LA VILLE D AUXONNE
que M. le prince de Monbarey * a écrite à Mgr le prince de Condé, sur la demande du commandement de la ville d'Auxonne que font M""* les OfTiciers du corps Royal-Artillerie qui y sont établis. S. A. S. n'a pas voulu répondre au ministre sans faire part de cette demande à M. le comte de Bissy -, gouverneur d'Auxonne, et je joins ici une copie de sa réponse. Avant de répondre au ministre sur cette affaire, S. A. S. a voulu vous en donner connaissance pour savoir votre sentiment 3. Elle est persuadée que si ce commandement est donné à M" les Ofîiciers d'artillerie, il y aura des réclamations et des représentations, de la part des officiers municipaux ; c'est pourquoi je crois nécessaire que vous en écriviez au maire, pour savoir ce qu'il y a à objecter à la demande en question. Je suis persuadé que vous voudrez bien ne pas perdre de temps à donner à S. A. S. les éclaircissemens qu'elle désire pour être en état de décider sur la réponse qu'elle fera à M. le prince de Monbarey * »
i. Alexandre- Marie -Léonor de Saint-Mauris, prince de Montbarey, 1732ti796, lieutenant général 1780, ministre de la guerre 1777-1780.
2. Claude de Thiard, comte de Bissy, né en 1721, lieutenant général 1762, gouverneur d'Auxonne dès le 25 août 1753.
3. Il avait sous lui le comte de la Touraille, commandant du château, et M. de La Martinière, major.
4. La seconde lettre qui suit (ibid. fol. 91 ) prouve que l'affaire avait paru épineuse à M. Descharolles, auquel Ton répondait :
« A Paris, 18 octobre 1778.
« Je n*ai reçu, Monsieur, qu'aujourd'hui, à dix heures du matin, la lettre que je devais recevoir hier, au sujet du commandement de la ville d'Auxonne. Je ne prendrai pas sur moi,
L'affaire du commandement pour le roi à Auxonne resta en suspens; aussi, à peine arrivé dans la ville, du Teil se trouva-t-il aux prises avec le corps municipal sur la question de savoir à qui devait revenir, le 25 août 1779, l'honneur de tirer le premier coup à l'assemblée annuelle du « noble et hardi jeu de l'arquebuse », dont les statuts remontaient au 15 juillet 1 620 ; le nouveau commandant n'ayant pas encore fait registrer sa commission au bailliage d'Auxonne, les officiers municipaux prétendaient ne pouvoir le reconnaître. En réalité, ils voulaient prendre le pas sur lui, disant que seuls les gouverneurs de place ou commandants revêtus de provisions du roi avaient le droit, dans une cérémonie publique, de précéder le corps municipal, et ne consentaient pas à assimiler à ces officiers le commandant d'une école royale d'artillerie.
Le conflit s'éleva en réalité entre la municipalité et la Compagnie de l'Arquebuse qui, présidée par Joseph Lagrange, négociant, son capitaine, prit fait et cause pour l'élément militaire et refusa de promettre la première place au député du magistrat.
Monsieur, de vous engager d'écrire à M. Mol, quoique je croye être bien certain que Monseigneur le Prince de Condé m'a dit, quand il m'a chargé de vous donner connoissance de cette affaire, qu'il fallait la communiquer au maire, et c'est pourquoi je vous disais, dans ma lettre du 11, que je croyois nécessaire que vous lui écrivissiez. S. A. S. est à Versailles, à demeure, j'y ai été avant-hier, mais je ne puis y faire que des courses, parce que j'ai bien plus d'affaires icy. Je vais écrire à S. A. S. pour lui demander ses ordres, et je pourrai vous les faire passer par la poste de lundi prochain »
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Aussi, le 24, la chambre municipale fit-elle savoir qu'elle ne serait pas représentée à l'exercice. On dut en conséquence en ajourner la tenue, car la présence d'un délégué du maire était indispensable pour constater le nom du chevalier qui, en abattant l'oiseau, devait jouir l'année suivante des privilèges spéciaux réservés au nouveau roi. La Compagnie de l'Arquebuse présenta ses excuses à du Teil, qui avait été déjà invité, et lui fit savoir que l'exercice était suspendu jusqu'à décision de S. A. S. le prince de Condé auquel une pétition fut adressée, dès le 25 août. Le 5 septembre, Louis-Joseph de Bourbon écrivait aux chevaliers de l'Arquebuse pour approuver leur conduite et blâmer celle du corps municipal; il les priait de vouloir bien choisir un nouveau jour pour le tir de l'oiseau de privilège, en se conformant aux usages, et les chargeait de l'informer de la bonne exécution des ordres qu'il donna simultanément aux officiers municipaux ; cette lettre fut expédiée le lendemain de Paris à la Compagnie par Roullin, secrétaire : « Lorsque le jour aura été ûxé^ vous ferez, disait-il, votre députation ordinaire à M. le baron du
Teil, qui doit tirer le premier coup d'honneur »
Mais, lorsque les chevaliers se présentèrent à l'hôtel du commandant, du Teil était à Besançon où il avait à régler des affaires urgentes ; dès qu'il fut informé de l'invitation, il partit sur le champ pour Auxonne, où il fut le 14 septembre, afin de « remercier luymème les chevaliers de leurs honnêtetés et conférer avec eux sur l'expédition de l'oiseau. » Le commissaire des guerres Legrand, en personne, annonça
LA VILLE d'aLXONNE
larrivée prochaine du colonel à la Compagnie, ajoutant : « Je vous félicite de tout mon cœur du gain de la bataille avec les officiers municipaux. Elle me fait assurément le plus grand plaisir à plusieurs égards, ne fût-ce que par le relief militaire que donne à votre compagnie un commandant au corps royal et que
vous ne trouveriez pas dans le maire ^ >>
Un procès pendant entre la chambre municipale et Jean-Baptiste Germain, adjudicataire de l'entretien des lits et ameublements des casernes en 1779, d'une part, et Jean Moreau, ancien adjudicataire, d'autre part, venait encore aggraver cette situation, la municipalité ne consentant jamais à donner aucune satisfaction aux demandes présentées par l'autorité militaire au sujet des fournitures de couchage. Dès le mois d'août 1779, quatre cents couvertures manquaient pour la troupe ; un an plus tard, du Teil '^ se trouvait dans la nécessité d'exposer au prince de M ontbarey que « les couvertures fournies aux soldats de ce corps étoient tellement usées qu'ils avoient éprouvé, pendant l'hiver dernier, toute la rigueur du froid, que les draps, les matelats, les bois de lits et autres ustensiles étoient dans le plus mauvais état, n'ayant pu parvenir à faire remonter ce service, vu la désunion qui règne entre les officiers municipaux... » A l'occasion d'une visite du commissaire ordonnateur des guerres, en novembre 1782, M. Le Grand,