SCÈNE PREMIÈRE
MADAME DERVILLE, seule; clic est assise et fcuillctle un agenda.
Singulière idée que celle d’écrire son journal. Je ne connais rien de plus triste que ce petit cimetière où viennent s’aitiasse'r jour par jour lies roses fanées de la vie. (Lisant.) « 28 février. Bal chez madame d’Egmond... Ma réputation de dame patronnasse fait le vide autour de moi. Je paye cher la considération que je dois aux petits Chinois. — 16 mars. Madame d’Egmond me conseille de me remarier; elle prétend qu’un mari aura toujours l’aspect moins farouche qu’un hillet de bal. M. Rigault se résigne à me prendre un petit Chinois. » (S’interrompant.) Ah! ah! voilà M. Rigault qui pai’alt sur l’horizon. « 20 mars. M. Rigault me regarde d’un air mélancolique. — 25 mars. M. Rigault soupire. — 29 mars. M. Rigault a des larmes dans la voix. » Oh! oh! « 5 avril. C’en est fait; M. Rigault a brfdé scs vaisseaux. Il a mis un genou en terre et m’a offert son cœur et sa main, en posant solennellement l’une sur l’autre !... » Je ne prévojais, certes, pas alors que j’en viendrais à couronner sa flamme, comme il dit, H a si
« UiNE DISTRACTION.
bien plaidé, qu’il a fini par gagner sa cause. On ne se déûe pas assez des avocats; on les laisse parler, et puis, un beau jour, il arrive qu’on les écoute, « 30 avril. Manies de M. Rigault : Avoir raison ; se faire attendre ; horreur des billots de bal. » U n’a pas changé. « 1 o mai. 11 parait, décidément, que je m’appellerai madame Rigault, Derville, Rigault, Bargo,
Turgot, Fagot, etc. » Et puis encore M. Rigault! Et puis toujours M. Rigault. Et nous voilà au mois de décembre, et j’épouse M. Rigault au mois de janvier; et qu’on vienne me dh’e après cela que la vie est d’une gaieté folle.