SCENE XIV
Eh ! Madame, croyez-vous donc que j’avais le mien ?
MADAME DERYILLE.
Enfin, j’avais su me débarrasser de lui ; c’est vous qui me l’avez ramené.
RIGAULT
Sur votre ordre.
MADAME DERVILLE
11 n’en est pas moins vrai que vous m’avez fait jouer un rôle parfaitement ridicule.
RIGAULT
En quoi donc, s’il vous plaît? Vous vous croyez insultée, vous demandez une explication, on vous la donne ; il n’y a rien de ridicule là-dedans. En vérité, si vous avez reçu de cet . air-là les excuses de M. Verdier, il aura dû croire que vous regrettiez ses impertinences.
MADAME DERVILLE
Plaît- il? qu’est-ce que vous dites? perdez-vous la tète, Rigault? Regretter ses impei’tinences! Ah! mon Dieu! niais c’est qu’il peut le croire! Eh bien! c’est votre faute, entendezvous !.. Oui, Monsieur, voti’e faute ! pourquoi ne pas vous expliquer plus clairement? — Vous n’aviez qu’à êtie précis au lieu d’ètre bavard! Mais non, la langue! oh! les avocats; je ne vous pardonnerai de ma vie.
JUSTINE, enlrtnl.
Les chevaux sont attelés. Madame.
MADAME DERVILLE
Je ne sortirai pas.
Madame n’oublie pas que'le domestique de madame d’Egmond est toujours là.
MADAME DERVILLE
C’est vrai, (a nigauit.) Encore une de vos maladresses ! donnez !
RIGAULT
Quoi?
MADAME DERVILLE
Celte lettre apparemment!
RIGAULT
Quelle lettre?
L\NE UISTIIACTIÜN.
JUSTINE
Monsieur ne se rappelle pas que je lui ai remis une lettre pour Madame ?
MADAME DERVILLE
Décidément, vous perdez la tète, n’est-ce pas ?
RIGAULT, fouillant dans ses poches.
Ma foi, Madame, on la perdrait à moins!.. Je ünii-ai par devenir une boite aux lettres, moi!..
JUSTINE
Tenez ! la voilà !
RIGAULT, donnant la lettre i madame DcrriUii.
Du diable si je m’en souvenais.
MADAME DERVILLE, lisant.
« Chère Madame, j’ai placé tous mes billets; s’il vous restait encore quelques-uns des vôtres, vous seriez bien aimable de me les envoyer, car je ne puis suffire aux demandes qui me sont faites.
« Croyez, chère dame, à mes senlimenls bien affectionnés, Fanny d’Egmond. » (un silence.) Eh bien ! vous entendez, Rigault?
RIGAULT
PaiTaitement.
MADAME DERVILLE
Et VOUS ne bondissez pas?
RIGAULT
Pardonnez-moi, je bondis.
JUSTINE
Que fautril répondre. Madame?
MADAME DERVILLE
Que mes billets sont placés. Tous! entendez-vous? touà!.t
RIGAULT
Mais, Madame...
Vous n’avez-pas vingt-huit voleui’s pour mes vingt-huitbilletsj ii’est-ce pas? Eh bien! laissez-moi! (elle sort.)
JUSTINE
Qu’a donc Madame, Monsieur?
RIGAULT
Ce qu’elle a? Vous l’entendez bien, pardieu! Elle a vingthuit billets !