De Belforte et de Gomessaggio, Pajol, I
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marquis de Fimarcon eut l'épaule traversée d'un coup de feu. Après cette action, le régiment se reforma dans Parme et en sortit en juillet pour rejoindre l'armée campée derrière la Secchia ; il couvrait avec Dauphin la cassine du maréchal de Broglie * à Gardella le 15 septembre, lorsque les ennemis, passant la rivière à l'improviste, tombèrent sur cette brigade et celle d'Orléans ; surpris dans leur sommeil, les soldats à peine vêtus allèrent aux armes, sauvèrent leurs drapeaux et durent battre en retraite dans la direction de Guastalla, abandonnant les équipages, leurs tentes, leurs havre-sacs et même une partie de leurs uniformes, en sorte qu'ils souffrirent beaucoup jusqu'à la bataille de Guastalla livrée le 19 septembre. Pendant cette action, Bourbon et Soissonnais, en brigade, avaient pris position à la droite du Pô et essuyèrent pendant plus de douze heures le feu meurtrier des ennemis ; le régiment y fut très-éprouvé : neuf capitaines et nombre de lieutenants furent tués ; le lieutenant du Teil y eut la cuisse cassée et ne se remit jamais de cette blessure; en récompense de ses services, il avait été nommé lieutenant en premier le i®' novembre : ce poste lui fut conservé pendant près de six ans; sa mauvaise santé ne lui permit jamais de l'occuper et l'y fît remplacer le H mars 1740; mais il servit encore pendant de longues années comme oflîcier d'Invalides.
Cette campagne avait coûté huit cents hommes à Bourbon qui fut envoyé à Modène pour se reconsti-
1. François-Marie, duc de Broglie, 1671 f 1745, maréchal de France 1734.
LE REGIMENT DE BOURBON
tuer ; mais on l'en fît sortir en octobre pour le siège de Mirandole levé le 12 ; de là, il se rendit à Crémone qu'il dut quitter le 8 décembre : sa marche rapide sur Guastalla déconcerta les ennemis, mais fatigua beaucoup le régiment à cause de la mauvaise saison; il ne put prendre ses quartiers qu'à la fin de l'année à Plaisance, occupa pendant quelque temps certains villages sous Milan, revint à Plaisance en mars et se trouvait à Reggio au moment de l'ouverture de la campagne de 1735. Le 23 février, Antoine du Teil avait été nommé capitaine de grenadiers en place de M. de Crotta, tué à Guastalla.
Après l'affaire des retranchements de Révéré, le régiment hiverne dans le Milanais et rentre en France en septembre 1736 pour occuper les garnisons d'Alais et d'Uzès en Languedoc. En mai 1737, il part pour Landau qu'il abandonne en mai 1738 pour se rendre à Béziers, puis à Perpignan.
Il servit en Languedoc de 1741 à 1743, au commencement de la guerre, reçut ensuite l'ordre de se rendre à Nancy et de là à Haguenau qu'il quitta le 18 avril pour joindre le 14 juin à Donawert le corps du comte de Ségur^, chargé de l'arrière-garde.
Cet oflîcier général favorisa la retraite de notre armée, passa le Rhin à Spire en juillet et campa sous Lauterbourg ; le régiment acheva en Alsace cette campagne qui fut la dernière d'Antoine du Teil : sa brigade fut de tous les mouvements exécutés pour empêcher l'ennemi de passer le Rhin et, à la dislocation,
1. Henri-François, comte de Ségur, 1689 f 1751, lieutenant i^énéral 1738.
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elle se rendit à Beaune : c'est là que du Teil fut remplacé le 2 janvier 1744 ; il avait dû recevoir la croix de Saint-Louis en 1727 et comptait trente-sept ans de services et quatorze campag^nes.
On s'étonnera peut-être en voyant des officiers distingués prendre leur retraite, après d'aussi longs services, comme simples capitaines de grenadiers et chevaliers de Saint-Louis ; mais il en était généralement ainsi, car les grades supérieurs étaient difficilement accessibles pour les gentilshommes de province, sans fortune et sans autre recommandation ,que leurs mérites personnels ; en 1733, Joseph du Teil quitta l'armée sans doute parce qu'à ce moment le capitaine de Saporta, son aîné, était tout désigné pour parvenir à la majorité qu'il obtint d'ailleurs l'année suivante, après la bataille de Parme ; son frère cadet, Antoine, se vit préférer pour ce grade, en 1742, le capitaine de Villeneuve-Maurens , moins ancien que lui, mais qui avait l'avantage d'avoir été blessé à la Secchia ; aussi se retira-t-il Tannée suivante.
La considération que leur valait leur ruban couleur de feu de Saint- Louis, les avantages pécuniaires que leur procurait leur pension mettaient ces vieux officiers dans une situation à la fois aisée et honorable et leur permettaient parfois, lorsqu'ils n'étaient pas célibataires endurcis comme nos deux capitaines, de faire un bon mariage ; il en fut ainsi jusqu'à la Révolution. Les familles elles-mêmes intervenaient pour rappeler dans leurs foyers ceux de leurs membres que leur carrière militaire en avait longtemps éloignés et dont l'avenir se trouvait assuré par leurs beaux ser-
LE RÉGIMENT DE BOURBON
vices. En 1785, le comte d'Yversay *, depuis député de la noblesse du Poitou aux Etats Généraux de 1789, écrivant à son frère cadet, Joseph de Jouslard ^, officier dans Navarre depuis trente-huit ans, pour lui annoncer la mort de leur tante , M'"® de Blacvod 3^ dont ils étaient les héritiers, lui disait : «... Je voudrais bien, mon cher ami, que cecy qui va te donner plus d'aisance pût t'engager décidément à quitter un métier où tu ne peux plus avoir que des désagréments en passant successivement sous les ordres de jeunes gens qu'à tous égards tu devrais commander ; c'est en vain qu'on te leûre d'espérances ! Ne vois-tu pas d'après l'ordonnance que tant que tu ne seras pas le premier capitaine on ne peut rien faire pour ton avancement? Et, quand tu le serais et que tu obtiendrais une lieutenance- colonelle, à quoi cela te conduiraitil à présent, si ce n'est d'entrer dans un corps où tu aurais bien des peinnes et de l'ennuy et où tu ne connoistrais personne? Je conclus donc de là, cher frère, que ceux qui s'intéressent véritablement à toy, la meilleur preuve qu'ils puissent t'en donner, c'est de te faire obtennir le plus tost possible une très-bonne retraite;... d'ailleurs, dans l'état même actuel, tes enfants, sans estre riches, sont déjà sûrs d'une for-