CONSTATATION^ DES DOCUMENTS
Les documents versés à l'expertise en fin des recherches dont l'objet sera ci-après exposé sous la deuxième opération, comprennent des pièces de question et de comparaison qui vont être ci-après succinctement décrites.
Paragraphe premier : Pièce de question.
Il existe une pièce unique de question : c'est le fac-similé photographique, sur papier blanc, et d'une venue assez douteuse, d'un document en forme de lettre, sans en-tête indicateur du destinataire, portant la rubrique imprimée : « Texte du document attribué au capitaine Dreyfus, » sans date ni signature.
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Ce texte comprend trente lignes ou portion de lignes, formant un total approximatif de onze cents lettres, et dont la première phrase est ainsi conçue : « Sans nouvelles m' indiquant que vous désirez me voir, je vous adresse cependant quelques renseignements intéressants-, » et la dernière : « Je vais partir en manœuvres. » (1).
Une plus ample description de ce document paraît inutile-, elle résultera d^ailleurs surabondamment de son analyse alphabétique et graphique qui sera ci-après établie sous la troisième opération, et du tableau qui sera joint et annexé à la pièce principale du rapport de Texpertise dont s'agit.
Une observation toutefois s'impose spécialement à l'égard de ce document, c'est qu'il ne reproduit aucune trace de la mention officielle et sacramentelle du ne varietur; il n'en sera tiré aucune inférence au surplus, si ce n'est que le fait est au moins étrange.
Paragraphe deuxième : Pièces de comparaison.
Les autres pièces versées à l'expertise sont au nombre de quatre, et sont autant de pièces de comparaison, comprenant :
I. — Une lettre écrite sur papier administratif, non réglé, de couleur blanche, portant cet en-tête imprimé : « Dépôt de Saint- Martin-de-Ré, » avec un visa calligraphique et administratif, dans l'angle gauche du papier, portant la date du 21 janvier 1895, signée « Alfred » et dont les trois premiers mots, indicateur du destinataire,
ont été raturés (2).
Cette pièce originale comprend quatre-vingt-onze lignes y compris la signature et deux lignes écrites dans la marge gauche de la quatrième page, le tout formant un total d'environ quatre mille lettres tant dans les lignes complètes que dans les portions de lignes.
La première phrase est ainsi conçue : « Comme tu dois souffrir, » et la dernière, avant la signature : « Je te serre sur mon cœur. » Il est également inutile d'en faire ici plus ample description qui résultera suffisamment des constatations comprises aux analyses, opérations et tableaux ci-après établis ou ci-annexés.
IL — La seconde pièce de comparaison est également un original : c'est une lettre paraissant dater du mois d'août 1893, d'après la
(1) Voir page hors texte.
(2) Voir page 282.
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mention au crayon qui en est faite dans Tangle droit du papier -, elle est écrite sur papier blanc non réglé, de provenance anglaise ; elle est signée : « A. Dreyfus, » et comprend trente-cinq lignes ou portions de lignes, y compris la signature, le tout formant un total approximatif de onze ^ douze cents lettres, et contenant deux mots raturés dont l'un a été récrit au-dessus du mot raturé, et dont Tautre constituant moins une rature qu'un lapsus calami fait partie du texte (1).
La première phrase de cette lettre est ainsi conçue : « Mon cher Paul, nous serons très heureux de te recevoir vendredi prochain, tu nous apporteras en même temps des nouvelles toutes fraîches; » et la dernière, avant la signature : « Bien cordialement. » Il est également inutile de faire une plus ample description de cette pièce et pour les mêmes raisons que celles ci-dessus exposées.
III. — La troisième pièce de comparaison est un fac-similé photographique, sur papier violet, de la première partie de la lettre ci-dessus décrite et constatée du 21 janvier 1895 depuis la première phrase : « Comme tu dois souffrir, » jusqu'à ce passage qui forme la dernière phrase de la reproduction : « Peut-être qu'alors eût-on cru à mon innocence ! » (2) .
Les mêmes observations que celles ci-dessus formulées s'appliquent à cette pièce, qui ne reproduit pas les trois mots raturés de l'original.
IV. — La quatrième et dernière pièce de comparaison est un fac-similé sur papier jaune d'une lettre datée de l'année 1890, signée « Alfred », portant pour suscription ces mots : « Mon cher Paul, » comprenant cinquante et une lignes ou portions de lignes y compris la suscription et la signature, le tout formant un total d'environ quatorze à quinze cents lettres (3).
La première phrase de cette lettre est ainsi conçue : « Quand tu te plaignais à moi de ne savoir que faire, je te disais que le seul moyen de ne jamais s'ennuyer était de s'occuper, soit intellectuellement, soit manuellement. »
Et la dernière : « Je t'embrasse, ton dévoué. »
Le fac-similé dont s'agit contient en outre deux mots ou portions de mots raturés à la septième et à la trente-deuxième ligne et un autre mot également raturé à la quarante-sixième ligne.
Les observations déjà formulées à propos des autres documents peuvent être réitérées ici : la principale est relative à ce fait^
(1) Voir page 286.
(2) Voir page 282.
■ (3) Vck page 288.
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qu'aucune des pièces tant de question que de comparaison ne porte de mention ne varletur qui puisse dans une certaine mesure en garantir la non modification; et une autre qui pourrait avoir une importance, c'est qu'il est regrettable qu'on n'ait pas adopté un papier de couleur unique pour la reproduction des différents originaux; la couleur blanche choisie pour la pièce de question et les couleurs violette et jaune pour deux des pièces de comparaison, détruisant, jusqu'à un certain point, l'unité de physionomie des graphismes et compliquant les comparaisons et vérifications.