‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 124 sur 207 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

Cependant, Sambo n'eut pas de peine à se faire jour jusqu'au capitaine, et de la main «gauche le saisissant aux cheveux il agita sa hache au-dessus de sa tête, se préparant à rcnseveUr dans sa cervelle ; quand tout à coup un cri, comme le rugissement d'un lion, retentit dans la forêt ; puis d'un bond, coimne le bond d'un tigre (jui fond sur sa proie, un homme s'élança sur Sambo et, saisissant sa hache d'une main puissante, lui cria à l'oreille : « Sambo ».

« — Trim ! murmura Sambo, en reconnaissant son frère, et baissant la vue malgré lui sous le feu de sa prunelle ardente.

— Trim ! répétèrent presque d'une voix tous les esclaves du capitaine.

— Mes amis ! cria Trim, qu'avez-vous fait, que voulez-vous faire ? vous êtes tous perdus. Rendez-vous, ou vous êtes tous morts ; les milices de la Nouvelle-Orléans sont arrivées.

— Pardon à tous ceux qui mettront bas les armes, répéta le capitaine, s'ils n'ont pas versé de sang ».

Il y eut un moment de silence, pendant lequel Trim, se penchant à l'oreille de Sambo, lui dit : « Sauves-toi ; tu as tué, il n'y a pas de pardon pour toi » !

En ce moment arrivaient les matelots du Zéphyr ; et, à quelque distance en arrière, on entendait retentir la plaine sous la chute cadencée des pas des mihces, qui s'avançaient au pas accéléré.

Sambo, abandonnant sa hache aux mains de Trim, se retourna vers ceux qui l'avaient accompagnés depuis l'Ile Perdue, et saisissant une carabine il leur cria : « En avant ! suivez-moi. Mourons libres plutôt que de vivre esclaves » !

Il alluma alors une fusée bleue, qu'il lança dans les airs. C'était le signai aux colonnes qu'il avait laissées en arrière, de se presser en avant. Il suivit un instant de l'œil la fusée qui s'éleva en droite ligne au-dessus de la forêt, et éclata dans les airs en faisant une forte détonation.

— Maintenant, marchons ! Et il se précipita aveuglément sur la compagnie des Zéphyrs qui accouraient au secours de leur capitaine.

A la première décharge, Sambo tomba frappé d'une balle au cœur ; deux des siens furent blessés, et le reste tourna le dos, jetant le désordre parmi les colonnes de nègres, qui se hâtaient d'arriver, et les entraînèrent dans leur fuite.

Tous les esclaves du capitaine Pierre, qui étaient restés près de lui, hésitant sur ce qu'ils devaient faire, se jetèrent à ses genoux, pour implorer son pardon, aussitôt qu'ils virent la fuite des compagnons de Sambo.

— Retournez tous chacun dans vos cases, leur dit le capitaine, je ne connais aucun d'entre vous et demain, je ne saurai distinguer entre ceux qui sont restés fidèles et ceux qui s'étaient révoltés.

Les nègres du capitaine ne se firent pas prier, puis prenant un détour dans le bois pour ne pas tomber aux mains des patrouilles, ils se rendirent à leurs cases. Les autres se dispersèrent.

Ainsi se termina, sans plus d'effusion de sang, une des plus menaçantes insurrections qu'ait vues la Louisiane. Les nombreuses arrestations qui furent faites, sur plusieurs points de l'État, firent voir avec quelle vigueur la trame avait été ourdie et quelles vastes ramifications elle avait.

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