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ne pas donner à Clémence de soupçons sur la route qu'elle se proposait de suivre pour retrouver mousieur Pluchon. Quand la Coco fut parvenue à la rue Canal, elle tourna à droite, se rendit aux remparts, redescendit dans le faubourg Marigny et fut bientôt au rendez-vous au bas du couvent des Ursulines, où l'attendait monsieur Pluchon, sur le bord de l’eau dans une pirogue.
—Embarquez vite, nous avons le temps de descendre avant l'obscurité. .
—Combien de lieues avons-nous à faire avant d’arriver ?
—Deux petites lieues.—Allons, prenez garde à vous ; asseyez-vous au fond de la pirogue et nageons comme pour la vie, mère Coco.
La mère Coco se plaça avec précaution pour ne pas perdre son équilibre, au fond de la fragile embarcation ; et Pluchon, armé d’une pagaie légère, guidait la pirogue assis à l’arrière.— Le courant, joint à une légère brise, les eut bientôt fait descendre jusqu’à l’entrée du bayou bleu. Le bruit des avirons sur le bord de la pirogue fit envoler une dizaine de busards.
—Oh ! oh ! dit la mère Coco, en voyant cette nuée d'oiseaux de morts, ça sent la chair morte! -n ne doit pas être loin du noyé, n'est-ce pas, monsieur Pluchon ?
—Vous avez deviné, nous arrivons. C'est justement sur le noyé que cescarancros font festin. Nous allons leur disputer leur pâture pour quelque temps. Regardons bien auparavant pour voir si personne ne peut nous apercevoir,
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La vieille Coco, avec ses deux yeux ronds et gris, parcourut d'un regard rapide les deux rives du fleuve. :
—Ïl n’y a pas un chat pour nous voir; ne perdons pas de temps, en avant et à l’œuvre !
Is approchèrent avec précaution, écartèrent les joncs, et découvrirent le cadavre d’un noyé. Les carancros avaient arraché les yeux de leurs orbites,
‘et la langue de la bouche; le nez, les joues et toutes
les chairs de la figure avaient été horriblement mutilés par ces voraces et immondes animaux. Il était absolument impossible de reconnaître aucun trait de la figure.
Quand Pluchon et la mère Coco eurent terminé leur examen, celle-ci se revournant vers Pluchon :
—Æ£Eh bien! lui dit-elle, êtes-vous satisfait de votre examen ? reconnaissez-vous ce cadavre? et que vaulez-vous faire maintenant ?
—Oui, mère Coco, oui, je suis satisfait. Je ne sais pas quel est ce noyé, je ne m’en soucie guère.—Tout ce que ous avons à faire maintenant, le voici en deux mois: “ Vous prendrez tous les vêtements, papiers et bijoux du monsieur qui est dans votre cachot, et vous habilieïrez ce cadavre. Quant à son argent, ça vous appartient, comme dépouilles de guerre. Surtout, remarquez bien, il faut que la toilette de ce noyé soit faite cette nuit, afin qu’il soit décemment vêtu, pour comparaître demain matin pardevant son honneur monsieur le coronaire.”
—Mais, monsieur Pluchon, ce n’est pas une petite affaire que vous nous proposez-là.
—Allons donc, mère Coco, est-ce que par hasard vous y trouveriez d’insurmontables difficultés ? tenez
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voici qui aplanira bien des choses, ceci c'est par-dessus le marché.
Et Pluchon lui glissa dans la maingun billet de cinquante dollars. |
—AÀ la bonne heure, monsieur Pluchon, voilà ce "il qui s'appelle faire des affaires. Avant le point du jour tout sera baclé; ce qui reste de ce noyé sera habillé comme pour le jour de ses noces ; car après le bain vient la toilette. Le pauvre cher homme n'aura pas besoin de se faire raser, car les carancros ne lui ont pas même laissé la chose sur laquelle lui poussait la barbe ! o
Et la vieille, en prononçant ces paroles en face de ce cadavre ensanglanté par ces immondes oiseaux de proie qui décrivaient des cercles dans les airs en faisant entendre leurs cris lugubres, comme s'ils eussent voulu exprimer leur indignation de ce qu’on venait les distraire de leur festin, se mit à ricaner.
Pluchon, tout accoutumé qu'il était à ces.scènes hideuses, ne put s'empêcher d’éprouver un certain * sentiment de répulsion aux obscènes paroles de la vieille Coco, et se hâta de pousser la pirogue au large. La nuit était déjà fort avancée, quand ils’ arrivèrent au lieu du débarquement. La Coco prit la route de l'habitation des champs, et Pluchon celle de la ville, après avoir bien recommandé à la vieille de lui donner le lendemain matin, à sept heures précises, des nouvelles de ses opérations de la nuit.
Le lendemain, le soleil s'était levé brillant et radieux, il faisait une belle matinée de la fin d’octobre. 11 n'était pas encore sept heures, et les rues | étaient déjà remplies de personnes occupées de leurs ù 100 affaires, Sur le bord de la levée, un peu au-dessous