‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 152 sur 284 · II · texte numérisé non relu

II

'3. Masson, II, 209 ; lung, II, 88 et 79.

du génie militaire de Bonaparte conçus depuis longtemps par le baron du Teil * .

Le nouvel inspecteur général avait eu la bonne chance de pouvoir attacher à sa personne, comme aidesde-camp, deux de ses fils qui servaient dans l'artillerie, Claude ^, qui avait sa commission de capitaine depuis le 21 janvier 1787, et Césaire, promu lieutenant en second au régiment de La Fère, le 26 septembre 1789; Michel, son second fils, comptait comme capitaine en second dans Saintonge depuis le 11 mai 1789; Augustin, le troisième, était mort à Bayeux, le 18 février 1789, lieutenant en second au régiment de Lorraine; enfin Alexandre, le cinquième, était lieutenant à la suite du corps royal d'artillerie. Dans les moments de loisir que lui laissaient ses tournées d'inspection, le maréchal de camp pouvait aller se reposer au milieu de ses enfants dans sa terre de Pommier ^ où s'était fixée sa belle-fille, née de Berbis,

\. <( En 1788 il y distingua (à Auxonne) Napoléon, alors lieutenant d'artillerie, et pressentit ses talents militaires. »

2. Il venait, en attendant une place vacante dans ce grade au régiment de La Fère, de prendre dans ce corps le premier rang de lieutenant en premier.

3. Par des acquisitions successives cette terre était devenue relativement considérable et rapportait plus de douze mille livres ; elle comprenait de nombreux prés et cent vingt-deux fosserées de vignes, les domaines des Arcquettes, de la Sicardière, de La Blessera, l'étang Gaston, l'étang et les serves de Grandbois, l'étang du Fay, de moitié avec le marquis d'Ornacieux ; tous ces biens, situés à Pommier et à Faramans, provenaient de nobles François et Claude de Ghambaran ; quelques parcelles avaient été acquises sur noble Claude de Chapuis; plus récemment les du Teil avaient acheté des Fassion l'importante terre de Chars en la commune de Pisieux.

mn»

T"-iit'jfi-*^'r'»^î*"*'3y:^:î

UNE FAMILLE MILITAIBE

qui lui avait déjà donné trois petits-fils * ; elle avait retrouvé là ses deux belles-sœurs, Eulalie et Clotilde du Teil, élevées comme elle dans la maison des Ursulines de Dijon -. Ces dernières s'occupaient ellesmêmes de l'éducation de leur plus jeune sœur, Alexandrine : « Je suis bien content, ma chère petite, de ton écriture, lui écrivait son père, tes lettres sont nettes, bien liées... il faut bien caresser tes sœurs pour qu'elles t'apprennent bien tes leçons... »

Tout contribuait à faire de Pommier un séjour

1. L'aîné, Pierre-Parfait, né 1786, mourut jeune; Joseph- Henri-Louis, le second, né en 1788, fut tué à Leipsick en 1813, étant lieutenant de dragons et chevalier de la Légion d'honneur; Hugues, baron du Teil, le troisième, naquit en 1790 et se maria à Valence, le 24 décembre 1823, à Antoinette- Charlotte-Eugénie Desjaques de Renneville, fille d'un ancien capitaine du régiment d'Aquitaine, infanterie, chevalier de Saint-Louis: de ce mariage sont venus Jules-Henri, ancien capitaine de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, en qui s'éteignit la descendance masculine de la branche aînée, Anne et Marie du Teil.

2. Le baron du Teil s'occupait beaucoup de l'éducation de ses filles comme l'indique la lettre que voici, écrite par la supérieure du couvent Saint-François : « Je me bornerez au plan que vous m'avez tracé en cultivant les talens que vous désirez d'elles ; j'ai conçu un préjugé favorable d'elles et suis assurée de trouver en elles tous les ressorts nécessaires pour seconder mon zèle ; je les attends avec autant d'empressement que j'aurai de satisfaction à les recevoir. Mesdemoiselles des Mailly se font un plaisir de penser qu'elles touchent au moment de les posséder et de former avec elles les liens de l'amitié. » — La fille aînée de du Teil, Jeanne, née en 1762, mourut prématurément, ce qui empêcha de donner suite à un projet de présentation à Saint-Cyr formé en 1769 : les documents réunis dans ce but et portant le cachet du cabinet de d'Hozier sont conservés dans les archives de la famille.

JS^

GRENOBLE ET VALENCE

agréable et, si Tavenir n'avait pas été aussi sombre, le général du Teil se serait trouvé à cette époque parfaitement heureux : la collection d'armes qu'il avait réunie dans son château, bien appauvrie par le pillage de 1789 et la générosité de son propriétaire en 1790, renfermait encore des pièces intéressantes, et la bibliothèque militaire * qu'il avait rassemblée pendant sa longue carrière permettait au vieux soldat de compléter l'éducation spéciale de ses fils lorsqu'ils séjournaient auprès de lui.

Dans la seconde quinzaine d'août, Bonaparte, devant jouir d'un semestre d'hiver, demanda à son colonel l'autorisation de partir avant l'équinoxe, attendu qu'il devait passer en Corse 2, et essuya un refus. Pour obtenir cette faveur il se rendit alors à Pommier, chez son inspecteur qu'il surprit un soir à dix heures. Il resta quatre jours au château, travaillant constammant avec le général, causant avec lui d'art militaire ou étudiant des cartes disposées sur de grandes tables 3. Est-ce à cette époque qu'il soumit à son chef le plan d'une vaste route quî devait conduire de France en Italie en traversant la plaine de la Valloire,

1 . Il la léguait à son fils Césaire, suivant son dernier testament reçu à Lyon par Durand, notaire, le 27 mai 1789.

2. Mémoire du comité de l'artillerie du 21 juin 1792, en faveur de Bonapartej Masson, H, 399.

3. Ces détails sont tirés d'une lettre écrite à Metz, le 17 novembre 1863, par M. Albert Lanty, depuis général de division et gouverneur de Toul, à la suite d'une longue conversation qu'il avait eue à ce sujet avec M"»» de Patris, née Alexandrine du Teil : le général Lanty est par sa mère, Eulalie du Teil, petit-neveu de M"*» de Patris.

dominée par la colline de Pommier * ? En tout cas les bruits de guerre qui couraient en France et la concentration des forces militaires de la Savoie donnaient alors à ce tracé un intérêt tout particulier. Quels qu'aient été les moyens employés par^ Bonaparte pour séduire le baron du Teil, il obtint assurément gain de cause et quitta Pommier emportant l'autorisation de partir dès le commencement de septembre ^ : « C'est un homme de grands moyens, disait l'inspecteur général en le voyant s'éloigner, il fera parler de lui ... ^)) IMais à peine Bonaparte avait-il quitté Valence avec cette permission verbale que le ministre du Portail ^ adressait, en date du 8 septembre, à tous les commandants de corps, une circulaire pour leur prescrire de suspendre le tirage des semestres et leur enjoindre de compléter le plus promptement possible, sur le pied de guerre, les troupes à leurs ordres^. Aussi, lorsqu'il arriva en Corse, Napoléon n'avait-il aucun titre régulier de permission : prévenu de sa situation,

i. Détails dus à l'obligeance de M. Berthin, de Beaurepaire (Isère) ; ce plan aurait été retrouvé en 1813 dans le château par M. Joseph Monnet et confié en 1840 à un employé des ponts et chaussées dont on n'a pu retrouver la trace.

2. Mémoire du comité de Tartillerie. — En effet, Bonaparte, qui avait déjà demandé 90 livres au trésorier du régiment, le 26 août, se fit donner. Je 29, pour acquit du 1" octobre, 106 livres 3 sols 2 deniers : c'était sa bourse de voyage.

Page 1