HENRI LAURENS, ÉDITEUR
G, nUE DE TOURNON, 0
http://archive.org/details/familledartisOOblan
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INTRODUCTION
Charles Blanc n^a plus besoin d'éloge. Sa mnrt, déjà lointaine, ne Va "point dépossédé de l autorité quHl s'était acquise dans le vaste domaine où se sont déployées son initiative., son érudition et sa critique. Il reste l'historien des peiyitres de toutes les écoles. Certes, la tâche que s'était tracée Charles Blanc ne laissait pas d'être considéi^able. Elle dépassait en apparence les forces d'un seul. Aussi le vaillant écrivain dut-il s'assurer le concours de collaborateurs. Mais le ?iom de Charles Blanc demeure gravé, à l'exclusion de tout autre, au frontispice de ce livre sans rival, attrayant au premier chef et, sous sa forme aisée, sérieux sans sécheresse, toujours instructif.
Sans doute les peintres et leurs ouvrages ont de longue date séduit l'homme du livre. Nous comptons en France de nombreux critiques qui se sont o?ie)ités vers les maîti'es en renom. Mais ceuxci s'étaient bornés à l'étude d'une seule mémoire. Leurs monographies, souvent excellentes, ne pouvaient aider que dans une mesure restreinte à l'éducation générale. En raison même de l'importance donnée à l'histoire dun maître, le lecteur, longtemps retenu devant
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un même personnage^ se sent porté à ne voir que lui. Qu il s^ agisse de Poussin ou de Van Dyck^ si ces peintres nous sont présentés isolément^ nous nous attachons à leur manière, nous nous pénétrons de leur génie et, sans y prendre garde, nous leur donnons toute préséance. Le mérite est cependant chose relative. Biais où chercher la l'elation, avec qui pourrions-nous comparer le maître solitaire dont 710US entretient un narrateur disert et bien informé ?
L'Histoire des Peintres de toutes les Écoles devait porter remède à l'inconsciente et dangereuse partialité du lecteur. A ïaide de ce livre hardi, sans subterfuges, sans lacunes, le goût public s'est développé. Sous la direction toujours sage et cependant très affinée de Charles Blanc, les esprits ont discerné la valeur des martres de premier ordre, des pjeintres de second plan, de ceux en foi qui marchent dans le .sillon d'autrui et qu'une vogue éphémère a parfois rendus célèbres. Tel est le bienfait inoubliable dont nous sommes redevables à Charles Blanc.
Dirai-je un mot de la haute valeur littéraire de l'éci'ivain ? Trop souvent l'érudit, rhistorien se désintéressent de la forme que doit revêtir le récit. Le style de Charles Blanc est d'un lettré de race qui toujours se surveille. Vous entendrez dire que le créateur de la critique d'art dans notre pays, c'est Diderot. On va répétant que Théophile Gautier est inimitable , que Saint-Victor donne l'illusion de la couleur lorsqu'il tioii laplume. Observons que ces trois hommes, de réel talent, nont pas fait de livres et ne pouvaie?it en faire Ils nont laissé que des pages. Plusieurs sont exquises, fnais l'esprit débordant de Diderot, le goût de Théophile Gautier qui se condense dans un style à facettes, la phrase élincelante de Samt- Victor restent incompatibles avec un ouvrage de longue haleine. Charles Blanc,
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plus simple, plus sobre, usant du vocabulaire en honneur au xvif siècle, a su tracer des pages toujours claires, d'une tenue, d'une dignité classiques.
Ses œuvres n'ont rien à redouter du temps. Exemptes de passion, ses critiques restent des modèles.
L'heure semble opportune pour remettre en lumière la vie de trois peintres français que Charles Blanc a jadis écrite avec amour. On sent que ces maîtres lui ont été particulièrement sympathiques. A cela 7'ien de surprenant. Les trois Ver net n' ont-ils pas été choyée, acclamés pendant un siècle et demi? Joseph, Carie, Horace, l'a/eul, le père et le fils, le peintre de marines, le caricaturiste, le peintre de batailles ont joui d'une gloire européenne . Le plus grand, c'est l'aïeul. Ses drames de la mer sont pour la plupart des pages de haut style. Le plus fin, c'est Carie, l'ho>nme des Merveilleuses et des Incroyables, dont les dessins et les lithographies ont pour nous la valeur de documents pris sur le vif. N' omettons pas de dire que ce même Carie fut un peintre de chevaux personnel et dune r-ire adresse. Le plus populaire, c'est Horace, le peintre fertile entre tous qui a signé un si grand nombre de toiles ou le drapeau français est à l'honneur. L'œuvre immense d' Horace ne peut échapper à la critique, mais si l'émotion qui distingue les toiles de Joseph échappe au peintre delà Smalah, la vivacité, le mouvement, l'anecdote heureuse, /'humour, un talent de facture surprenant se révèlent dans les compositions prestement enlevées du dernier des Verne t.
Nous avons sous les yeux toute une liasse de lettres autographes des trois Vernet. Il nous serait agréable de puiser dans ces pages inédites plus dun trait ignoré de la vie de ces charmants artistes.
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L'espace dont nous disposons ne nous le permet pas. Tout au moins nom signalerons à M. Gérôme, membre de l'Institut, la lettre que lui adressa, le IS octobre 1860, Horace Vernet pour le presser de poser sa candidature à l'Académie des Beaux-Arts, où le fauteuil d' Hersent était vacant. « Vous connaissez , je r espère, écrivait Vernet, la haute opinion que f ai de votre mérite, et je ne sais personne qui ait plus de droits que vous aux sucrages de l'Institut. » Le peintre Gérôme n'a pas perdu le souvenir de cette invitation flatteuse; aussi, lorsqu'il s'est agi de faire une exposition rétrospective de l'œuvre des Vernet, est-ce lui qui a pris l'initiative de cette opportune manifestation. Il savait, du reste, qw- /' opinion publique applaudirait à son effort. En dépit des oariatio7is du goût, les Vernet ne cesseront pas de plaire aux Français.
Henry JOUIN