SCÈNE XII
MADAME DERVILLE, HENRY
MADAME DERVILLE, faisant signe à Henrj de s’asseoir.
Monsieur...
HENRY
On m’a dit que vous m’attendiez. Madame, et je m’empresse de venir vous exprimer de vive voix des regrets dont ma lettre a déjà dû vous convaincre. Je viens, surtout, dans l’espoir d’obtenir mon pai'don, si toutefois on a besoin de pardon, quand on n’a pas fait d’offense.
MADAME DERVILLE
Je veux bien croire à vos regrets. Monsieur ; mais vous me permetti’ez de ne pas accepter l’excuse où vous vous reti-anchez, cette singulière distraction sur laquelle vous rejetez tout le mal. A quoi bon ce détour? Ne feriez- vous pas mieux de m’avouer franchement un tort....
HENRY
Que je n’ai pas eu, Madame!... cela ne serait ni juste, ni convenable. Cette lettre, je vous le répète, ne vous était pas et ne pouvait vous être destinée.
MADAME DERVILLE
Il n’en est pourtant pas d’une adresse comme du chapeau d’un voisin qu’on peut, par mégarde, prendre pour le sien en quittant le bal. Si j’insiste, Monsievu', c’est qu’il m’importe de savoir quelle étourderie j’ai commise, ou de quelle calomnie j’ai été victime, pour que vous prissiez de moi une si fausse opinion. Vos excuses ne me satisfont pas si je ne les dois qu’à la politesse et non au respect.
HENRY
Je ne puis cependant cesser d’être vrai pour être.vraisem-
blable, Madame. — Deux mots, je l’espère, suffiront à vous convaincre. C’est hier que j’écrivis ce malheui’eux billet; il était resté sur ma cheminée, tout plié, mais sans adresse ; mon domestique l’aperçut ce matin en entuant dans ma cliambre, et comme je me retournais à moitié endormi pour voir qui était là, il me demanda à qui je destinais cette lettre; pour toute réponse, j’écrivis l’adresse et je me rendormis. Par quelle bizarrerie votre nom s’est-il trouvé sous ma plume ? Eu vérité, je ne samnis le dire... à moins que ce ne soit pour l’avoir vu hier, en lisant mon journal, je crois, dans une liste de dames patroniiesses ! Quoi qu’il en soit, mon domestique pai-tit, et ce n’est qu’à son retour que je connus la déplorable erreur dont j’étais victime... Vous savez le reste.
MADAME DERVILLE
Et me direz-vous aussi à qui elle était destinée, celte lettre?..
UEMIT.
bh! à une personne...
MADAME DERVILLE
Que vous ne voulez pas nommer, fort bien ! Je ne suppose pas qu’elle soit du monde, pom-tant : (Pareoumm i> leiuv des jeux.) cher ange d’amour me semble un peu cavalier pour une femme qu’on n’a fmt qu’entrevoir la veille à son balcon.
^ HENRt.
De grâce. Madame...
MADAME DERVILLE
« Vous ave* des yeux charmants, et j'ai trente mille livres de rente! faites mon bonheur et je ferai le vôtre... » — C'est donc de ce style-là que vous écrivez à ces dames?
HENRY
Vous m’aCcableZi
MADAME DERVILLE
Est-elle gi'ande ou petite? brune ou blonde 1. d’üne nuance impossible, n’est-il pas vrai? Voyons, rien que son petit nom et je vous tiens quitte.
HENRVi
Julie !
MADAME DERVILLE, frappÀe de l'MCcat de Henry.
Ah!