‹ Une distraction comedie en un acte et en proseChapitre 15 sur 28 · RIGAULT, MADAME DERVILLE · texte numérisé non relu

RIGAULT, MADAME DERVILLE

MADAME DERVILLE

Ail! VOUS voilà?... Eh bien! vous savez qu’il a eu l’impudence de se présenler chez moi, ce Monsieur !

RIGAULT

Je le quitte à l’instant, Madame.

Je suis curieuse de savoir ce qu’il a pu vous dire?

RIGAULT

11 a fait d’ahovd quelques difficultés' de m’entendre ; mais, après une explication assez vive, voilà ce que j’ai obtenu.

MADAME DERVILLE

Voyons? (E!ie lit.) « Madame, je ne veux pas sortir de cette maison sans vous exprimer tous les regi’ets que j’éprouve de l’injure involontaire que je vous ai faite. » Comment, involontaire!...

RIGAULT

Continuez.

MADAME DERVILLE

« Une distraction, qui n’a pas d’excuse, rn’a fait écrire votre nom sur l’adresse d’une lettre que vous n’auriez jamais dû lire. Je vous en fais franchement l’aveu, et vous demande humblement pardon. Daignez agréer. Madame, l’hommage de mon respect. » Eh bien?...

RIGAULT

Eh bien?

MADAME DERVILLE

Mais on s’est moqué de vous, mon cher ami !

RIGAULT

Je vous jure...

MADAME DERVILLE

Je VOUS' jure qu’on s’est moqué de vous. Une distraction ! la belle excuse! Un enfant ne s’y laisserait pas prendre!

Pourtant, Madame...

MADAME DERVILLE

Mais puisque je vous dis qu’il est venu ici même, là, où vous êtes ; que je l’ai vu, que je lui ai parlé, que j’ai été obligée de lui céder la place; est-ce clair? Une distraction! cela fait pitié, vraiment ! D’ailleurs, scs difficultés à vous accorder cette réparation, devraient suffire à vous convaincre ! Il recommencera demain de plus belle ; il aura des distractions, comme il dit! mais, songez-y donc, Rigault, une distraction !

RIGAULT

Il est certain que...

MADAME DERV ILI.E.

Ne voyez-vous pas qu’il n’a cédé qu’à la peur du moment, à la façon vigoureuse dont vous lui avez parlé.

RIGAULT

11 est vrai que...

MADAME DERVILLE

Pourquoi ne m’avez-vous pas appelée? C’est devant moi qu’il fallait lui donner une leçon.

RIGAULT

J’en conviens, mais à présent...

A présent, je ne veux pas qu’il me croie la dupe de ses ridicules excuses. Pour m’écrire une lettre comme celle de tantôt, il faut que ce M. Verdier y ait été poussé par je ne sais quelle raison, qu’il m’importe de connaître; qui sait, par une calomnie, peut-être ! Eh bien ! je veux qu’il me voie, qu’il m’entende, qu’il emporte de moi l’opinion qu’il en doit avoir; qu’il s’humilie enfin, et cela, ici même, aujourd’hui, devant • vous; voilà ce que je veux.

RIGAULT

Devant moi?

MADAME PERVILLE.

Assurément! N’allez-vous pas prendre pitié de lui, maintenant?

RIGAULT

Non, Madame ; mais songez çju’entre hommes, il y a des choses chatouilleuses, et...

MADAME DERVILLE

Eh bien! soit... vous me laisserez seule; mais il faut que je lui parle, vous m’entendez?... j’y tiens... je le veux!

Page 1