‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 104 sur 106 · A1'1'I;N1)ICE · texte numérisé non relu

A1'1'I;N1)ICE

Dllili UKS PAHE.NTS H AMIS DK M. LAU\ E U EIM.NAY

Lesquels, après serment par chacun d'eux fait de donner leur avis en leur âme et conscience pour Tintérèt dudit sieur Lalive d'Épiuay, et avoir pris lecture de la requête à nous présentée par ladite dame son épouse, ont dit qu'il était à leur connaissance que ledit sieur Lalive d'Épinay a consommé depuis le décès du sieur sou père six à sept cent mille livres de biens libres qu'il a recueillis des successions de ses père et mère, malgré les revenus considérables dont il jouissait, qu'il n'a jamais su la valeur de l'argent: que, fertile en idées, il a toujours voulu les satisfaire sans faire nulle attention aux dépenses qu'elles lui occasionneraient; qu'il s'y est toujours livré sans réilexion, et a contracté une multiplicité d'engagements ?ans faire rétlexion que les revenus auxquels il était réduit, de tous les biens compris en la substitution dont il a été grevé par le sieur son père, ne pouvaient fournir au paiement de ce qu'il empruntait ou s'engageait de payer, pourquoi il s'est vu plusieurs fois poursuivi aux consuls pour le paiement de ses billets et lettres de change et condamné par corps à y satisfaire; qu'il eu subsiste encore une quantité ; que tous ses revenus ont été plusieurs fois saisis et arrêtés par ses créanciers, en sorte qu'il ne se trouvait souvent pas unécu dans la maison pour subvenir aux dépenses journalières ; que déjà plusieurs fois la famille s'est entremise pour arranger ses atTaires, mais que toujours ledit sieur Lalive eu très peu de temps les a mis en aussi mauvais état pour satisfaire sa passion, en déférant à tout avec faiblesse et ne connaissant pas l'étendue de se? engagements, que les conseils qu'il nous a requis de lui donner n'ont pu jusqu'à présent mettre de l'ordre dans ses affaires, qui actuell(Mnent sont encore dans le plus grand désordre, et que nonobstant la ci-rtitude où il est de ne pouvoir satisfaire aucun de ses créanciers, i-t arrêter notaunnent les vives poursuites de ceux d'entre eux qui ont provoqué la contribution de ses revenus, fait saisie réellement et suivant la vente par décret de l'usufruit de ses biens substitués, il exige de ladite dame son épouse et de sa famille, par un écrit dans lequel il annonce l'état odieux de ses alfaires,

se reconnaît incapable d'y mettre ordre, cousent à ce qu'il soit interdit et conduit par un curateur qui lui sera nommé, il exige de ladite dame son épouse et de la famille qu'il lui soit au préalable accordé la liberté de contracter de nouveaux engagements pour environ 130,000 livres en faveur de la demoiselle Dorgemont, à laquelle il a procuré par ses bienfaits plus de 20,000 livres de rente et ce pour parvenir à consommer des projets formés entre eux sur des acquisitions constructions de maisons, échanges et autres objets men-, tionués en cet écrit signé de lui et daté du S du présent mois, que lesdits sieurs parents et amis nous représentent. Pour quoi lesdits sieurs parents et amis aiusi que lesdits maîtres Le Pot d'Auteuil et Pinon du Coudray, ci-devant nommés ses conseils, sout unaninement d'avis que pour le bien et l'avantage personnels dudit sieur Lalive d'Épiuay, il doit être interdit avant de s'occuper à convenir avec ses créanciers d'arrangements possibles pour, en parvenant à leurs paiements dans les termes convenus, conserver audit sieur Lalive d'Épiuay sa liberté et la jouissance provisoire de dix mille livres par an sur ses revenus.

Nomment de leur part pour curateur à l'interdiction du sieur Lalive d'Épiuay, la personne du sieur X..., à l'etl'et de gérer et administrer ses biens et aifaires de l'avis et conseil dudit M« Pinon du Coudray, et que ce curateur soit autorisé à compter audit sieur d'Épiuay annuellement, de quartier en quartier à compter du jonr de uotn; sentence d'interdiction, la somme de 10 000 livres pour entretien et nourriture.

Voici une chanson composée par M. d'Épiuay, dédiée à madame d'Orgemout et dont un couplet est consacré à madame Reynaud. Elle est écrite avec une grande facilité. .Mais ce qui rend la chose plus piquante, c'est que nous possédons, également écrite de sa main, une chanson sur le même air et de la même coupe, le mois seul est changé: il s'agit du mois d'août; mais à la place des coiuiisaues, nous trouvons le nom de toutes les femmes de la société, c'est la contre-partie de celle que nous- donnons ici. Il avait tiré deux moutures du même sac :

A CLACDiXE {Geneviève-Claude Rainteau dite Verrière).

A chanter le mois de mai,

Le monde s'obstine.

Celui de juin est plus gai,

On fêle Claudine

Oh: juin': Oh juin; Oh : le joli mois de juin :

Juin, c'est dans ton mois divin Que naissent les roses ;

Claudine, c'est sur ton sein Qu'on les voit écloses.

Oh ; juin : etc.

Sous ses pas naissent les fleurs.

Nous annonce Flore ; Claudine en a la fraîcheur

Mais elle l'ignore.

Oh ! juin ! etc.

Déjà les fruits sont ramants

Et la fraise mûre Pour vous, messieurs les gourman

La bonne aventure.

Oh ! juin : etc.

Au chasseur à la Saint- Jean, Quel espoir tu donnes :

Il voit les perdreauï volants Qu'il tue eu automne.

Oh: juin : etc.

{'ontalba s'offre à nos yeux,

La voir ou l'entendre, Lequel est plus dangereuï?

On peut s'y méprendre.

Oh: juin 1 etc.

Petit corps et grand talent

Nous tournent la tête.

Raynaud. toujours bon onguen

Dans petite bocte.

Oh! juin: etc.

Les queue? de tous nos billards Attendaient La Noue.

Nos cœurs de le voir si tard Faisaient tous la moue.

Oh ! juin ! etc.

La Briche une fois dans Tan Parait au solstice ;

C'est peu, mais il est constant Chez l'introductrice.

Oh ! juin 1 etc.

Qu'un autre loin d'Orgemont A Paris badaude,

Je prends ici pour patron

Saint-Jean ou Saint-Claudo.

Oh '. juin I etc.

Nous l'entendons rarement Sa voix ravissante.

Mais il vient, ce mois charmant, Et Claudine chante.

Oh '. juin ! etc.

De son goût et de son chant.

Notre âme est ravie ;

Mais elle a moins de talent Que de modestie.

Oh ! juin ! etc.

Aussitôt après cette épouvantable catastrophe qui eut un retentissement dans toute la France, la mnnicipaliti' de Caen. effrayée de ce qu'elle avait laissé faire, chercha par tous les moyens à se justifier et permit la publication de libelles qui accusaient le malheureux Henri de Belsunce de crimes aussi absurdes qu'imaginaires. Sou frère le chevalier prit la plume pour confondre ces calomnies et dans quelques pages éloquentes il les réduisit à néant. Nous n'en citerons que les dernières phrases:

« Mon silence eût été moins long, si je n'avais voulu que rapporter les faits de la fatale journée qui a voué ma fa-

mille au désespoir ; mais je devais à mon respect pour la mémoire de mon frère, aux sentiments d'indignation et dliorreur que m'inspirent ses calomniateurs, ii la rage que le souvenir de son assassinat nourrit dans mon ànie de rendre compte de sa conduite depuis son arrivée à Caen jusqu'à sa mort.

» Ce n'est qu'après avoir vengé l'assassinat de mon père que mon existence cessera de paraître un crime k mes yeux. Lorsque dans un temps moins cruel la voix des malheureux pouiTa se faire entendre, j'irai jusqu'au pied du trône porter l'expression de ma douleur, j'y ferai valoir des droits si affreusement légitimes... et le roi, pour lequel je suis prêt à verser mon sang, se rappellera peut-être que Henri de Belsunce est le septième de son nom et de sa branche tué en servant ses rois! Ma famille, habituée à porterie deuil â la suite des batailles, et à verser des larmes même à la suite des victoires, ne peut se faire à l'horrible idée de porter le deuil d'un assassinat! »

M, d'kpinay a sa femme.

Chàtillon. 2 janvier 1S06.

« Je suis roué, abîmé de fatigue, mais je n'oublie pas que je vous ai promis de mes nouvelles. Je ferai plus que de vous en donner purement et simplement. Je vais consacrer une heure, prise sur h» peu de temps qu'on accorde à mon sommeil, â rassembler les mauvais vers que j'ai arrangés en couplets, pendant que la diligence, par sa marche peu dili- • «rente, me faisait donner au diable. Pendant votre dt^ruier voyage, vous avez eu la bonté de penser à moi et de m'envoyer un couplet. Voici la monnaie de votre pièce.

» Je suis parti, comme vous le savez, le 31 décembre au soir. A miuuitjaisoupé àNangis,qui n'est qu'à treize lieues de Paris. D'uue année à l'autre, ne faire que treize lieues, c'est peu.

AiH : du Roi Dagobert.

L'an passé je partis, En diligence de Paris

En mil huit cent six J'arrive à Nangis ; En allant ainsi JUîspère quasi Arriver dans dix ans A Fi'ibourg, ou chacun m'attend.

(i Le 1" janvier m'a paru bien triste.

Aiii : [Alil ! povero Calpiiji\

Pour mes étrcnnes, mon hôtesse M'a donne du veau dans sa graisse, Une omelette auv œufs pourris.

Ahi ! povero Louigi (6is) \ Un ragoût aux grains do genièvre, Du vin fait pour le bal des chèvres, Pour dessert du yieux beurre frais.

Abi ! povero d'Epinay {bis) !

«Je n'ai pas besoin d'appuyer sur la qualité du vin. J'étais en Brie et il était du cru. Le pacha du théâtre de Louvois eût été beaucoup mieux placé ici qu'à Suresne.

Air : Aussitôt que la lumière.

Poursuivre son observance, Tout honnête musulman Doit, pour séjourner en France, Choisir ce département.

Là, si l'infidèle abjure La règle de l'Alcoran, Son palais, je vous le jure Est de plâtre ou de fer-blanc.

» Je suis sûr que vous mourez d'envie de connaître mes compagnons de voyage; il faut vous satisfaire. Voici donc l'état de situation de la diligence :

Am : Femmes, voule:-ions éprouver.

Moi, je suis assis dans le fond A ma gauche est un militaire.

Dans l'angle une grosse dondon

D'humeur joyeuse et débonnaire.

Entre mes genoux peu flattés

Je possède une créature

Dont les cinquante ans bien comptés

Me font maudire la nature {bis),

» Le reste ne vaut pas rhouueur d'être nommé. Cepeudaut nous sommes au grand complet; six dans la voiture, trois dans le cabriolet et quatre soldats sur l'impériale. Nous sommes véritablement en état de siège, la garuisou est sur le rempart et les paisibles citoyens dans l'intérieur. Nous faisons quelques sorties pour nous procurer des vivres ; nous n'en sommes pas moins fort mal ravitaillés.

.\iR : Le saint craiijnant de pécher.

Vous pouvez bien vous douter

Que 'e militaire, Ne cesse de nous parler

D'amour et de guerre.

Ce jeune sous-lieutenant Espère dans peu do temps

Etre fait ca ca

Etre fuit pi pi Fait caca Fait pipi

Capi, capitaine,

Mais non sans peine.

» En attendant il est fort bien avec sa voisine.

Aia : Que ne suis-je la fougère !

La dondon a le c(rur tendre.

Le jeune homme est égrillard, Donc, il n'a pu se défendre, De s'atteler à son char.

Tout le temps que le jour dure.

Les œillades vont leur train.

Et quand la nuit les rassure Elle lui serre la main.

.\in : C'est ce qui me console.

Mon étoile n'a pas voulu .M'cnvoyer ce bonheur d'élu.

C'est ce qui me désole (bis).

Mais en arrivant à Fribourg, Je pourrai trouver à mon tour

Quelqu'un qui me console {bis).

» Pour nif distraiiv. j'ai recours à lua pipe.

Am des Fraises.

Cinq ou six fois dans le jour.

Mon calumet s'allume, Ma pipi' brûle toujours, Et pendant qu'on fait l'amour Je fume, je fume, je fume.

AiB : Bouton 'le rosp.

flans un nuage, S. l'Opéra, l'Amour descend.

Pour qu'il ait le même avantage, Moi, j'enveloppe nos amants

Dans un nuage ibis).

u Un nuage de fumée «le tabac! vous sentez à quel point cela doit être voluptueux.

Ain de .Toconâe

La vieille n'a pas d'amoureuK

Et tout bas en mupmure.

Mais, ma foi, les plus courageux

Ont peur de sa figure.

Lorsque je sens que contre moi

Son vieux genou se presse.

Je suis ému, mais c'est d'effroi

Et non pas de tendresse.

» Ce vieux genou est ordinairement préservé du froid par un pan de mon manteau, que cette vieille sorcière tire toujours à elle. On risque de geler. Je le lui abandonnerai certainement tout à fait, si elle s'avise de me témoiijner autant de bienveillance que feu madame Putipliar en lit voir au chaste Joseph... »

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