SIXIEME OPERATION
Aî^TALYSE GRAPHIQUE DES IDIOTISMES ALPHABÉTIQUES
En dehors des idiotismes scripturaux dont il a été parlé au cours des opérations qui précèdent et dont quelques-uns sont à proprement parler alphabétiques, chaque écrivain, même celui qui varie le plus sa façon de faire, possède généralement, pourtant, un alphabet particulier qui n'appartient qu'à lui, et d'après les types duquel il forme le plus souvent ses lettres et autres caractères de l'écriture.
Ce sont ces alphabets spéciaux de la pièce de question d'une part, et ceux des pièces de comparaison d'autre part, dont il va être parlé
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au cours de la présente opération et dont les éléments seront reproduits ci-dessous en ce qui concerne les lettres majuscules et dans le tableau synoptique ci-joint et annexé en ce qui concerne les lettres minuscules réparties en initiales, méJiales, finales, double lettre ou lettre isolée toutes les fois qu'il y aura lieu.
Le paragraphe premier sera consacré aux lettres majuscules et au commentaire qu'elles nécessiteront.
Le paragraphe deuxième sera consacré aux lettres minuscules et au commentaire de leur morphologie ou de leur emploi.
Le paragraphe troisième, enfin, résumera les résultats obtenus au cours des deux paragraphes concernant les alphabets des lettres majuscules et minuscules et établira une comparaison accessoire entre les autres signes accessoires de l'écriture, orthographiques ou autres, s'il y a lieu.
Paragraphe premier. — Analyse des majuscules.
L'alphabet des lettres majuscules est fort réduit pour la pièce de question, puisqu'il comprend seulement sept lettres qui sont ci-après énumérées dans la première colonne.
Ces lettres présentent les formes graphiques suivantes :
ïi^ce de Question
Ecriture i83o
Comparaison
néant
Ecriture 1893
Ecriture WSû
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Il suffit d'un simple coup d'œil jeté sur le tableau ci-dessus pour voir :
1° Que sur les sept lettres majuscules que contient la pièce de question^ six seulement trouvent des correspondantes dans le graphisme de 1895 et que sur ces six lettres deux seulement présentent une certaine analogie les rattachant à un même type scriptural, les lettres C et J, les autres dérivant d'une calligTaphie complètement différente.
2^ Que cinq majuscules de la pièce de question se trouvent dans le graphisme de 1893, mais sous des types absolument différents*,
3^ Que, dans le graphisme de 1890 enfin, cinq majuscules trouvent également leurs correspondantes, mais appartenant à des types calligraphiques aussi absolument différents.
En sorte qu'en résumé, en ce qui concerne l'analyse des lettres majuscules, deux lettres seulement, parmi celles des pièces de comparaison, sont susceptibles de présenter une certaine analogie avec celles de la pièce de question.
C'est pourquoi, les cinq autres appartenant à des idiotismes alphabétiques qui n'ont aucun rapport avec les premiers, le résultat de l'analyse est ici porté pour caractère d/fférentlel.
L'alphabet des lettres majuscules des pièces de comparaison est plus développé et diversifié que celui de la pièce de question.
I. — Celui du graphisme de 1890 comprend les lettres A, C, J, L, M, P, Q, T.
II. — Celui du graphisme de 1893 contient les lettres A, B, D, G, L, M, N, 0, P, S, V.
III. — Celui de 1895 comprend les lettres A, C, D, E, F, I, J, L, M, N, Q, R, S, V.
Soit en résumé un alphabet de huit lettres majuscules pour le graphisme de 1890, de onze majuscules pour celui de 1893 et de quotorze majuscules pour celui de 1895.
Il a déjà été question des analogies qui peuvent être relevées entre elles et celles de la pièce de question, il est donc inutile d'y revenir-, mais, en ce qui concerne leurs majuscules qui ne trouvent pas de correspondantes dans celles de la pièce de question, on peut faire la remarque qu'aucune d'elles ne jure avec l'écriture, comme il arrive pour les lettres en quelque sorte moulées ou calligraphiques de la pièce de question, et qui détonnent étrangement dans le contexte ; que toutes les pièces de comparaison contiennent en plus ou
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moins grand nombre des lettres de forme typographique, et, enfin, qu'alors que dans toutes les pièces de comparaison, l'écrivain quel qu'il soit substitue parfois des lettres majuscules à des lettres minuscules, récrivain de la pièce de question substitue au contraire des minuscules aux lettres majuscules alors que ces dernières devraient être employées -, remarque qui, s'ajoutant à celles qui précèdent ressortant de l'analyse des éléments graphiques dont il est question, révèle une différence caractérologique importante qu'il y a lieu — et ce, d'autant plus que des formes majuscules nombreuses des pièces de comparaison ne se retrouvent pas dans la pièce de question — de retenir de nouveau également à titre spécial de. . . . caractère différentiel.
Paragraphe "deuxième. — Analyse des minuscules.
L'alphabet des lettres minuscules, employé dans la confection des pièces de question et de comparaison, comprend vingt-quatre caractères alphabétiques pour la pièce de question et deux des pièces de comparaison, et vingt-cinq pour la troisième, celle qui contient le graphisme de 1893. Le dépouillement analytique de toutes les formes scripturales minuscules et môme de quelques autres éléments graphiques a été établi en double colonne dans le tableau synoptique qui est et demeure joint et annexé au présent rapport : il est donc inutile d'en faire plus ample mention ici, comme aussi de renouveler les remarques et annotations dont est assortie chacune des formes scripturales reproduites.
Ces formes scripturales ont toutes été ramenées à des idiotismes alphabétiques qui parfois se confondent avec les idiotismes scripturaux qui ont été l'objet des énumérations, analyses et remarques consignées au cours de la troisième opération du présent rapport; mais il y a lieu de remarquer que les idiotismes alphabétiques qui s'appliquent à la manière spéciale dont un caractère est conçu et fabriqué par un écrivain ont une importance bien moins grande que les idiotismes scripturaux purs qui traduisent immédiatement l'activité musculaire inconsciente deTécrivain; et que tous, sans exception, révèlent une spontanéité originale qu'il est impossible à un faussaire ou a un copiste de s'assimiler.
Les analogies d'une part, et les hétérogénéités d'autre part, qu'il est possible d'établir d'une façon plus ou moins nette entre les minuscules de la pièce de question et celles des pièces de comparaison, se répartissent, en ce qui concerne les analogies, sur les lettres
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« a, e, [, o^ u, y », c'est-à-dire sur cinq voyelles, celles qu'on pourrait qualifier d'amorphes à quelques exceptions près, qui comportent le plus de similitudes chez tous les écrivains et dans toutes les écritures, et qu'il est le plus facile de copier et d'imiter.
Les hétérogénéités au contraire se répartissent presque exclusivement lorsqu'elles sont nettes et bien frappantes, sur les lettres consonnes qui sont aussi les lettres les plus typiques et les plus mouvementées, qui trahissent le mieux l'orig-inalité de l'écrivain et qui, moins commodes à copier et à imiter, constituent chez tous les écrivains et dans toutes les écritures des bases nombreuses et solides de caractères différentiels.
On obtient donc, en résumé, cinq analogies plus ou moins sensibles, relativement aux lettres minuscules, contre dix-neuf hétérogénéités nettes et précises et même vingt, si l'on fait entrer dans la proportion les chiffres et autres signes graphiques portés en fin du tableau et dont les analogies ne se retrouvent pas dans la pièce de question.
Sans en tirer aucune déduction, il n'est pas inutile de remarquer que, entre deux écritures quelconques de quelques écrivains qu'elles émanent, il est toujours facile de trouver cinq analogies, sinon plus, même sans sortir de l'analyse des lettres minuscules.
C'est pourquoi les résultats de l'analyse des lettres minuscules
seront retenu^: \n à un point do vne synthétique à titre de
caractère différentiel.
Paragraphe troisième. — Commentaire,
La constatation de l'état des pièces de comparaison et les dépouillements et recolements qui ont été portés tant au tableau des lettres majuscules ci-dessus dressé qu'à celui des lettres minuscules annexé au présent rapport, rendent inutiles toutes observations sur leurs graphismes spéciaux qui résultent suffisamment des rapprochements déjà faits et d'où il appert notamment que le même écrivain se retrouve toujours identique à lui-même dans toutes les pièces, abstraction faite de la physionomie plus ou moins nerveuse, dérivant de l'impression du moment.
Les graphismes contenus dans les documents datés de 1890 et 1893 ont peut-être cependant une importance spéciale qui résulte de cette considération que si, comme les annales des expertises en écriture en ont conservé la mémoire dans un ou deux cas, les pièces de question ou de comparaison étaient de la même main, et que Fécri-
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ture normale de l'écrivain des pièces de comparaison eût été modifiée et contrefaite par leur écrivain, soit dans la pièce de question, soit même dans le document du 21 janvier 1895, il serait inadmissible qu'une pareille falsification se fût produite également dans les documents de 1890 et 1893, en sorte que ces derniers documents qui ne diffèrent d'ailleurs pas sensiblement dans leur graphisme de celui de 1895 contiennent dans tous les cas des éléments de comparaison sérieux et normaux de l'écriture naturelle de l'écrivain auquel on attribue le graphisme de la pièce de question.
Si donc on estime que ces deux écritures contiennent dans une plus forte proportion les éléments graphiques diosyncrasiques de l'écrivain hypothétique de toutes les pièces versées à l'expertise et au sujet de la conformité ou de la non conformité desquelles avec l'original non produit, il est utile de faire les réserves les plus étendues, on peut comparer spécialement les éléments graphiques de la pièce de question avec ceux des documents de 1890 et 1893, et il suffira d'un simple coup d'œil pour s'assurer que les analogies sont encore moins nombreuses que dans la comparaison faite spécialement avec la lettre du 21 janvier 1895.
Dans cette pièce, d'ailleurs, un seul élément graphique, malgré des différenciations que pourraient peut-être mettre en relief des mensurations strictement mathématiques, peut prêter a discussion, c'est la lettre C^ la lettre M, par son moulage calhgraphique extraordinaire et sa liaison, ne pouvant être comparée à aucune autre de même nature, et il n'en existe pas au surplus du même type pouvant servir de point de repère.
Or, sur cent écritures prises au hasard, il y en a toujours un certain nombre relativement très élevé qui présentent communément deux ou trois formes graphiques analogues quoique émanant d'écrivains différents-, il serait donc illogique absolument d'établir la conjecture d'un seul écrivain pour toutes les pièces de question et de comparaison, sur cette base unique d'analogie, alors même qu'elle serait renforcée de quelques autres similitudes générales et de détail; de la, la nécessité de pousser plus avant encore le développement de la présente expertise (1).
^ (1) A la suite de cette sixième opération, M. G. Bridier avait intercalé deux silhouettes graphologiques démontrant que la personnalité de l'écrivain anonyme et celle du capitaine Dreyfus étaient absolument dissemblables. Ces silhouettes seront publiées ultérieurement.
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