VI PRÉFACE
tion : c'est ce qui m'a déterminé à faire imprimer ce travail qui, en principe, n'était destiné qu aux miens. En écrivant ces lignes sincères, je n'ai pas obéi au désir de satisfaire un sentiment de vanité domestique : seul un devoir de piété filiale les a dictées.
C'est avec une profonde reconnaissance pour nos ascendants que j'ai reconnu au prix de quels persévérants efforts s'édifiait jadis ou se reconstituait la situation sociale d'une famille : le patrimoine de la mienne avait été si considérablement amoindri par les guerres de religion, que les honorables et incessants labeurs de tous ses membres, durant le siècle qui suivit, suffirent à peine pour le reconstituer. Après le rétablissement de leur fortune, mes parents s'attachèrent à donner à leur nom quelque éclat militaire : il leur fallut cent nouvelles années, pendant lesquelles ils portèrent constamment les armes, pour parvenir aux premiers grades de notre armée.
Enfin, lorsqu'ils eurent atteint le but glorieux si ardemment poursuivi, la révolution arriva qui pouvait tout compromettre et rejeter dans l'oubli les belHqueux services de ces nombreux officiers; mais auprès d'eux, comme on le verra, s'était
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formé le plus grand capitaine des temps modernes : à Sainte-Hélène, l'Empereur n'avait pas oublié du Teil, le vieux lieutenant général de l'armée royale qui avait été, trente ans plus tôt, l'un de ses meilleurs maîtres, et, réparant le crime des terroristes qui avaient fait fusiller ce brave soldat, il assurait à son nom une impérissable célébrité en l'inscrivant avec éloges dans son testament.
En analysant les services rendus par ces générations guerrières, on peut souvent entrevoir le développement des belles institutions militaires qui font tant d'honneur à notre pays, ainsi que les grands progrès réalisés par notre artillerie, puisque c'est dans ce corps d'élite que les miens sont entrés presque tous. C'est pendant les règnes de Louis XIV et de Louis XV qu'insensiblement le métier des armes est devenu une carrière, réellement ouverte à tous : si l'aristocratie y conservait une situation privilégiée, la bourgeoisie y avait accès et le peuple même en pouvait franchir le seuil. L'édit de novembre 1750 sur la création d'une noblesse militaire régularisa toutes les dispositions antérieures relatives à l'état social de l'officier en leur donnant une patriotique consécration.
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Afin d'éviter dans ce récit la concision des inscriptions funéraires ou la sécheresse d'états de services, les détails curieux ont été soulignés, les anecdotes ont été rapportées avec empressement, les faits divers de la vie militaire d'autrefois ont été soigneusement insérés : j'ai poursuivi, en un mot, la reconstitution des mémoires qu'auraient pu écrire mes prédécesseurs, s'ils y avaient songé. Pour me payer largement de mes peines, il suffira que quelques lecteurs, amis de tous ces vieux souvenirs, veuillent bien ne pas trouver ce travail trop indigeste et me pardonner le soin méticuleux avec lequel j'ai recueilli toutes ces miettes de notre histoire.