‹ Une famille militaire au XVIIIe siècle [microform]; documents inédits sur le Régiment royal-artillerie, la bataille d'Hastenbeck, les campagnes des Indes, l'École d'artillerie d'Auxonne et le siège de ToulonChapitre 241 sur 284 · Correspondance de Pierre Chépy, pp. 352 et · texte numérisé non relu

Correspondance de Pierre Chépy, pp. 352 et

LA TERREUR

sur ce chef encore, le général répondit victorieusement aux accusations dont il était l'objet en s'appuyant sur l'interdiction qui lui avait été signifiée de n'employer pour les convois d'artillerie aucun cheval des vivres et fourrages; dans ces conditions, comme l'armée des Alpes manquait depuis longtemps de chevaux d'artillerie*, il s'était trouvé dans la nécessité d'avoir recours à des entrepreneurs de transports. Copie de cette défense fut aussitôt demandée à la commission des vingt et un de Grenoble et au ministère de la guerre ; en même temps, pour bien témoigner de ses intentions hostiles, le tribunal exprimait à Paris le désir de se procurer « une fonte des loix pénales révolutionnaires, ne possédant que le code pénal militaire du 12 may 1793^ », et mandait à

1. Kellermann avait écrit au Comité de Salut public dès le 13 juillet 1793:

<( Quant à l'artillerie je dois déclarer que malgré les promesses du ministre de la guerre d'envoyer six cents chevaux de plus à Tarmée des Alpes, il n'en est arrivé aucun de cette augmentation. Le marché proposé de mulets pour y suppléer est inexécutable puisque l'entrepreneur, malgré ses ressources, n'en a pu encore assembler que soixante... Les chevaux de luxe ont bien peu produit et ce qu'on en a obtenu a été donné indispensablement aux gendamies nationaux et à la cavalerie. Les réquisitions aux départemens pour en obtenir seraient infructueuses à cause des moissons... » Archives de la Guerre. Le 30 octobre, 9 brumaire an II, la levée des chevaux s'opérait difficilement dans le Mont-Blanc, et le représentant chargé de cette mission proposait d'en acheter en Suisse; Aulard, t. VIII,

2. On alla même jusqu'à réclamer, le 3 février, ce recueil des lois militaires au ministère de la justice : ainsi ce singulier tribunal jugeait sans texte précis I

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Grenoble que, « sans des incidens * survenus dans ce procès, déjà la loi serait satisfaite ainsi que les incorruptibles amis de notre impérissable république ».

Enfin, le H février, la commission de Lyon communiquait à Dupin, adjoint au ministre de la guerre, un arrêté des représentants du peuple, pris à La Pape le 18 septembre 1793 et interdisant aux généraux d'artillerie d'employer pour les convois les voitures affectées au service des subsistances, et lui demandait de mettre cet arrêté sous les yeux du ministre et de voir s'il ne pouvait pas être une arme offensive entre les mains des aristocrates alors qu'il se trouvait en contradiction avec la loi du 25 juillet précédent : « Quoiqu'il en soit de cet arrêté et de ses suites, disait en terminant la commission, il couvre toujours dans ce moment-ci du Teil et Lagree; sous peu tu recevras un exemplaire du jugement que nous allons rendre ; il seroit bon de voir à Paris Gauthier- et Dubois-Crancé sur cette affaire, s'ils v sont ». C'était nécessairement l'acquittement du général : les entrepreneurs de transports se trouvaient seuls respon-

1. Le terme est singulier : la vérité est que les loyales explications du général avaient déconcerté le tribunal. Sentant sa victime lui échapper, la Commission fit demander, le l^»" pluviôse, 20 janvier, « aux représentants du peuple, de se prononcer sur la question de savoir si le code pénal militaire est le seul qui puisse être invoqué dans TafTaire du Teil »; dès le 19 nivôse on avait reconnu que le délit reproché au général, son aristocratie sans doute, n'avait aucun caractère militaire mais se trouvait « rangé dans la classe proprement contrerévolutionnaire ».

2. Antoine-François Gauthier des Orcières, 1752 f 1838, député de TAin.

sables et la commission l'avait si bien compris que, depuis le 2 pluviôse, 21 janvier, elle faisait garder à vue Auréas k l'hôtel du Parc ; mais suivre cette ligne de conduite, c'était aussi découvrir les représentants du peuple, auteurs de l'arrêté, ainsi qu'on l'avait insinué à l'adjoint Dupin. Il fallait une victime et du Teil était celle qu'on préférait à toute autre ; aussi remettait-on bientôt en avant la question des chevaux d'artillerie : « Il s'agit encore de savoir bien précisément et très-précisément la quantité de chevaux d'artillerie seulement qui existoient soit à Grenoble, soit dans les environs, depuis l'époque du 13 brumaire jusqu'au 1" frimaire < suivant et cela même jour par jour s'il était possible, ce point est essentiel et concluant ».

Cette question avait été tranchée et il eût été bien facile de vérifier l'exactitude des renseignements déjà revus, puisque le 29 nivôse, 18 janvier, le général de brigade Uichon ' avait passé en revue tous les corps d'artillerie présents à Grenoble, pour en vérifier l'effectif, l'habillement et l'équipement : le 10 ventôse, 28 février, le général en chef Dumas, arrivé depuis sept jours, fera savoir au ministre que sur 2.900 chevaux qui lui seraient nécessaires à l'armée des Alpes, il n'en possède que 800. Évidemment la commission attendait un mot d'ordre ; pour gagner du temps, elle réclamait ti du Teil, le 27 pluviôse, 15 février, l'original des instructions à lui données par Doppet ; le

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