‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 49 sur 78 · NA · texte numérisé non relu

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Orléans. Les journaux qui, sur une colonne, annon-

caient que le riche héritier de l'immense fortune de M. Meunier était venu pour en prendre possession, annonçaient aussi sur une autre, qu'une mort prémalurée avait enlevé à la société un de ses plus beaux ornements, dans la personne du capitaine Pierre de St. Luc, dont les qualités l'avaient rendu cher à tous ceux qui l’avaient connu.

Le deux novembre, vers midi, les cloches de la cathédrale sonnaient le glas du riche héritier ; le chœur et la nef de l'église, tendus de noir et éclairés par plus de quatre mille bougies, présentaient un lugubre contraste entre l'éclat du monde et les ténèbres de la mort. Au milieu de la grande allée, sur un catafalque élevé et recouvert d’un somptueux drap noir, sur lequel pleurent des larmes d’argent, repose le cercueil, dans lequel est enfermé le corps du noyé. Le clergé en surplis blancs, ayant le vénérable curé de la paroisse en tèie, commence l'office des morts. Ces chants sacrés, qui se mêlent aux ronflements solennels de l'Orgue et s'élèvent dans les airs, inspirent un profond recueillement à l'immense foule qui assistait au service.

Un homme tout habillé de noir, est prosterné à genoux à quelques pas en arrière du catafalque et paraît plongé dans la plus amère douleur. Des lar-

. mes abondantes s’'échappent de ses yeux, il jette de

profonds soupirs et se frappe la poitrine. Cet PAR c'est le docteur Rivard !

Dans un banc, presqu'en face du docteur, il y a un autre homme aussi habillé de noir, qui regarde, avec un religieux sentiment d’admiration, la figure

baignée de pleurs de l’inconsolable docteur. Cet

homme comprend toute la douleur du docteur Ri

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A quelques pas en arrière du docteur Rivard, debout, quatre de front, se trouvaient les matelots du Zéphyr, monsieur Léonard et les autres officiers du navire à la tête. Après les matelots du Zéphyr, venaient ceux du Sauveur. Monsieur Léonard, qui avait été informé par Trim de la délivrance du capitaine, avait cru qu'il était important de ne pas suspendre la cérémonie des funérailles, et même d'y ajouter tout l'éclat possible par la présence des matelots du Zéphyr et du Sauveur, afin d’endormir dans

une profonde sécurité ceux qui avaient trempé dans

l'attentât commis sur le capitaine Pierre.

Quand les cérèmonies de l’église furent terminées, le cortége funéraire accompagna au cimetière les restes du défunt, Huit matelots du Zéphyr, tête découverte, vêtus de noir, une large chape de crêpe suspendue en bandoulière sur leurs épaules,portaient le cercueil, le corbillard vide précédant les porteurs. La procession se forma lentement et silencieusement, aux chants des hymnes que chantaient le clergé et les choristes.

Le Juge de la Cour des Preuves prit sa place à côté du docteur Rivard, immédiatement derrière le cercueil. Venaient ensuite les matelots, quatre de front, puis la foule fermait la marche.

Au moment où la procession passait le seuil de la porte de l'église, un nègre venait d'arriver. Sa figure était triste et pensive. Quand ce nègre vit le docteur Rivard marchant derrière le cercueil, la figure contrite et s'essuyant les yeux avec son mouchoir, il ne: put réprimer un mouvement d'indignation mêlé de

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Quand les obsèques furent terminées, le juge de la Cour des Preuves toucha le docteur Rivard sur l’épaule ; celui-ci leva les yeux sur le juge, en témoignant la plus grande surprise, comme s’il ne s'était pas auparavant aperçu de sa présence, tant il avait été absorbé dans sa douleur et son désespoir ! [l s’inclina respectueusement.

| —Vous ne m'aviez pas remarqué, docteur, lui dit

| le juge à voix basse et se penchant à son oreille. À —Pardon, monsieur le juge. Et le docteur se dé- | tourna pour s’essuyer les yeux, comme s'il avait eu honte de cette marque de faiblesse.

—$i vous pouviez venir à quatre heures au greffe + de la Cour, j'aurais quelque chose à vous dire de la | plus haute importance pour vous. Je viens de rece- ‘

voir une lettre de la paroisse St. Martin, où j'avais

envoyé un courrier afin d'obtenir certaines informa-.

: . tions dont j'avais besoin, aÿant de vous faire part de LA certaines découvertes providentielles que j'ai faites

… … et qui vous regardent.

—Pardon, monsieur le juge, répondit le docteur d’une voix agitée ; excusez-moi pour aujourd’hui; je suis incapable, absolument incapable de m'occuper ae d’affaires.

x, —Je puis concevoir qu’en effet vous ne vous sen- Le à tiez pas bien disposé à faire des affaires, après les affictions dont vous avez été frappé coup sur coup

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ce sont des Lusuves que je crains de n'ètre pas assez fort nr supporter.

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—Si vous ne pouvez venir à quatre heures à la Cour, venez du moins chez moi, ce soir, prendre le thé. Ce que J'ai à vous dire est important, bien important pour vous, puisque j'ai découvert les parents de votre pupille.

—De mon pupille ! et la figure du docteur exprima une surprise si grande et si bien jouée, en même temps que ses yeux exprimaient pour le juge une si profonde reconnaissance, que le juge se sentit plus que payé des peines qu’il s'était données pour faire plaisir au docteur. |

—Je suis trop heureux d’avoir fait cette découverte, Vous viendrez ce soir, n'est-ce pas ? je compte sur vous ; docteur, à sept heures.

Huit heures et demi, vous conviendrait-il? jai un malade à voir à huit heures précises.

—Eh bien ! à huit heures et demie, ça fera l'affaire.

Quoique la conversation, entre le juge et le docteur, eut élé tenue à voix basse, un nègre l'avait toute entendue, et il s'était retiré avant d’avoir été remarqué par le docteur, à ce qu'il crut ; mais il s'était trompé !

Le docteur Rivard suivit de l'œil le nègre, qui s'éloignait à grands pas, en se mêlant parmi la foule. Un léger froncement de sourcil contracta les plis de son front; c'était un signe qu’il était fortement vexé, mais il rendit aussitôt à sa physionomie son expression de profonde tristesse, tellement que le jugé ne s’aperçut de rien.

—Adieu, docteur, continua le juge. A huit bodee

et demie!

—Je n’y manquerai pas.

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