirait.
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