‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 158 sur 284 · États des services de Jean-Pierre du Teil de Beaumont · texte numérisé non relu

États des services de Jean-Pierre du Teil de Beaumont

eu déjà sous ses ordres, l'année précédente, à Grenoble ; il se mit donc en demeure de se rendre à son poste, fit ses équipages et retint un logement à Strasbourg; mais, au moment de partir, une indisposition assez grave, suite de la chute qu'il avait faite à Pommier et dont il ne s'était jamais complètement rétabli, l'empêcha de mettre son projet à exécution ; il en informa aussitôt le maréchal de camp de Manson ^ , du comité central du ministère de la guerre -.

Nous touchons ici à une période douloureuse de notre histoire nationale et à un moment critique pour notre aristocratie militaire : l'émigration qui décimait nos armées allait diviser la famille du Teil. Aux souffrances physiques dont se plaignait le baron du Teil venaient encore se joindre des inquiétudes morales. On connaît le respect qu'il professait pour le prince de Gondé : ce général, organisant alors sur la frontière un corps de troupe auquel il devait donner son nom, tenta de vives démarches pour s'attacher un ancien officier auquel il avait toujours témoigné beaucoup d'estime; une vieille amitié unissait le lieutenant général à son cousin germain le commandeur de Bufîévent, maréchal de camp 3; celui-ci, sous-gou-

1. Jacques-Charles de Manson, services de 1741, maréchal de camp 9 mars 1788.

2. Mémoire rédigé au bureau de Tartillerie sur le lieutenant général du Teil et considéré depuis comme non avenu ; il porte les signatures de Vauchelle, Manson, d'Arçon et d'Abancourt.

3. Cet officier général était très-attaché au comte d'Artois ; le 14 avril 1787 il avait eu l'honneur de tenir, avec le marquis de Sérent, la sainte nappe quand le duc d'Angoulême fit, en réglise Notre-Dame à Versailles, sa première communion;

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l'armée du RHIN

verneur des ducs d'Angoulême et de Berry, avait quitté la France avec le comte d'Artois dès le mois de juillet 1789; enfin les trois fils de du Teil, qui servaient dans l'artillerie, suivant l'exemple d'un grand nombre de jeunes et brillants officiers, leurs contemporains, avaient émigré dès le commencement de 1792; les deux plus jeunes, Gésaire et Alexandre, s'étaient enrôlés dans l'armée des princes comme simples volontaires, sacrifiant sans regrets leurs épaulettes d'officiers; Glaude, l'aîné, ancien aide -de-camp de son père, remplissait les mêmes fonctions auprès du commandeur de Bufîévent. Le second fils du baron du Teil, Michel, capitaine au régiment de Saintonge ^ depuis le 11 mai 1789, restait donc seul en France au moment de l'ouverture de la campagne ; son régiment venait précisément de quitter Belfort pour aller prendre ses cantonnements à Landau et Lauterbourg, lorsque, le 7 avril, il fut désigné pour remplir auprès du général les fonctions d'aide-de-

des relations affectueuses se continuèrent entre l'ancien sousgouverneur et l'aîné de ses élèves qui, sur le point d'épouser la fille de Louis XVI, lui écrivit de Mittau, le 22 février 1799 : « Vous pouvez facilement vous imaginer, mon cher commandeur, avec quelle impatience j'attends le mois de mai! J'espère que mon mariage aura lieu vers cette époque!... »

1. Le régiment de Saintonge s'était illustré en Amérique : il avait fait son entrée à Philadelphie le 15 août 1780, avait pris part en 1781 au siège de Yorktown et à la capitulation du général Cornwalis, s'était transporté aux Antilles en 1782 et était revenu à Brest en juillet 1783 ; du Teil avait été nommé nommé lieutenant en second le 14 avril 1780 et en premier le 29 novembre 1782; son régiment fut au camp de Metz en 1788 et sous les murs de Paris en 1789.

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camp; mais Tinactivité momentanée à laquelle le réduisit l'indisposition de son père lui laissa le temps de la réflexion : il donna sa démission, passa le Rhin et fut remplacé le 27 mai suivant. Du Teil eut sans doute imité ses fils, s'il n'avait été retenu en France par ses trois filles dont l'avenir le préoccupait vivement depuis le commencement de la Révolution et aussi par son âge, il avait soixante-dix ans : un vieillard craint toujours en quittant son pays de n'y jamais revenir. 11 finit par se résoudre au parti de ne pas s'éloigner, mais en renonçant à tout service actif.

Cependant l'armée du Rhin s'organisait lentement sous la direction de Luckner et du maréchal de camp de Broglie', chef de TÉtat-major; l'on manquait d'officiers généraux et l'on n'avait que quatorze mille hommes : il en eût fallu cinquante mille pour couvrir la frontière -. Tous les jours des ofïiciers émigraient, des relations journalières existaient entre ceux qui avaient quitté la France et les <( nobles » de l'armée 3; des régiments entiers allaient passer le Rhin, d'abord Saxe le 11 mai, puts Royal-Allemand le 22 mai.

Dès le 26 avril le marquis de Grave 4, ministre de

1. Charles-Louis-Viclor de Broglie, i755 f 1794, maréchal de camp 1791, chef d'état-major général de larmée du Rhin 28 janvier 1792; condamné à mort le 26 juin 1794. Il avait été député aux États Généraux en 1789 et président de l'Assemblée nationale en 1791.

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