Voici cet arrêté (24 décembre
« Au nom du peuple français,
« Les représentants du Peuple envoyés par la Convention nationalle près l'armée dirigée contre Toulon.
« Déclarent que le citoyen Duteil cadet, général divisionnaire d'artillerie, a bien servi au siège de Toulon et a mérité Testime et l'attachement des vrais républicains et, vu que sa santé a besoin d'être soignée, l'autorisation de se rendre à Metz son pays natal pour y rester jusqu'à ce que le ministre lui donne une destination compatible avec sa santé, son âge et la brûlante envie qu'il a de servir la République.
« Fait au quartier général de Toulon le 4 nivos an 2 de la République une et indivisible.
« Saliceti, Ricord ».
Il est curieux de mettre cette pièce en regard du décret rendu le 2 nivôse, 22 décembre, en faveur de Napoléon :
a Les représentants du peuple présents au siège de Toulon, satisfaits du zèle et de l'intelligence dont le citoyen Bonaparte, chef de bataillon au deuxième régiment d'artillerie, a donné des preuves en contribuant à la reddition de cette ville rebelle, l'en ont récompensé en le nommant général de brigade... 9 lung, II, 395.
LNE FAMILLE MILITAIRE
qui puisse nous conserver un officier précieux dont les services distingués au siège de Toulon mérite la reconnoissance nationale, j'autorise ledit général et même l'engage à faire usage de cette permission jusqu'à ce que le conseil exécutif lui détermine un poste analogue à son état fâcheux et au désir qu'il a de mourir au service de la République.
« Déclare que ce général n'a cessé pendant le temps qu'il a demeuré à cette armée de donner des preuves de civisme, quil a parfaitement rempli ses fonctions, dans son commandement en chef d'artillerie, et quil a démontré dans toutes ses dispositions beaucoup d'intelligence et de talents militaires.
« Au quartier général du Fort de la Montagne le dixième ni vos (30 décembre), l'an deux de la République.
« Le général en chef : Dugommier * » .
Cette pièce est définitive et établit clairement que le général du Teil ne s'est condamné, sous Toulon, ni à la nullité, ni même à l'effacement dont on a parlé à propos de la façon dont il a joué son rôle de commandant en chef de l'artillerie de l'armée du siège. Si, du côté de l'attaque principale, on ne peut lui attribuer que l'idée de la construction delà batterie des Jacobins, il aeu l'honneur de faire établir sous ses ordres toutes les batteries de l'attaque de Malbousquet ; en effet, de ce côté, l'on n'avait exécuté avant le 29 brumaire que
4. * Pour copie conforme aux originaux restés au pouvoir du général Duteil; le commissaire ordonnateur : Aubernon ».
les travaux préliminaires de la batterie de la Convention, en faisant les premiers terrassements et en préparant les matériaux nécessaires *.
Certainement l'on ne voudra voir dans cette revendication aucune intention d'amoindrir la gloire que Bonaparte a acquise sur les bords de la Méditerranée : les services de guerre rendus par les membres d'une famille constituent pour elle un patrimoine d'honneur inestimable qu'elle a le devoir de conserver dans toute son intégrité. Le général du Teil fit d'ailleurs approuver sans réserves par le conseil toutes les batteries établies par son prédécesseur devenu son collaborateur : on a lu l'éloquent éloge qu'il lui décerna à ce dernier titre. Rabaisser le mérite militaire du général, contester la réalité du commandement exercé par lui, ce serait singulièrement diminuer la valeur du premier témoignage contemporain exceptionnel donné officiellement au génie naissant de Napoléon par un homme qui pouvait avoir intérêt à le dissimuler afin d'en confisquer à son profit, au moins dans une certaine mesure, les premières manifestations.
i. J'ai longtemps partagé moi-même l'opinion du duc de Bellune sur le rôle de du Teil sous Toulon ; c'est ainsi que dans un article sur Napoléon !<"" et le général Gassendi, publié dans les Annales des Basses- Alpes, t. V, p. 356, je disais : « Le général du Teil, cadet, qui arriva à OUioules le 16 novembre, pour diriger Tartillerie du siège, s'effaça, lui aussi, avec une rare abnégation, devant le futur empereur dont il connaissait les aptitudes remarquables ». Mais Texamen approfondi de toutes les pièces que j'ai consultées aux archives de la Guerre a entièrement modifié ma manière de voir.
Suivant Tavis qu'il en avait donné au ministre le 29 frimaire, du Teil écrivit le 2 nivôse, 2â' décembre, au capitaine Perrier, commandant l'arsenal à Marseille, pour faire cesser la confection et l'envoi de divers objets d'artillerie qui lui avaient été démandés pour le siège ^ . Dès le 28 frimaire il « a envoyé un officier de son corps pour visiter les pièces d'artillerie laissées dans les différentes redoutes par les ennemis, voir l'état des munitions et assurer le service en y prenant la note de tout ce qui est nécessaire- » ; l'état inventorié définitif, annoncé dans la lettre de du Teil, fut envoyé par Bonaparte à Dupin, adjoint au ministre, le 4 nivôse, 24 décembre : à cette date, le général songeait à rentrer dans ses foyers, ainsi que l'établit le certificat qui lui fut délivré par les représentants du peuple 3; d'ailleurs, l'armée allait être dissoute par arrêtés des 5 et 8 nivôse. Quant à « l'inspection des côtes, depuis les Bouches-du-Rhône jusqu'à celles du Var », elle fut confiée à Bonaparte, le 6 nivôse, par les représentants; le nouvel inspecteur se souvint des projets que du Teil et lui avaient formés en juillet, car « il fera établir des fours à réverbère, est-il dit dans l'arrêté de Saliceti, Barras et Fréron, partout où il en
sera besoin » !
En attendant l'autorisation de rentrer à Metz, du
4 Notamment par du Teil, le 28 frimaire, 48 décembre, dans une lettre où il était dit que les Anglais commençaient à s'embarquer; de Goston, I, 297, 299.
2. Archives de la Guerre. — Gette pièce , comme la lettre à Perrier dont il est question dans la note précédente, prouve que du Teil attendait des Anglais une plus longue résistance.